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Troublants portraits de femmes
C?est l?histoire de trois femmes, à trois époques différentes. Nicole Kidman, Julianne Moore et Meryl Streep. Trois femmes différentes, mais toutes, imbriquées dans une sombre existence, marquées par l?incommunicabilité et le désir d?une vie meilleure. Leurs histoires, portées par des douleurs personnelles, racontent la difficulté d?être femme, amante et mère.
Le trio d?actrices est performant, le montage parallèle est saisissant. The Hours, cérébral, un peu confus et parfois difficile à suivre et à décrypter, est pourtant un chef-d??uvre cinématographique, à mettre sur le compte d?un scénario labyrinthique qui pourrait lasser certains.
On disait le roman, Prix Pullitzer en 1999, inadaptable. Outre la trame non-linéaire et la profondeur littéraire de The Hours, nombre de réalisateurs donnaient raison aux critiques littéraires et cinématographiques qui jugeaient le roman inadaptable. Seul Scott Rudin, producteur à succès, à qui l?on doit Wonder Boys et Sleepy Hollow, pour ne citer que ceux-là, trouvait que le roman avait un «concept très cinématographique ».
ll engage le scénariste David Hare, auteur de pièces de théâtre, pour écrire le scénario. Ce qui est fascinant, c?est que le film, comme le roman, raconte trois histoires, sans jamais pointer du doigt, le lien qui les unit. Et comme le cinéma est davantage condamné à montrer plutôt qu?à suggérer, l?adaptation a dû créer des situations capables de montrer ce qui habite l?inconscience des personnages.
Il fallait ainsi trouver trois actrices capables de porter ces trois personnages dépressifs et névrosés, dont les destins sont similaires, mais qui ne se donnent jamais la réplique. Meryl Streep, treize fois nominée à l?Oscar, parfaite dans la peau de Clarissa Vaughan, Emily Watson et Gwyneth Paltrow furent pressenties pour le rôle de Laura Brown et c?est enfin Julianne Moore, impressionnante en épouse des années 50 dans Loin du paradis, qui décrocha le rôle. Enfin Nicole Kidman, qui refusa le rôle titre dans Panic Room de David Fincher, pour incarner Virginia Woolf. L?Académie du cinéma a reconnu son talent, en lui décernant, à juste titre, l?Oscar de la Meilleure actrice pour ce rôle.
L?actrice, à peine divorcée d?avec Tom Cruise, recherchait un rôle qui lui demanderait un investissement total, sauta sur l?occasion. « J?avais besoin de Virginia, j?avais besoin de l?interpréter.» Méconnaissable et totalement investie dans la peau de l?intellectuelle névrosée, Nicole Kidman y trouva non seulement le rôle de sa vie, mais surtout la thérapie pour la remettre de son divorce. Les trois actrices auréolées de l?Ours d?or à Berlin et du Golden Globe Award, n?ont jamais été aussi éblouissantes.
Mais The Hours ne repose pas que sur l?interprétation de ses actrices principales. Le film se construit selon une architecture précise. Il explore la condition féminine, de la maternité au mariage, en passant par la sexualité et les nombreux choix que font ces femmes. Les trois héroïnes sont toutes en marge de la réalité dans laquelle elles vivent, à tel point qu?elles suffoquent dans la « prison » mentale dans laquelle elles se sont toutes réfugiées.
Le film se déroule en 24 heures, des heures suffisantes pour une prise de conscience jusqu?à l?aboutissement du désir de chacune d?entre elles. Le film qui s?appuie également sur Mrs Dalloway de Virginia Woolf, chef-d??uvre littéraire plein de subtilités, pose la question fondamentale : faut-il vivre ou faut-il mourir ? Au fur et à mesure que s?écoule le temps, cette question distille son venin vers l?issue inévitable. Le temps et les heures accélèrent la vie ou l?interrompent. A chacun(e) de faire ses choix. Le film se construit autour d?un mal de vivre récurrent. Pour comprendre le film, il faut donc pénétrer dans l?inconscient des personnages et comprendre le pourquoi de leur mal-être.
Par un montage équilibré et une maîtrise parfaite de la caméra, Stephen Daldry ne laisse aucune chance au téléspectateur. Ce dernier est pris dans le flot d?émotions. Il est sous le choc. Le film s?adresse aux âmes sensibles, mais surtout à celles qui ont suffisamment d?intelligence émotive pour comprendre les questions existentielles et mélancoliques. Son élégance pourrait échapper à ceux qui sont trop habitués aux films conventionnels.
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