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Casser la voix

1 octobre 2004, 20:00

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«Etre gentille, c?est dans ma nature.» Patricia Retournée est l?antithèse de Sadia, personnage un brin vicieux et cynique qu?elle incarne tous les soirs depuis mardi sur la scène de la Citadelle dans Starmania. Du coup, interpréter le rôle de Sadia lui a demandé tout un travail sur elle-même. Et elle n?est pas peu fière du résultat.

Patricia, on la sent davantage à l?aise dans son denim, son pull et ses sandales à la mode. Au contraire de Sadia, campée dans un short ultra moulant, des bas résille, un soutien-gorge à la Jean-Paul Gaultier et des bottes échasses. «A la première audition de Starmania au Studio d?Art Sonore, quand j?ai terminé l?interprétation d?un morceau chanté par Sadia, Gérard Sullivan a trouvé ma voix belle mais trop suave et douce pour le personnage de Sadia. Mon premier réflexe lorsque je monte sur scène est de sourire. Comment faire autrement ? Finalement, j?ai réclamé un délai à Gérard Sullivan et après avoir écouté la version 1998 de Starmania et m?être inspirée de la chanteuse de l?album, j?ai auditionné une nouvelle fois et j?ai été acceptée. J?ai dû me concentrer et me persuader que je pouvais y arriver. Je dois avouer que je n?étais pas mécontente de ma prestation lors de la soirée de gala. Je serai sans doute plus naturelle au cours des suivantes.»

La musique n?a jamais quitté l?enfance de Patricia. Patrick, son père, qui exerce comme commercial chez Mauritius Telecom, est un musicien amateur. Il joue aussi bien du piano que de la guitare. Et depuis que ses trois filles sont en âge de s?exprimer ? Patricia est la benjamine ? il enregistrait déjà les comptines qu?elles chantaient.

MAITRISER UN INSTRUMENT

Au grand dam de Patricia, ses s?urs ont priorité : elles sont plus grandes et parlent mieux ! Lorsque son père les fait prendre des cours de solfège et de piano, Patricia s?y désintéresse. Son idée fixe: chanter. A tout prix. Mais son père est catégorique : il veut que ses filles sachent jouer d?un instrument. «Papa m?a fait comprendre que c?était ou le piano ou?. le piano! Il m?a dit que si je voulais chanter correctement, il fallait que je maîtrise un ins- trument.» Le chantage marche et lorsqu?un professeur de musique italien s?installe à 500 mètres de leur maison à Quatre-Bornes, Patricia n?a plus trop le choix. «Je voulais tellement chanter que j?ai accepté. Avec du recul, je réalise que mon père avait raison.»

Pendant plus de six ans et à raison d?un cours par semaine, Patricia est encadrée par le professeur de musique italien. Le professionnel lui enseigne non seulement le piano mais aussi à poser sa voix pour mieux l?étoffer.

Patricia découvre le chant en groupe pour la première fois aux côtés de la formation musicale Firehawks de Pascal Cimiotti.

Elle décide d?y chanter une fois la semaine même si la pop et la variété ne sont pas son fort ? elle préfère les interprétations jazzy et swing qui permettent des improvisations vocales. Chanter avec le groupe la met en contact avec le public et lui sert de première évaluation de ses limites vocales. «Enfin, je le croyais. Je pensais que j?avais posé mes limites quelque part. Au fil du temps, je me rends compte que je ne les ai pas encore trouvées ces limites. Et qu?à chaque fois, je réussis à les repousser.»

Ses parents la laissent faire. «Ils ont toujours su que mon approche n?était pas classique, que quelque part, j?étais hors normes.»

ABANDONNER LES ÉTUDES

Dès qu?il est question de chant, Patricia répond toujours présente. Elle ne rate pas un concert à l?école. Avec les Firehawks, elle se produit en tant que pia- niste au concert de Le Bocage International School et au cours du concert «Les Enfants d?un Rêve».

Et les études alors ? L?investissement personnel dans la musique est tel que Patricia arrête l?école après avoir complété sa Form V. Elle préfère se perfectionner en piano et réussir ses examens de la Royal School of Music. «L?an prochain, j?aimerai passer le Grade VIII de la Royal School of Music, l?étape préliminaire au diplôme. Et pour cela, il fallait que je me décharge momentanément des études que je compte reprendre l?an prochain.» En parallèle à toutes ces sorties, elle suit des cours de danse moderne avec la danseuse Eva Dalais.

Patricia intègre ensuite le Conservatoire Frédéric Chopin lorsque son professeur de musique italien déménage à Gros-Cailloux. Elle doit s?appliquer car les techniques inculquées sont différentes de celles de son professeur italien.

Qu?à cela ne tienne, Patricia trouve également le temps de se produire au St.- Géran. Depuis quelques mois, elle a adhéré au groupe Hair d?Eddie Grassy. Ce qu?elle apprécie dans ce fleuron du groupe One and Only : l?interaction avec les touristes. «Dans beaucoup d?autres hôtels, les musiciens et la chanteuse meublent le temps du dîner. Au St.-Géran, les touristes écoutent, applaudissent, réagissent. Et ça, c?est encourageant pour les artistes.»

L?épisode Starmania démarre lorsque par le biais de Dominique Couve, qu?elle a rencontrée au cours du concert «Les Enfants d?Un Rêve», Patricia est invitée à participer à l?audition. Une expérience inédite. Patricia, la méchante de service ? La transformation est de taille et l?expérience l?enrichit vocalement. «Je suis contente d?avoir pu bluffer le public en me faisant passer pour Sadia. Starmania m?a permis de me prouver que mes limites ne sont pas là où je les croyais. C?est enrichissant et enivrant et cela me permet d?envisager d?aller plus loin vocalement.»

«CHANTER DOIT RESTER UNE PASSION»

De la troupe, Patricia apprécie particulièrement le metteur en scène Guy Lagesse qui lui a appris à forcer la gestuelle pour paraître plus sadique. Et puis, la troupe est «aussi soudée que les doigts de la main». La chanteuse Carole Lamport l?a de son côté conseillée vocalement et soutenue psychologiquement.

Son unique regret : que Gérard Sullivan ne puisse être parmi eux. «Sa maladie et son départ forcé nous ont abattus. Puis, nous avons repris le dessus. C?est triste qu?il ne soit pas là pour nous voir évoluer. Je lui suis très reconnaissante car il a vu des choses en moi que j?ignorais et il a cru en mes capacités.»

L?après-Starmania ? Dans sa tête, Patricia a déjà tracé son avenir. A l?issue des représentations de Starmania, elle se rend à Londres avec le groupe Hair assurer une campagne de promotion pour le compte d?Air Mauritius. L?an prochain, elle suivra des cours en vue d?obtenir son Certificate of General Education. Après quoi, elle mettra le cap sur la Grande-Bretagne ou l?Australie pour des études supérieures de piano et de chant.

Est-ce à dire qu?elle veut faire de la chanson son métier ? «Ce qui serait bien, ce serait avoir deux vies : une stable, où je serais généralement Madame-Tout-le-Monde et l?autre, où de temps à autre, je chanterai et m?accompagnerai au piano en tant que professionnelle et pour le plaisir.»

«C?est extrêmement dur de faire du chant son gagne-pain. Chanter doit rester une passion.» Artiste, oui. Mais réaliste. Pas folle la guêpe!

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