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Le désarmement des rebelles Ivoiriens piétine

20 octobre 2004, 20:00

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Le retour à la paix n’est pas pour demain en Côte d’Ivoire. Le vendredi 15 octobre, un processus de désarmement devait commencer au nord, dans la partie rebelle, et au sud, sous contrôle des forces gouvernementales. Comme les fois précédentes, sur le terrain, rien ne s’est passé.

Les Forces nouvelles (FN, dénomination de la rébellion) justifient ce blocage par le peu de progrès des réformes politiques qui doivent aller de pair avec le désarmement.

La position du premier ministre “de consensus” ne sort pas renforcée de cette énième crise. Le Front populaire ivoirien (FPI), le parti du président Laurent Gbagbo, a demandé samedi à Seydou Elimane Diarra de “faire preuve de courage et de dignité pour démissionner de ses fonctions sans délai” et au chef de l’Etat de “mobiliser (...) tous les moyens politiques, diplomatiques et militaires en vue de libérer les zones occupées et de restaurer l’intégrité du territoire”.

A ces propos belliqueux, le secrétaire général des Forces nouvelles, Guillaume Soro a répondu sur le même ton : “Nous attendons que le président du FPI nous déclare la guerre”, a-t-il lancé avant d’accuser le régime ivoirien de se préparer à entrer en guerre “contre les pays voisins”.

Vers un référendum ?

Laurent Gbagbo a choisi de ne pas participer à cette escalade. Si, dans un entretien publié par Le Figaro, mardi 19 octobre, il rejette sur les seuls rebelles la responsabilité de l’échec du désarmement (“Tout le monde a compris, dit-il, que le blocage ne venait pas du chef de l’Etat”), le président ivoirien n’en continue pas moins d’exclure une solution militaire : “Ce n’est pas dans mes plans. Sinon, croyez-vous que j’aurais passé deux ans à négocier et prévoir des réformes ?”

Ancienne puissance coloniale, la France est concernée au premier chef par l’impasse en Côte d’Ivoire. Plusieurs milliers de ses ressortissants vivent dans le pays, dont ils contrôlent l’essentiel du tissu économique. Et 4 600 soldats de l’opération Licorne servent depuis deux ans - aux côtés des casques bleus de l’ONU - de force tampon entre le nord et le sud du pays.

Paris ne veut pas se formaliser du rendez-vous manqué du 15 octobre. “Le calendrier est purement indicatif, explique-t-on côté français. Le désarmement ne se fera pas du jour au lendemain mais par grignotages successifs, pas à pas. C’est ce qui se passe : le rassemblement des armes lourdes à déjà commencé. Il faut que d’ici trois ou quatre mois nous arrivions à un retournement de la situation.”

La diplomatie française sait que le retour à la normale bute sur un autre obstacle de taille : les conditions d’éligibilité à la présidence. Telles qu’elles sont définies dans l’article 35 de la Constitution, elles barrent la route à Alassane Ouattara, l’ancien premier ministre devenu le champion des populations musulmanes du nord du pays.

Dans la foulée des accords de Linas-Marcoussis (24 janvier 2003), le chef de l’Etat s’est engagé à réformer l’article 35, mais à un rythme défini par lui seul. Dans l’entretien au Figaro, il en rappelle les étapes : “Le texte doit aller au Parlement mais, pour cela, il faut que l’intégrité territoriale soit rétablie.” “Le texte, ajoute-t-il, doit être voté aux deux tiers des voix. Cette étape franchie, le président le soumet à référendum.”

Un autre calendrier, plus rapide, est possible sans violer la constitution. Le président Gbagbo l’a écarté. Paris le sait mais préfère mettre l’accent sur “l’esprit d’ouverture” décelé dans les propos récents du chef de l’Etat. Qu’il ait proposé, par exemple, que la loi sur l’article 35 soit soumise à l’Assemblée nationale dès qu’il y aura “un début de désarmement” était considéré comme inimaginable il y a quelques mois.

Un pays coupé en deux

A supposer le texte voté, le président ivoirien entend le soumettre à un référendum. La démarche est hasardeuse dans un pays aujourd’hui coupé en deux, mais elle ne viole pas les engagements du chef de l’Etat auprès de ses pairs africains. Le résultat du référendum devra être “incontestable”, insiste-t-on à Paris.

Au total, pour la France, l’évolution sur le terrain apparaît aujourd’hui on ne peut plus mouvante et incertaine : à un président ivoirien tacticien redoutable, agissant au jour le jour, sensible aux rapports de force, mais avec lequel il est possible de parler, s’opposent les extrémistes des deux bords qui “font l’histoire même s’ils ne sont pas nombreux”.

Dans ce contexte, l’objectif demeure d’organiser en octobre 2005 une élection présidentielle transparente et honnête. Le temps est compté. “Si les blocages persistent, si des assassinats politiques sont perpétrés au cours des prochaines semaines, prévient un diplomate, le Conseil de sécurité des Nations unies sera amené à réapprécier la situation.”

Jean-Pierre Tuquoi

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