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Perte sèche pour les maraîchers
Gopala Naiken, vendeur de plantes médicinales, sourit ? par déformation professionnelle sans doute ? à chaque fois qu?il se fait photographier. Il oublie que cette fois, sa photo n?ira pas agrémenter les souvenirs d?un touriste, mais illustrera peut-être un article sur les problèmes auxquels il doit faire face avec ses collègues maraîchers.
En effet, cela fait trois mois que les 300 maraîchers se sont installés dans le nouveau marché de Port-Louis. Et déjà, des notes discordantes s?élèvent. Ceux qui occupent l?aile est qui donne sur l?allée centrale, comme Gopala Naiken, se plaignent de n?être pas suffisamment abrités du soleil et de la pluie. « Depi kreasion bazar mo plas andan. Sa kout la mo danbor, soley pe fer mo bann latizan sek. » Les plantes, auparavant d?un vert éclatant, font aujourd?hui grise mine.
Pas assez d?ombre ou trop de pluie
Sanskreet Bukhory, lui, montre ses légumes ramollis par la chaleur. « Bann etal trop dan bor. Nou gaign sa soley la enplin ziska au moins dezer. Ti bizin met enn prelar. » Pour préserver la fraîcheur des denrées, il les asperge d?eau. Mais c?est peine perdue. Malgré ses efforts, les carottes, les concombres et les poivrons finissent par perdre leur éclat. Et les consommateurs ne sont pas dupes. Ils préfèrent de loin s?approvisionner auprès des maraîchers dont les produits sont à l?ombre.
La pluie n?est également pas la bienvenue. « Kan lapli tombe krim sa. Pa konne ki pou fer. » Naushad Joomun ne sait plus à quelle porte frapper pour mettre un terme à ses soucis. Il ne peut plus supporter cette situation. « Zoinion, kouma li mouye, li gate. Semenn dernie, toi zour lapli tombe et finn bizin kouver marsandiz. »
D?autres ont été contraints de cesser de vendre les produits habituels, afin de limiter les dégâts. Comme Vanessen qui est passé des légumes aux fruits importés. Mais vu les pertes accumulées, il s?est cette fois tourné vers les? bananes. « Pas kapav investi lor legim ou frui ki ser parski tout pe gaign bate ar soley. »
Pour protéger ses fruits, il a accroché une toile cirée au-dessus de son étal. Et il doit trouver de l?argent pour payer ses créanciers. « Apre troi moi travay, mo finn fer Rs 75 000 lapert. Mo doi encanteur, mo pa enkor pey minisipalite pou lokasion letal. Lafin di moi (septembre) mo bizin rod Rs 6 000 prêté. »
Outre ces difficultés, les maraîchers se plaignent du prix « exorbitant » de la location des étaux, qu?ils disent ne pas pouvoir payer. « Nou kontan nouvo bazar, me kompare avec avan, reset moin kote lavent », constate Jessen Veerapenchetty. Avant, dit-il, il arrivait à s?en sortir en écoulant 75 à 100 caisses de pommes d?amour par semaine. Actuellement, il n?en vend qu?une cinquantaine.
Il explique cette situation par la concurrence déloyale exercée par les marchands ambulants. « Zot partou. Normal klian la pou rode fasilite. » D?autres fustigent la pratique des supermarchés qui consiste à vendre des légumes à des prix promotionnels. Beaucoup critiquent aussi l?étroitesse des étaux. « Plas sere. Avan mo ti pe met 10 a 15 kess pom damour. Aster kapav met zis kat a sink kes, pa plis », affirme Rabady Mohurdally.
La Central Market Stall Owners Association, qui compte 110 membres, souhaite, quant à elle, une rencontre avec le Premier ministre Paul Bérenger pour discuter des problèmes qui les affectent.
« Auparavan ti kapav dir ki nou ti pe fer asse profi, me aster depi dife, nou pe sibir lapert », affirme Isoop Soobedar, le président de l?association. Il appréhende l?ouverture du marché de Cité Martial qui risque d?aggraver la situation. « À ce moment 40 % de nos clients qui viennent de Plaine-Verte iront là-bas. » Pour lui, les autorités doivent trouver une solution rapidement.
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