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Le trio infernal
Le trio infernal. C?est ainsi qu?on peut qualifier les principaux acteurs du film programmé pour 2005. Mais dont la date de sortie n?est pas encore arrêtée; elle peut être sujette à des amendements avant le recours au plébiscite.
En tête d?affiche donc : le Premier ministre Paul Bérenger, son jeune second, Pravind Jugnauth et le leader de l?opposition, Navin Ramgoolam. Les deux premiers sont bien installés dans leur rôle de gouvernement (un rôle qu?ils ne veulent pas abandonner) alors que le troisième campe celui de l?opposant (qui se démène pour retrouver le rôle qu?il a perdu en septembre 2000).
De temps en temps, des spéculations, lancées çà et là, prévoient des chamboulements dans la distribution des rôles. C?est ainsi que ces derniers jours de folles rumeurs couraient sur une nouvelle alliance qui serait en train de se faire entre le Mouvement militant mauricien (MMM) de Bérenger et le Parti travailliste (PTr) de Ramgoolam dans le dos du Mouvement socialiste militant (MSM) de Pravind Jugnauth.
<B>Ramgoolam : ?Ce sont eux qui nous courtisent?</B>
A tel point que les trois principaux protagonistes ont été obligés de monter au créneau pour démentir les rumeurs et rassurer leurs partisans, dont plusieurs étaient perdus dans ces nouveaux scénarii. « Il n?est pas question de rupture entre le MSM et le MMM. Cette alliance, c?est du béton et elle va durer au-delà des législatives de 2005 », a affirmé hier Paul Bérenger. Pravind Jugnauth a abondé dans le même sens :
« Il existe une ambiance et une solidarité extraordinaires entre les deux partenaires du gouvernement. » Navin Ramgoolam: « Ni le MMM ni le MSM ne nous intéressent, mais ce sont eux qui nous courtisent».
« Mais qui propage donc ces rumeurs, » a demandé l?express-dimanche hier à Paul Bérenger. Celui-ci pense que ce sont les travaillistes, de par leur « façon de faire » qui font amplifier ces rumeurs. « Maintenant si vous voulez savoir pourquoi Ramgoolam agit de la sorte, allez le lui demander. »
Effectivement le discours de Navin Ramgoolam est devenu depuis ces dernières semaines moins virulent à l?égard de Paul Bérenger. Si celui-ci avoue apprécier ce « changement d?attitude », en revanche ces nouvelles dispositions ont favorisé, au sein du public, la propagation des rumeurs d?un éventuel rapprochement entre les rouges et les mauves, une sorte de remake de 1995.
Il n?y a pas que l?attitude de Ramgoolam qui se targue d?avoir ? grâce à trois coups de fil échangés avec Bérenger dans le sillage du Mauritius Revenue Authority Bill ? pu « éviter une grève des fonctionnaires », il y a eu aussi cette photo (publiée une première fois dans notre édition du 23 août) montrant un Paul Bérenger tout sourire avec ses deux mains affectueusement posées sur les épaules de Pravind Jugnauth et de Navin Ramgoolam. Ce soir-là, le temps d?un dîner à l?occasion des 67 ans de la Tamil League, les trois leaders politiques ont été surpris dans une ambiance baignée de bonne humeur et de franche camaraderie, qui contrastait vivement avec leurs habituelles querelles.
Et puis tout dernièrement il y a l?apparent consensus entre le gouvernement et l?opposition sur la question de l?élection de remplacement du démissionnaire Siddick Chady. Dans les deux camps, on préfère esquiver une partielle et passer directement aux législatives.
Or dans ce film qui passionne tout le pays, chacun du trio joue un rôle bien déterminé. C?est un jeu de pouvoir, un calcul purement électoraliste, comme une partie infernale, dont le seul objectif demeure les clés de l?hôtel du gouvernement et du bâtiment du Trésor.
<B>Formule gagnante et... secrète</B>
Dans l?actuel système électoral, aucun des deux partenaires du gouvernement MSM-MMM n?a intérêt à aller voir ailleurs, c?est-à-dire du côté du Square Guy Rozemont. Même si, on le répète inlassablement, rien n?est impossible en politique, il n?en demeure que le scénario le moins probable serait une alliance entre le MSM et le PTr. Stratégiquement ce serait un non-sens puisque les deux partis puisent pratiquement dans le même réservoir rural. Et puis Pravind Jugnauth ne gagnera pas à conclure une alliance avec Navin Ramgoolam. Celui-ci est encore relativement jeune et le leader du MSM aura à attendre qu?il abandonne la scène politique pour qu?il puisse accéder un jour au poste de Premier ministre.
Pareillement une nouvelle alliance PTR-MMM relève de l?utopie. Les données ont changé depuis 1995 : depuis Paul Bérenger a accédé au poste suprême. Et après plus de trois décennies pour arriver jusque-là, on le voit mal accepter d?être à nouveau le vice-Premier ministre de Navin Ramgoolam. Le fait que Bérenger a clairement fait comprendre que Le Réduit ne l?intéresse pas dans un proche avenir n?arrange pas les choses.
Quant à Navin Ramgoolam, il le dit suffisamment fort et régulièrement pour comprendre qu?il veut à tout prix retrouver le poste de Premier ministre. « Ce poste-là n?est pas négociable », se plaît-il à dire. Et de toute façon il a tellement fait campagne contre Paul Bérenger comme Premier ministre qu?il peut difficilement reculer.
Entre Pravind Jugnauth, qui aspire à marcher sur les traces de son père (pour cela il doit calmer les désirs d?alliance avec les rouges de quelques seconds couteaux MSM) et Paul Bérenger qui ne veut pas tomber de son piédestal, il y a une formule, surnommée « Winning », que le leader du MMM garde toujours secrète.
Navin Ramgoolam, lui, tentera de les diviser afin de retrouver le fauteuil qu?il a occupé entre 1995 et 2000. Un poste, pour rappel, qu?il a obtenu grâce à Paul Bérenger et qu?il a perdu à cause de ce même Bérenger qui entre-temps a contracté une autre alliance. C?était en 2000.
Aujourd?hui, quatre ans après, le jeu infernal, à en croire le trio, s?est arrêté. Selon les trois dirigeants, les dés sont jetés pour les prochaines législatives : le bloc MSM-MMM s?alignera contre le PTr et ses alliés. Mais il reste encore de longs mois et, malgré les démentis d?aujourd?hui, les acrobaties d?hier prouvent que tout peut arriver en politique, même les calculs les plus fous?
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