Publicité
Quand le pétrole flambé l?économie s?affole
Par
Partager cet article
Quand le pétrole flambé l?économie s?affole
«La situation au Nigeria exacerbe ce qui est déjà un équilibre très étroit entre l?offre et la demande », a estimé Kevin Norrish, analyste à la banque Barclays. « Les inquiétudes actuelles sur la disponibilité du pétrole cet hiver ont été enflammées par une déclaration de guerre des rebelles dans la région du delta, riche en pétrole, menaçant la production de 2,3 millions de barils par jour », a-t-il souligné.
Les contrats à terme sur le brut léger américain ont franchi pour la première fois la barre des 50 dollars depuis sa création, il y a vingt et un ans, et établissant également un nouveau record de clôture sur le marché de New York à 50,90 dollars le baril.
<B>Tentative de l?Arabie saoudite de faire baisser les prix</B>
À l?heure où les stocks sont extrêmement faibles, les menaces d?un groupe armé au Nigeria appelant les compagnies pétrolières étrangères à se retirer de la région contribuent à affoler un marché déjà mis sous pression par l?insécurité en Arabie saoudite, les sabotages d?oléoducs en Irak, l?affaire Ioukos en Russie, et les effets toujours ressentis des cyclones sur le niveau des stocks aux États-Unis.
L?Arabie saoudite, le poids lourd du marché, tente en vain de faire baisser les cours en augmentant sa capacité de production et en disant haut et fort qu?il n?y a pas de « pénurie physique ». « Nous pensons qu?à 50 dollars, le baril est beaucoup trop élevé, de même d?ailleurs qu?à 40 dollars », a déclaré Adel Al-Jubeir, le conseiller diplomatique du prince héritier saoudien Abdallah Ben Abdel Aziz sur la chaîne américaine CNBC.
Il a estimé que le prix juste du baril se situait dans la fourchette de référence établie par l?Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), de 22 à 28 dollars le baril, largement dépassée depuis des mois. « Nous pensons que 25 dollars est un prix optimal », a-t-il souligné.
Le chancelier allemand, Gerhard Schröder, a jugé que le cours record du baril ne devait pas semer la panique dans les économies occidentales. « Je ne crois pas encore que l?on devrait être préoccupé, paniquer, car jusqu?à maintenant, rien de ce qui s?est produit n?a affecté l?économie mondiale sur le long terme », a-t-il déclaré. Il a jugé cependant « très important que l?on rassemble toutes (les) forces pour stabiliser le prix du pétrole ».
<B>Les erreurs en Irak</B>
Selon le commissaire européen aux affaires économiques, Joaquin Almunia, si ce niveau de prix historique se maintient dans les mois à venir, l?économie européenne « va souffrir un petit peu », avec un risque de « moindre croissance et d?inflation en hausse ». M. Almunia a indiqué qu?il espérait ne pas avoir à réviser les prévisions de croissance de la commission, qui table sur une croissance proche de 2 % dans la zone euro.
Le secrétaire d?État au budget français, Dominique Bussereau, a estimé, pour sa part, que si le cours du baril de pétrole devait demeurer toute l?année 2005 à 50 dollars, « la croissance » serait « certainement inférieure » d?un point à celle prévue dans le projet de budget 2 005.Quant à la commissaire européenne aux transports et à l?énergie, Loyola de Palacio, elle a estimé qu?il n?y avait pas de pénurie mais « un problème lié à la spéculation et aux opérations virtuelles, avec en plus des circonstances politiques défavorables », a-t-elle déclaré, en référence à l?élection présidentielle américaine.
La Maison Blanche a indiqué suivre de « très près » l?évolution des cours et montré du doigt non seulement les troubles au Nigeria, en Irak, les cyclones ? les explications généralement expliquées pour avancer la flambée du brut ? mais aussi les positions adoptées par le candidat démocrate à la présidentielle, John Kerry.
À quelques semaines de l?élection, la Maison Blanche estime que l?opposition de M. Kerry à son plan énergétique est un des facteurs à l?origine de la hausse des prix. Chez les démocrates, le candidat à la vice-présidence, John Edwards, a estimé que « l?une des raisons principales pour ces prix élevés, ce sont les erreurs de ce gouvernement en Irak et le sabotage des oléoducs irakiens ».
L?augmentation des prix pétroliers va probablement freiner la croissance américaine, mais elle n?ébranlera pas l?économie des États-Unis à condition que le cours du brut ne subisse pas une nouvelle forte hausse, a estimé Thomas Hoeing, le président de la Réserve fédérale de Kansas City. « Tant que les prix du pétrole n?augmentent pas encore fortement, les effets probables des hausses récentes sur l?économie américaine resteront relativement modestes », a-t-il déclaré lors d?une rencontre de dirigeants d?entreprises à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, tout en refusant de préciser ce qu?il estimerait être une forte augmentation.
M. Hoenig a par ailleurs reconnu que la hausse du pétrole pouvait être assimilée à une taxe supplémentaire frappant consommateurs et entreprises, et handicapant l?activité économique. Mais il a assuré que les États-Unis étaient mieux protégés que dans le passé contre un choc pétrolier. « Même si c?est un facteur défavorable, nous conservons une croissance de 3,5 à 4 % », a-t-il dit. Il avait auparavant précisé que cette prévision couvrait les douze à dix-huit prochains mois.
<B>Un marché attentiste</B>
Le marché attend désormais la publication de l?état des stocks d?hydrocarbures américains par l?Energy Information Administration. Ces stocks devraient avoir reculé pour la neuvième semaine consécutive en raison des cyclones Ivan et Jeanne, qui ont ralenti la production dans le golfe du Mexique. D?ailleurs, une dizaine d?analystes tablent déjà en moyenne sur une baisse de 3,8 millions de barils des stocks de brut, qui accusent déjà un déficit de 13,8 millions de barils sur leur niveau d?il y a un an.
Au Japon, le ministre de la politique économique et budgétaire, Heizo Takenaka, a lancé une mise en garde contre une hausse prolongée des prix du brut, jugeant que « cela constituerait un facteur majeur de risque » pour le pays. Pour le ministre des Finances japonais, Sadakazu Tanigaki, l?économie du pays est cependant mieux armée qu?auparavant pour supporter les effets de hausses des cours, grâce à sa moindre dépendance au brut.
Les pays occidentaux ont largement évoqué cette question lors de la réunion des grands argentiers du G7 du 2 octobre à Washington.
<B>2004 Le Monde ? Avec AFP et Reuters Distribué par The New York Times Syndicate</B>
Publicité
Publicité
Les plus récents