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Le textile a su nourrir son homme
Varun Gopal rechignait à prendre de l’emploi dans le textile en raison de sa réputation : dur labeur pour un salaire de misère. Ayant accepté un poste dans ce secteur comme pis-aller, il s’est rendu compte de son erreur. Aujourd’hui, il appréhende l’avenir de l’industrie.
Les annotations de l’employeur de Varun Gopal, Finishing Manager chez Southern Textiles Ltd, sont plus que favorables à son égard. “Très adaptable. Commet une marge d’erreur entre 1 et 2 %. Avance régulièrement des suggestions en vue d’améliorer le travail. Tient compte des avis d’autrui. Est toujours prêt à aider. Sa ponctualité est exemplaire. Ne s’absente quasiment jamais. Respecte les délais”.
Et dire qu’en 1985, il refusait de se tourner vers l’industrie textile, lui préférant, entre autres, la force policière. “Le textile ne m’inspirait pas confiance à l’époque», avoue-t-il. «Il avait mauvaise réputation. On disait qu’il fallait travailler comme un forcené pour gagner quatre sous”.
Quand toutes ses demandes ailleurs demeurent lettre morte, cet habitant d’Union Park est contraint de se tourner vers le textile. C’est ainsi qu’il entre comme machiniste à Southern Textiles Ltd de Plaine- Magnien. Il bénéficie d’une formation sur le tas et perçoit un salaire mensuel de Rs 700. “Mon père était déjà retraité et il me fallait absolument travailler. Pour quelqu’un qui a besoin d’argent, cette somme n’était pas mal du tout”.
Varun s’applique. Au bout de quatre ans, il est choisi comme formateur des machinistes appelés à le remplacer. Il s’acquitte scrupuleusement de cette tâche avant d’être muté à la section remaillage-montage, où il passe encore plusieurs années.
Southern Textiles Ltd dispose de plusieurs branches dans l’île. Elle l’envoie dans le département de tricot à son unité de Mahébourg. Au bout d’un certain temps, il est nommé responsable de cette unité de production. Il doit gérer le travail de 150 personnes. Quand la direction de l’usine ouvre une branche à Midlands, sur un terrain acheté par elle, c’est lui qu’elle délègue comme responsable des sections tricot et montage.
Ses services sont de nouveau requis à l’unité de Plaine-Magnien. Il est rappelé comme Finishing Manager, où il est encore en poste.
Varun n’a jamais voulu quitter Southern Textiles Ltd, en raison de l’ambiance amicale qui y prévaut et de la confiance placée en lui. “On est comme une famille. Si bien, que même quand il y a des heures supplémentaires à faire, on ne sent pas la pression. Et puis, le patron privilégie le dialogue”.
Grâce à sa progression salariale, il a pu non seulement se marier et construire sa maison sur le terrain légué par son père, mais aussi créer un petit business parallèle. “Ma femme Sarita a toujours voulu se lancer dans le préscolaire et nous avons pu ouvrir une maternelle à Union Park”.
Après 19 ans passés dans le textile, il a peur que l’usine se casse la figure. “Il est vrai que le patron a centralisé ses activités, dégraissant là où il le fallait, fermant les unités excédentaires pour n’en conserver que deux. Mais le contexte est difficile. Autrefois, nous avions des commandes pour six-sept mois. Aujourd’hui, les commandes, c’est au jour le jour. On ne sait pas ce que nous réserve l’avenir .”
Mais ce n’est pas pour autant qu’il ira chercher son avantage ailleurs. “Je ne me vois pas recommencer autre part. Je travaillerai tant qu’il y aura du travail. Je n’abandonnerai pas le navire avant…”
<B>REPERES</B>
Southern Textiles tente de se maintenir à flot
Southern Textiles Ltd appartient à Mookeshwarsing Gopal qui l’a créée voilà 20 ans. Elle fabrique des pulls qui sont exportés principalement en Europe. Mais elle en écoule aussi une certaine quantité en Afrique du Sud et aux Etats-Unis. Cette entreprise, qui avait ouvert six unités de production, employait autrefois 1 200 personnes. Quatre unités ayant fermé, son personnel actuel comprend 700 travailleurs dont 75 sont étrangers. Ce sont surtout les pulls à valeur ajoutée qui ont la côte de nos jours, explique Mookeshwarsing Gopal. Des produits requérant un savoir-faire exceptionnel de la part des travailleurs. “Les Mauriciens ont du mal à s’y adapter. On peut mécaniser pour obtenir un résultat similaire, mais les équipements coûtent tellement cher qu’il sera difficile d’amortir leurs coûts”. S’il sait qu’il opère dans un contexte difficile, il reconnaît aussi que le gouvernement et le secteur privé ont fait des efforts pour tenter de sauver le textile. Il a d’ailleurs présidé la Mauritius Export Processing Zone Association il y a un an. “On a réfléchi ensemble et ça a donné le Textile Emergency Support Team. Mais il faut dépasser l’urgence et trouver des solutions ensemble”.
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