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Les Kan Wah ou le « Family Business »

23 octobre 2004, 20:00

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La tête ourlée de boucles grisonnantes, des yeux pétillants derrière ses lunettes, Andréa Kan Wah, 78 ans, vêtue d?un ensemble beige, a du mal à contenir son émotion. Sourires entre amis, embrassades avec la famille et larmes de joie à profusion. Le 20 octobre, elle chemine le long d?une allée, aux côtés de son fils, Gérard, et de Lady Sarojini Jugnauth, pour l?ouverture du nouveau supermarché London Way à Mahébourg. C?est la consécration d?un rêve né à Moyen, en Chine, dont elle est originaire.

Petite pointe de nostalgie et flash-back. L?histoire débute en 1945. Andréa, aussi appelée popo (Grand-mère en mandarin) et André, son époux, quittent leur paisible village du Sud pour se rendre à Maurice. Destination : Vacoas. Quelques instants pour noyer le mal du pays et les voilà face à leur destin. Nourri d?une détermination indélébile, d?une force intarissable, le couple fonde une petite boutique à la route St Paul. Il l?appelle London. « Sa Bondie ki finn donn moi sa nom là. Ti ena enn asosie ki finn donn mo bolom enn kout me pou explik li travay la. Pas finn gaign tro difikilte », confie Andréa Kan Wah, qui le seconde et lui donne aussi? sept enfants : trois fils, dont des jumeaux, et quatre filles.

<B>De la petite boutique au « self-service »</B>

Les parents s?échinent à la boutique, alors que les enfants sont à l?école. À sa sortie de l?école de Notre-Dame de la Visitation, Gérard, l?aîné, se rue vers la boutique. Pas pour se gaver des friandises mais pour prêter main-forte.

« J?avais l?habitude d?aider mes parents. J?étais toujours impliqué. C?était naturel », déclare-t-il. Au fil des années, le commerce devient florissant.

Mais subitement, le malheur s?abat sur la famille. André, qui souffre atrocement de ses reins, meurt sans crier gare. Accablée, Andréa doit se démener pour subvenir aux besoins des sept enfants. Gérard, qui n?a que onze ans lorsqu?il perd son père, tâche de finir le CPE. Ensuite, il entre au collège St Mary?s et s?oriente vers les sciences. Après avoir obtenu le HSC, Gérard Kan Wah cherche du travail. Pas le temps de poursuivre des études supérieures. « Le plus important, c?était la famille, les valeurs. Il fallait que je commence à travailler », explique notre interlocuteur.

C?est ainsi qu?il intègre le département d?actuaire de la compagnie d?assurances Anglo-Mauritius. Sa tâche : effectuer des calculs. Entre-temps, il fait la connaissance de Marguerite, une habitante de Vacoas, grâce à des amis communs. Un coup d?archer signé Cupidon qui se solde par un mariage et la naissance de quatre enfants : Nicolas, Marie-Noëlle, Joëlle et Karine plus tard.

Gérard s?adapte si bien à son entreprise, qu?il y reste pendant dix ans ! Mais un jour, le jeune homme décide de renoncer à sa carrière pour rejoindre sa mère dans le commerce. Il pose ainsi le socle de ce qui allait bâtir sa réputation. De nouvelles perspectives ne tardent pas à se profiler. Un comptoir qui ressemble à deux gouttes d?eau à celui d?un bar et les confiseries d?antan qui ont bercé bon nombre d?enfances apparaissent : « bonbons cannettes », sucres d?orge : la petite boutique se métamorphose en self-service. Aux sacrifices et aux emprunts s?ajoute l?aménagement d?un nouveau local. En 1992, le premier supermarché London voit le jour. Les clients affluent. D?abord ceux de la région, puis des gens de passage. Au bout de huit ans, Andréa et Gérard Kan Wah partent à la conquête de l?Ouest. À Rivière-Noire plus précisément.

Mais ils ne sont pas seuls. Deux des enfants de Gérard Kan Wah se joignent à eux. « Il y avait une ébullition dans le commerce. Après trois ans d?études en mathématiques en Angleterre et une année de gestion aux États-Unis, je suis rentré à Maurice, bien décidé à faire carrière dans le commerce. Mais je ne pensais pas au départ que ce serait auprès de ma famille. C?était un choix personnel », affirme Nicolas Kan Wah. Idem pour Marie-Noëlle, qui après avoir travaillé dans l?informatique pendant quatre ans, emboîte les pas de son frère. Et après ces premiers jalons, d?autres membres, s?ur, cousins, cousines, fian-cé etc. apportent leur contribution à la saga London.

En 2000, le supermarché s?implante à Rivière-Noire, en 2002, à Pointe-aux-Sables et au centre commercial du Regent à Vacoas. En progression constante, les Kan Wah s?affilient aux magasins Spar. Puis, le 11 octobre 2004, ils prennent un autre chemin ? celui de Way. « On est plus homogène, on a une façon de travailler, de propager la tradition du Family Business et nous possédons une méthodologie identique à celle des autres membres de Way dont font partie les grandes surfaces Sik Yuen, Tangs, Central et Ébène ainsi qu?un contrôle des coûts et une expertise locale », explique Nicolas Kan Wah.

<B>Un cinquième bébé à Mahébourg</B>

Et comme les bonnes choses n?arrivent jamais seules, les Kan Wah ont inauguré leur cinquième bébé ? London Way à Mahébourg. Couvrant une superficie de 1000 m2, le supermarché propose toute une gamme de produits, ainsi qu?une cafétéria, avec des friandises qui sont confectionnées par Marguerite, l?épouse de Gérard Kan Wah. Une boulangerie verra le jour dans un mois.

Quelle est la recette de ce succès ? Développement du confort d?achat, service personnalisé, prix compétitifs et travail assidu : ce sont les maîtres mots derrière London Way. « On ne fait pas concurrence aux hypermarchés. On dessert les gens qui sont autour de nous. Bien sûr, il y a des difficultés : on travaille en permanence, il faut s?occuper des clients, identifier ce qu?ils aiment ou détestent, choisir des produits pratiques, se ruer pour les livraisons, les commandes. On a tendance à croire qu?il n?y a pas de carrière dans la grande distribution. Dans beaucoup de familles, les parents doivent fermer boutique car les enfants choisissent des professions différentes. Il n?y a pas de chance de modernisation.

Je crois que nous devons notre succès au travail, à l?esprit d?équipe, à l?expertise qui s?accumule avec le temps. C?est tout un métier », déclare notre interlocuteur.

Gérard Kan Wah va plus loin : « On ne dit jamais non ! Il faut juste avoir l?envie de travailler ». Pari gagné. Andréa Kan Wah est l?emblème de la fierté. Elle a su transmettre ses valeurs, le commerce en héritage. Comme on dit : « Where there is a will, there is a way ».

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