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Les femmes incapables d?utiliser leur droit de vote

22 octobre 2004, 20:00

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Pour les femmes saoudiennes, la victoire est amère. Certes, elles viennent d'obtenir, pour la première fois, le droit de voter, mais elles n'ont pas encore gagné la possibilité de le faire lors des élections municipales qui doivent avoir lieu en trois phases entre le 10 février et le 21 avril à travers le pays.

Il s'agira des premières élections depuis 1963 et elles entendent bien participer à ce qui est considéré comme un événement national et une percée réformatrice même s'il ne s'agit d'élire qu'une moitié des 178 conseils municipaux - l'autre sera désignée par la famille royale.

Normalement rien ne s'oppose à ce que les Saoudiennes, qui représentent la moitié de la population, soit environ 8 millions de femmes dont 40 % ont plus de 21 ans, soient en mesure de voter. La Loi fondamentale de 1977 et le décret d'application adopté le 9 août n'excluent pas les femmes puisque l'utilisation du terme «citoyen» dans son acception juridique comprend celles-ci.

L'espoir était permis mais, le 10 octobre, le ministre de l'intérieur, Nayef Ben Abdel Aziz, a jeté un froid en affirmant «je pense qu'il y a peu de chances que les femmes participent». Deux jours plus tard, le président de la commission générale des élections, le prince Mansour Ben Miteb, a confirmé cette exclusion pour le scrutin à venir tout en laissant la porte ouverte au droit de vote en déclarant «je m'attends à ce que les femmes participent à des élections dans une phase ultérieure après avoir mené une étude qui témoignera de l'utilité ou non d'une telle participation».

Au total, cinq femmes ont déjà fait acte de candidature et elles n'ont pas l'intention de laisser passer cette occasion d'autant que, selon elles, les raisons techniques et logistiques invoquées peuvent être facilement surmontées. A commencer par le fait que les femmes n'ont pas de cartes d'identité même si elles ont la possibilité d'en obtenir une depuis décembre 2001. Or elles ne sont que 10 % environ à l'avoir fait en raison des pesanteurs religieuses et surtout de l'obstacle de la photo sur le document. «Et alors, répond Hatoon Al-Fassi, professeur d'histoire ancienne, 10 %, c'est mieux que rien et rien n'empêche d'accélérer l'attribution de cartes d'identité en un court laps de temps. Nous avons proposé des solutions à tous les problèmes soulevés. On attend toujours un rendez-vous avec des officiels de la commission. Il n'est pas question d'attendre quatre ans pour pouvoir voter. Les hommes seront déjà en place, et on trouvera d'autres excuses pour nous empêcher de voter, comme au Koweït.»

Avec Nadia Bakhurji, une architecte qui fut la première candidate, et un groupe de femmes, elles sont bien décidées à se battre pour «briser le handicap mental» qui les empêche, dans le contexte de «dialogue national» instauré par la monarchie, d'être l'égal des hommes, à tout le moins dans ce domaine. Pour le moment, il n'est pas question de se disperser, afin de tenter de réduire la ségrégation qui frappe les femmes, à commencer par celle qui leur interdit de conduire une voiture.

Sans parler du fait qu'elles ne sont que 350 000 à travailler, soit seulement 4 % de la force de travail. «On se concentre sur les élections, tempère Mme Al-Fassi. On va continuer à résister car c'est notre raison de vivre. Les élections ne sont qu'un premier pas, ensuite on verra.» Cette jeune femme, enceinte de six mois, assure qu'il n'y a pas de «résistance gouvernementale, religieuse ou traditionnelle à leur participation», mais qu'il s'agit plutôt d'«un manque de confiance, de paresse et d'imagination de la part de l'administration qui traîne les pieds». «On va se charger de les aiguillonner, de leur faire comprendre de quoi nous sommes capables, car le fond de la question est qu'ils ne veulent pas donner du pouvoir à l'autre moitié de la société parce qu'ils se débrouillent très bien entre eux, et veulent continuer ainsi. Aucune femme ne fait partie des organes de décision. Notre voix n'est jamais entendue et on veut la faire entendre car nous avons un tas de projets pour les municipalités», ajoute-t-elle.

Auront-elles plus de succès que les 47 femmes qui, le 6 novembre 1990, avaient défilé pendant une demi-heure dans les rues de Riyad au volant de quinze voitures pour protester contre l'interdiction de conduire ? Elles furent toutes arrêtées, privées de leur travail pendant plusieurs années et la cible d'attaques permanentes. Aujourd'hui, la question est toujours taboue.

Pour le droit de vote, en revanche, il n'y a pas d'opposition frontale, mais les autorités préfèrent temporiser de peur de compliquer davantage la consultation qui s'annonce, et pour que celle-ci soit un succès. En 1963, alors que le scrutin ne s'était déroulé que dans la partie occidentale du pays, les résultats ne furent jamais publiés.

Prévues pour novembre, ces élections municipales ont été repoussées en février 2005. «Nous partons de zéro, explique Ihsan Bu-Hulaiga, membre du Conseil consultatif (Majlis al-Choura), organisme désigné par le pouvoir. Il faut donc procéder graduellement car il faut tenir compte des réalités dans une société conservatrice, et nous ne voulons pas que le processus échoue. Quatre ans, ce n'est pas long à attendre, et le projet sera mieux prêt pour que la meilleure moitié du pays y participe.»

@ LE monde news service

par Michel bôle-richard

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