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« La prévention doit commencer à l?école »
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« La prévention doit commencer à l?école »
<B>Quel est l?objectif de votre visite chez nous ? </B>
Je suis venu à Maurice à l?invitation de l?United Nations Office on Drugs and Crime (UNODC) et de la Natresa, pour aider les journalistes de la presse écrite et parlée à améliorer la façon dont ils rapportent les cas liés à la consommation de drogues. Mon but est aussi d?évaluer les moyens par lesquels nous pouvons réduire la demande de stupéfiants et d?un autre côté, son approvisionnement. Je suis psychiatre et Fellow of The Royal College of Psychiatrists. Je suis également membre du Local Expert Network (Len) pour l?Afrique de l?Est, un groupe de consultants reconnu par les Nations Unies, qui peut faire une bonne expertise du phénomène de la toxicomanie. C?est grâce à cette association, qui existe depuis quatre ans, que j?ai commencé à effectuer des formations en Éthiopie, au Nigeria, au Kenya et maintenant à Maurice.
<B>Comment pensez-vous que les médias peuvent aider à mieux sensibiliser à ce fléau ? </B>
Ils doivent avoir d?abord un rôle central pour refléter l?opinion des gens, pour les informer et ensuite être critiques pour susciter des réactions de la part du public et des autorités. Il ne faut pas se dire que l?on va changer les choses d?un coup de baguette magique, solliciter des actions concrètes dès le départ. Il faut garder en tête que c?est une procédure qui demande du temps. C?est une bataille, et non la guerre que nous essayons pour l?instant de remporter. Je constate toutefois que les médias mauriciens prennent une part active en dénonçant les affaires de drogue et en faisant un état des lieux de la situation. Mais je crois que plus ils obtiendront d?informations sur l?abus de drogues, mieux ils pourront les communiquer aux lecteurs.
<B>Selon le « Rapid Situation Assess-ment » (RSA), une étude de la Natresa, 92 % des toxicomanes ne suivent pas de traitement, 68,4 % des prostituées et 5,7 % des prisonniers sont accros à l?héroïne. Un total de 16 500 à 17 500 Mauriciens prend de la drogue par intraveineuse. Comment réagissez-vous face à des chiffres aussi conséquents ? </B>
Ces chiffres ne me choquent pas. J?ai voyagé dans plusieurs pays africains, et le constat au niveau de la drogue est aussi alarmant, si ce n?est plus. Il y a plusieurs causes à cette ampleur : l?influence des pairs, les problèmes sociaux comme la misère, la perte d?emploi, le rejet des autres. Je pense que les Mauriciens sont pleinement conscients que la drogue gangrène la société. Ce n?est d?ailleurs pas un problème occulté par l?État. Je constate que beaucoup d?actions ont été prises en terme de prise en charge des toxicomanes et de prévention ; ce qui démontre qu?il y a une volonté de combattre le problème. Bien sûr, il reste encore du chemin à faire.
<B>L?étude indique également que des enfants sont initiés à la drogue dès l?âge de huit ou douze ans. De nouvelles formes de toxicomanie ? alcopops, solvants etc. ? émergent et les ciblent davantage. Comment y remédier ? </B>
C?est un fait que les enfants commencent, de plus en plus jeunes, à fumer la cigarette, boire de l?alcool, ou sniffer de la colle. Ils courent aussi le risque de continuer avec des drogues dures. De plus, les nouveaux types de stupéfiants les rendent plus vulnérables. La prévention doit commencer à l?école, car si on attend que ces enfants atteignent l?âge de 12 ou 13 ans, il sera trop tard. En outre, il serait judicieux de former les parents, les frères, les s?urs, et autres enseignants pour détecter les signes de toxicomanie dans la jeune génération. Par exemple, si un enfant refuse de se mêler aux autres, aux membres de sa famille ou présente des symptômes comme des yeux rouges, des ecchymoses dues aux injections, des sautes d?humeur, des insomnies, il faut se poser des questions. Lorsqu?un enfant développe des troubles du comportement et change d?une manière aussi anormale, il est probable qu?il se drogue. Bien sûr, il faut analyser s?il s?agit vraiment de toxicomanie ou si ces troubles sont liés à une crise d?adolescence. Dans un premier temps, les parents doivent s?enquérir auprès des frères et s?urs, des voisins, des guides spirituels, et finalement un médecin pour confirmer si ces doutes sont fondés.
<B>En 1999, une proposition avait été formulée pour dépénaliser le gandia. Une ONG prévoit de distribuer des seringues aux toxicomanes. Ces mesures ne vont-elles pas augmenter la toxicomanie ? </B>
La dépénalisation du gandia est un sujet sensible. Je crois qu?il faut considérer tous les arguments pour et contre cette mesure. Ce qu?il faut faire, c?est de garder les yeux ouverts et de se tenir à l?écoute. On ne peut pas fermer son esprit. Pour ce qui est de la distribution des serin-gues, des études ont révélé que ces programmes d?échange contribuent à réduire la mortalité. Je crois fermement dans les chiffres qui indiquent que cette mesure serait une bonne chose. Elle ne va pas forcément entraîner plus de toxicomanie.
<B>Environ 52,5 % des drogués qui ont pu se désintoxiquer font face à un autre problème : le rejet de la société. Sou-vent, ils replongent. N?évolue-t-on pas dans un cercle vicieux ? Quel est le traitement idéal pour sortir de l?enfer de la toxicomanie ? </B>
La drogue est un cercle vicieux. Une fois que vous en avez utilisé, vous devenez la victime de la stigmatisation, et ce malgré la désintoxication. Dans la société, l?ancien drogué est isolé, il ne bénéficie pas de soutien moral. Il ne sait plus vers qui se tourner pour avoir de l?aide, il n?a personne à qui s?accrocher et peut être entraîné à nouveau par d?autres drogués. Ces derniers semblent alors être les seuls à se préoccuper de sa personne. L?ancien toxicomane finit par succomber à la tentation. Pourtant, le désir de s?en sortir est palpable, mais il est étouffé par le facteur de récidive. Je dirai qu?en définitive, il n?y a pas de panacée. Tout dépend des besoins individuels du toxicomane, de ceux du pays, et de ceux de la famille du toxicomane. Il faut aussi que la personne bénéficie d?un encadrement une fois qu?elle arrive au bout du tunnel.
Propos recueillis par Melhia BISSIÈRE
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