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“L’innovation permet d’aborder une nouvelle courbe de croissance”

7 septembre 2004, 20:00

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●<B>Le NPCC organise à partir d’aujourd’hui un sommet national sur l’innovation. Peut-on commencer par définir ce qu’est l’innovation ? </B>

Tout changement qui permet d’ajouter de la valeur à un produit ou à un service pour améliorer le niveau et la qualité de vie est une innovation. L’adoption d’une autre approche, d’un procédé de production différent ou d’une nouvelle manière d’agir dans la prestation d’un service est une innovation si elle simplifie la vie et améliore la productivité.

<B> Quelles ont été les initiatives prises jusqu’ici par cette institution pour promouvoir l’innovation à Maurice ? </B>

Le sommet s’inscrit effectivement dans le cadre plus large d’un programme visant à promouvoir l’innovation. Lorsqu’il a été créé en 2000, le NPCC s’est vite rendu compte qu’un problème lié à la productivité est que la population n’est pas suffisamment sensibilisée au concept d’innovation. Le NPCC s’est donc fixé comme objectif de remédier à cette situation.

Plusieurs actions ont été menées en ce sens depuis 2000. Elles visent divers publics, tels que le citoyen ordinaire, les professionnels ou les organisations non gouvernementales.

En 2002, nous avons organisé un atelier de réflexion dont le but était de travailler sur l’introduction d’un système national pour l’innovation. Quelque 70 décideurs y ont participé. Quatre groupes de travail ont été constitués pour réfléchir chacun sur un domaine, notamment l’agro-industrie et l’éducation.

En 2003, le NPCC a élaboré un plan d’action qui va bien au-delà de la sensibilisation au concept d’innovation. Un des éléments de ce plan est justement l’organisation d’un sommet national sur la question.

Parmi les autres éléments du plan d’action figure l’organisation, depuis avril, d’un concours sur l’innovation – Innovation Mauritius Award – dont la soirée de remise des prix est prévue samedi 11 septembre.

Nous travaillons également sur la création d’une Innovation Mark, qui sera associée à des produits et services, en signe de reconnaissance de la valeur ajoutée de ces biens et services grâce à l’innovation. Cette Innovation Mark sera octroyée à partir de critères bien définis.

Par ailleurs, le NPCC a pris des initiatives pour favoriser l’utilisation des technologies de l’information et des communications au service de l’innovation. Un espace physique et virtuel a été créé pour aider les entrepreneurs à utiliser et adapter les logiciels libres selon leurs besoins.

Le NPCC est aussi au centre du Computer Proficiency Program qui vise à vulgariser l’informatique auprès d’un plus grand nombre.

Ce programme a permis d’initier quelque 30 000 personnes à l’informatique, notamment des instituteurs et élèves, qui n’avaient jamais touché à un clavier d’ordinateur auparavant. Ils savent maintenant utiliser les logiciels les plus communs.

●<B>Suite à ces nombreuses actions concrètes, pourquoi ce sommet national sur l’innovation ? </B>

Pour le NPCC, 2004 est l’année de l’innovation. Nous voulons créer une plate-forme de réflexion et d’échange pour discuter de l’innovation à Maurice. Nous espérons sortir de ces deux jours de discussion avec une stratégie nationale pour promouvoir l’innovation et arriver à un niveau accru de sensibilisation à ce concept.

A travers ces dialogues, nous espérons identifier des éléments vitaux pour déclencher une culture de l’innovation à Maurice.

Pour atteindre ces objectifs il faut cette plate-forme réunissant les décideurs des secteurs public et privé, mais aussi les diverses parties prenantes de la société en général, notamment le monde de l’éducation, de la formation, des affaires, des institutions parapubliques et du gouvernement.

Pour des échanges fructueux lors de ce sommet, nous avons identifié quatre thèmes : l’innovation pour relancer la croissance ou comment l’innovation peut permettre de dégager des avantages compétitifs et comparatifs, faire du citoyen lambda un agent de l’innovation, le financement de l’innovation et un échange d’expérience entre pays sur la promotion de l’innovation.

Préalablement à ce sommet, nous avons organisé six tables rondes sur ces mêmes thèmes pour identifier d’avance les points qui méritent une réflexion plus poussée au sommet.

Outre les discussions, ce dernier sera aussi une vitrine de ce qui se fait en matière d’innovation à Maurice. Plusieurs innovateurs exposeront leurs travaux.

●<B>Pourquoi est-il si important de promouvoir l’innovation ? </B>

Dans le cycle de développement économique, le pays est arrivé à un point où la courbe de croissance commence à décliner. Depuis l’indépendance, l’économie a connu deux phases de croissance, de 1970 à 1980, et du début des années ’80 jusque vers la fin des années ’90.

L’économie, comme tout organisme vivant, comme toute entreprise ou institution, connaît le même schéma classique : croissance, maturité, déclin. L’économie de Maurice commence à entrer dans une phase de déclin. Si nous n’apportons pas maintenant un nouveau souffle pour faire repartir la croissance, le déclin se poursuivra. Ce nouveau souffle ne peut venir que de l’innovation.

L’environnement économique est de plus en plus compétitif en raison de la globalisation et de la libéralisation. Si nous ne nous démarquons pas sur nos produits et services, nous aurons du mal à rester compétitif. Il nous faut en permanence offrir de nouveaux produits et services pour se distinguer de la concurrence.

Notre développement économique a d’abord été fondé sur les coûts de production et notamment celui des ressources humaines. Puis nous avons essayé de tabler sur le capital en comptant sur l’investissement, et notamment l’investissement direct étranger.

Aujourd’hui, les statistiques nous montrent que par rapport à d’autres pays et régions, Maurice a du mal à capter les capitaux étrangers. Ce n’est plus aussi facile qu’avant, tant la compétition est grande sur ce terrain aussi.

Dans la conjoncture, nous n’avons pas d’autres choix que d’aborder une nouvelle phase de développement basée sur le savoir, le savoir-faire, la matière grise, bref, l’innovation. Il faut créer un système pour encadrer et promouvoir l’innovation à tous les niveaux.

●<B> L’innovation n’est pas uniquement l’affaire des entrepreneurs…</B>

Effectivement, on a trop tendance à penser que cela ne concerne que les entrepreneurs. Mais l’innovation ne peut pas être considérée en isolement du reste de la société. Notre avenir économique va dépendre essentiellement des marchés d’exportation. Il nous faut donc aller au-delà de la productivité des entreprises pour promouvoir la compétitivité de Maurice dans son ensemble.

Cela implique que le gouvernement, les services publics, les institutions, le cadre régulateur, les secteurs économiques, les entreprises, les salariés et le citoyen soient tous engagés pour soutenir la compétitivité du pays. On ne peut plus penser dans le cadre étroit de l’entreprise uniquement.

●<B> On sait depuis longtemps que tout le pays doit être compétitif. Le problème est d’en convaincre toutes les parties prenantes et de traduire cette vision dans la pratique…</B>

Il faut développer un réflexe : celui du changement. Il faut intégrer une culture du changement chez tous les Mauriciens. Ce réflexe viendra lorsque nous aurons compris que nous devons nous démarquer en permanence. Rien n’est acquis. Rien ne perdure. C’est pour cela qu’il faut innover en permanence.

Nous devons identifier aujourd’hui les facteurs qui assureront notre compétitivité demain. Hier c’étaient les faibles salaires, qu’est-ce que ce sera demain ?

Vous dites qu’il est difficile de traduire la vision d’une île Maurice compétitive dans la pratique. Nous constatons qu’un déphasage s’installe : la courbe de croissance décline mais les attentes des Mauriciens en matière de niveau de vie ne cessent de croître. Il faut impérativement créer une nouvelle courbe de croissance pour combler ce déficit.

Si on comprend cela, on comprend que beaucoup de choses devront évidemment être revues. Les circonstances et les derniers développements nous poussent d’ailleurs à remettre en question ce que nous prenions pour acquis.

Il nous faut donc innover pour assurer la compétitivité des secteurs existants, mais aussi pour lancer de nouvelles activités. Identifions ce que nous aurons à mettre en œuvre pour innover hors des sentiers battus.

On peut faire le choix de devenir un “City State”, comme Singapour et Hong Kong, en ouvrant complètement le pays à l’international, pour les biens comme les personnes.

●<B>Quelles sont à Maurice les principaux obstacles à l’innovation ?</B>

La première contrainte et liée à l’environnement. Elle est avant tout culturelle. Maurice a vécu dans une zone de confort. Le pays n’a pas été jusqu’à présent exposé outre mesure aux difficultés de la globalisation du commerce et de l’économie, tandis que des populations doivent se battre quotidiennement pour survivre. Nous avons développé une culture individuelle qui est le résultat de cette perception d’une zone de confort.

Aujourd’hui, alors que nous sommes davantage exposés à la concurrence, cette culture doit changer. Les réflexes doivent évoluer.

La deuxième contrainte se situe au niveau de l’éducation et de la formation. Nous avons un système d’éducation qui ne favorise pas beaucoup l’innovation et le thinking out of the box. Cette situation est aujourd’hui reconnue. Nous souhaitons que le système évolue pour encourager les jeunes à réfléchir constamment au changement.

La troisième difficulté est d’ordre financier. Les gens qui ont des idées doivent pouvoir les mettre en pratique. Pour cela, il est nécessaire d’avoir un cadre accueillant qui soutient l’innovation. Il vaut mieux avoir des idées farfelues que pas d’idée du tout.

Dans cette optique, un des obstacles majeurs à l’innovation est la peur de l’échec. Les gens sont tétanisés par la défaite. Aux Etats-Unis, un entrepreneur qui ne réussit pas peut recommencer sans qu’on le condamne, qu’on le critique ou qu’on l’étiquette comme étant un incapable.

Il faudrait que nos aînés sachent mieux déléguer aux plus jeunes des responsabilités, tout en étant moins critiques face à leurs échecs. Tant qu’on ne crée pas un climat de confiance qui permet aux plus jeunes d’entreprendre des projets sans crainte de ne pas réussir, nous n’encouragerons pas l’innovation.

<B>Propos recueillis par Stéphane SAMINADEN</B>

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