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« Je retourne au Parti travailliste »

11 septembre 2004, 20:00

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<B>Personne n’arrive à comprendre le pourquoi de votre démission ?</B>

Ma démission n’est pas un acte irréfléchi. J’ai pris plus de deux mois de réflexion. J’ai démissionné parce que le pays, et plus particulièrement ma circonscription (NdlrR : Port-Louis Maritime-Port-Louis Est), souffre d’une situation de crise. Le Premier ministre lui-même parle d’urgence économique. Et on ne peut pas laisser cet état de choses perdurer…

<B>Votre démission change quoi ?</B>

C’est pour attirer l’attention et provoquer une réflexion sur le malaise qui gagne le pays. C’est un moyen aussi pour la population d’envoyer un message clair et net par rapport à la gestion politique. En tant que député indépendant, sillonnant ma circonscription, je constate chaque jour le degré de pauvreté et de misère qui s’amplifie. Et moi je ne pouvais rien faire…

<B>Pensez-vous qu’en dehors du Parlement, vous leur serez plus utile ?</B>

Il y a une chose qui échappe à tout le monde, y compris vous. Savez-vous ce qu’apporte une partielle. Avez-vous vu ce qui s’est passé à Piton-Rivière-du-Rempart : routes asphaltées, murs construits, drains refaits, emplois offerts… et j’en passe. Au Parlement, je n’aurais jamais pu accomplir tout cela. Ma démission provoquera une partielle et cette partielle apportera une manne à tous les habitants de la circonscription n° 3. On se souviendra de moi pour cela.

<B>Mais tout porte à croire qu’il n’y aura pas de partielle ?</B>

Peu importe. Mais la réflexion sera engagée. Et le gouvernement ne pourra pas fuir devant ses responsabilités. Je pense que même s’il n’y a pas de partielle, les élections générales viendront plus vite que prévu. J’ai en fait contribué à rapprocher l’échéance et cela va assainir la situation. Le gouvernement, devant pareille situation, est obligé d’assumer ses responsabilités devant l’ensemble de la population et non pas une partie seulement. Par exemple, si le chômage atteint des proportions importantes, le taux atteindra des sommets inimaginables dans ma circonscription, plus particulièrement dans les poches de pauvreté.

<B>Quelque part donc, vous vous sacrifiez pour votre circonscription…</B>

On peut le dire. La circonscription n° 3 ne doit plus être marginalisée et c’est ma façon de braquer les projecteurs sur la région. Ou pou trouvé combien ministres pou vine promené dans n° 3 bientôt, ler-là, ou pou comprend mo move.

C’est vrai que votre « move » n’est pas clair. Vous avez aussi évoqué le ticket qu’il fallait retourner au PTr…

Il ne faut pas être malhonnête. J’ai été élu député sous la bannière travailliste et aujourd’hui, même si je suis parmi le groupe parlementaire des Rouges, je siège comme indépendant. Et il est donc logique que je retourne mon ticket au parti. Au leader de décider ce qu’il en fera.

<B>Mais pourquoi n’avoir pas réintégré le parti au lieu de démissionner ?</B>

En fait, je n’ai jamais vraiment démissionné du Parti travailliste. Pour des raisons personnelles et conjoncturelles, comme l’a d’ailleurs reconnu Navin Ramgoolam, j’ai dû m’éloigner momentanément de mes camarades de parti. Mais ma famille et moi-même avons toujours été des travaillistes et ce n’est pas aujourd’hui que je vais changer.

<B>Officiellement vous n’êtes toujours pas membre du PTr ?</B>

Mon admission est à l’étude. Je ne suis pas pressé. Mais cela va se faire.

<B>Quand vous êtes parti, d’autres ont pris votre place au sein des instances rouges…</B>

Je suis réaliste : je ne peux pas aujourd’hui prétendre reprendre le rang que j’occupais avant. Je suis prêt à recommencer au bas de l’échelle. En fait je ne veux usurper la place de personne. Je souhaite être qu’un simple membre, bien évidemment en suivant les procédures du parti.

<B>Vous avez retourné votre ticket au PTr. Attendez-vous que le parti vous le rende aux prochaines législatives ?</B>

Je pense toujours être un candidat valable. S’il y a une partielle, j’ai dit que j’offrirai tout mon soutien au candidat des Rouges. Aux prochaines législatives, c’est sûr que je veux être de la course. Je n’ai aucunement l’intention d’abandonner la politique.

<B>Justement quelle est donc votre ambition politique ?</B>

C’est de permettre à Navin Ramgoolam de revenir au pouvoir, de retrouver son poste de Premier ministre. Et aussi de reprendre ma carrière de parlementaire qui aura 14 ans. Après tout ce temps en politique, on peut plus rester à l’écart…

<B>Mais pourtant celui-ci vous a refusé l’investiture en cas de partielle ?</B>

Je n’ai pas exigé de ticket. Mais Navin Ramgoolam a sollicité et obtenu mon aide en cas de partielle. Je le ferai volontiers quel que soit le candidat de son choix. C’est un peu normal qu’il soit quelque peu froissé avec moi. Même s’il comprenait mon geste, motivé par une situation financière difficile, mon départ l’a froissé. Il faut le comprendre : je faisais partie de ses plus proches collaborateurs au sein du parti.

<B>Les relations entre vous ont-elles changé aujourd’hui ?</B>

Navin et moi, nous avons étudié ensemble. Nous sommes des amis de longue date. Et cette amitié dépasse le cadre politique. Il a été et sera toujours mon ami. Mais si j’obtiens un ticket, ce n’est pas pour cela. C’est en raison de mon ancrage dans la circonscription n° 3. Mais la décision lui revient et je ne veux pas faire aucune pression.

<B>Quels sont les rapports de forces dans la circonscription ?</B>

Valeur du jour, le Parti travailliste représente plus de 60 % de l’électorat et le MMM dans les 25 %.

<B>Le reste au Hizbullah ?

Ce parti et l’homme qui le représente sont en chute libre depuis sa libération. Sa rencontre avec Paul Bérenger au bâtiment du Trésor lui a été néfaste. Ses partisans l’ont abandonné. Je pense que s’il se propose d’être candidat, son rôle se cantonnera à faire le jeu du MMM en essayant de puiser dans le réservoir rouge.

Une autre raison évoquée pour tenter d’expliquer votre démission est liée à vos déboires financiers.

Ce n’est un secret pour personne que ma famille et moi traversons des moments difficiles. Quand j’ai pris – à contre-cœur – mes distances des travaillistes, c’était, entre autres, à cause de ces contraintes financières, pour sauver le business familial et éviter la fermeture de nos business. Mais même quand je siégeais comme indépendant, la pression qu’on exerçait sur ma famille et moi ne s’est pas estompée.

<B>Vous affirmez donc qu’il y a eu chantage ou pression. De la part de qui ?</B>

Je ne vais pas entrer dans le détail actuellement parce que la crise n’est pas encore passée. Mais j’ai subi beaucoup de pression à cause de mon appartenance politique. J’ai sacrifié ma carrière comme politicien pour sauver ma famille. Malgré cela, rien n’a changé depuis. Et c’est simplement grâce à la force de Dieu que j’arrive à m’en sortir.

<B>Mais pourquoi ce retour vers le PTr ?</B>

Parce que rien n’a changé sur le plan politique malgré ma démission des rouges. J’ai réalisé au contraire que le seul salut de ce pays réside dans un besoin d’un renouveau politique. Et j’estime que c’est Navin Ramgoolam seul qui peut l’incarner.

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