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Triturages constitutionnels
Triturer signifie tripoter, trafiquer, manipuler. C?est ce que le gouvernement envisage de faire avec la Constitution du pays. Cette démarche purement politicienne provoque, à raison, des remous de la part de ceux qui ont à c?ur les valeurs démocratiques .
Manifestement la démission de Siddick Chady a chamboulé les calendriers des partis. La partielle, prévue par la loi suprême du pays, risque de nuire tant à l?équipe gouvernementale que celle de l?opposition. D?où ce souhait affiché d?esquiver la partielle et d?aller directement aux législatives.
Le MSM-MMM, après avoir connu le goût amer de la défaite à Piton-Rivière-du-Rempart, ne peut se permettre de perdre une autre partielle. Cela risque d?anéantir ses chances et de doper celles de l?opposition aux législatives qui doivent avoir lieu en septembre de l?année prochaine.
Le Premier ministre aura beau dire que le gouvernement ne craint pas une défaite, même si, aime-t-il le souligner, la population exprime souvent un « protest vote » lors des élections de remplacement, mais force est de constater qu?il ne convainc pas.
L?opposition, même si elle fait semblant de condamner les éventuels amendements constitutionnels, ne pleurera pas si on esquive cette élection dans une circonscription réputée être un bastion MMM. La décision de Chady a d?ailleurs provoqué mercredi un mécontentement parmi l?état-major rouge, qui le lui aurait d?ailleurs fait savoir.
Dans cet inattendu consensus entre les forces politiques, pourtant censées s?opposer, c?est la démocratie qui sort meurtrie. Déjà avec une période maximale de 240 jours pour la tenue d?une partielle, comme prévu par la Constitution, le rapport du juge Albie Sachs sur la réforme électorale ? commandité et quasiment approuvé par le gouvernement et payé des fonds publics ? préconise qu?on réduise cette période à 150 jours. Aujourd?hui le gouvernement envisage d?amender, mais dans le sens contraire : le délai pourrait passer à 300 jours.
L?objectif est de gagner du temps. Le gouvernement MSM-MMM veut tout à la fois contourner la partielle, présenter son dernier budget en juin (ou avant) et se jeter dans la bataille législative pour tenter de conserver le pouvoir. Pour gagner les élections, il misera beaucoup sur le budget 2005-2006, qui s?annonce riche en mesures sociales. Ce budget servira de rampe de lancement à sa campagne électorale.
Ce faisant, Paul Bérenger va à l?encontre de la lutte qu?il avait menée, avec d?autres militants MMM, en 1982. En ce temps de grands discours ? et de réalisations ? démocratiques, des amendements avaient été votés pour qu?on ne trafique plus la Constitution, afin que les dirigeants gouvernementaux évitent de jouer avec les échéances électorales, comme le régime de feu sir Seewoosagur Ramgoolam l?avait fait. Les temps changent. Peut-être qu?aujourd?hui, se trouve-t-il dans la même situation que l?ancien Premier ministre.
Le Premier ministre devrait savoir : si la partielle a un prix (que le pays peut encourir), la Constitution et partant, la démocratie, n?en ont pas? Raison pour ne pas les triturer.
Tout amendement constitutionnel dont la finalité visera à protéger les intérêts politiciens et partis au pouvoir sera une grave entorse à la démocratie. C?est clair : Paul Bérenger de 2004 n?a rien à voir avec celui de 1982...
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