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Limiter les dégâts

6 septembre 2004, 20:00

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Oui, il est du devoir des médias de veiller à ce que la dignité des femmes ne soit pas bafouée. Oui, il est de notre devoir de combattre les stéréotypes parce que la prostitution est bien souvent un dernier recours et que tout jugement moral de ces femmes est inacceptable ; on ne connaît pas leur vie, les difficultés qu?elles ont endurées. Mais notre devoir est d?abord et avant tout de rapporter les faits dans le respect de la loi, avant même de les commenter. Il était assez déroutant de se l?entendre reprocher, lors du lancement du ?Directory of women?s source?, par un représentant d?un gouvernement pourtant toujours pressé de crier à la diffamation. Commentons donc maintenant, puisque cette rubrique, elle, s?y prête.

Dans l?article du 28 août sur le démantèlement d?un réseau de prostitution à Flic-en-Flac, l?express avait décidé de nommer les prostituées et non les clients par équité. Si nous protégions, au nom d?une certaine opinion, l?identité de ces femmes, ne devrait-on pas également protéger les droguées ? Elles aussi sont victimes de dealers, alter ego des proxénètes. Bien souvent les deux activités vont de pair. Se vendre pour acheter sa drogue? ou vendre la drogue pour vivre. Aurions-nous dû ne pas mettre la photo de Kathleen Janse Van Vuuren ? Peut-être qu?elle passait de la drogue pour nourrir sa fille. Et si nous avions délibérément choisi de ne pas mettre sa photo parce qu?elle est femme victime, n?aurions-nous pas fait d?injustice aux trafiquants hommes ? Ce ne sont pas des machos avec pour seul objectif de dénigrer les femmes qui ont édité ces textes, mais des professionnels, hommes et femmes, ensemble.

Au-delà de la manière de traiter l?article, se posent des questions de fond. C?est ce qu?aurait pu avoir fait la ministre. Par exemple, n?est-il pas temps de légaliser la prostitution ? Ne faudrait-il pas introduire des maisons closes dûment enregistrées par les autorités et régulièrement inspectées ? A la différence d?une prostitution en solitaire, risquée, elles permettraient un suivi des filles, au niveau de la santé, de l?hygiène, une sociabilité, un contrôle des hommes et de leurs caprices . Elles obligeraient le port d?un préservatif, limiteraient la toute-puissance du proxénète. Cela leur éviterait la promiscuité des rues, les risques de viol et de vol.

Mais pour ce sujet comme pour la drogue, on continue à jouer les hypocrites, être répressif et laisser un autre fléau prendre du terrain, le sida. Il ne faut pas croire que la légalisation de la prostitution pourrait être défendue par Arianne Navarre-Marie. Le débat mort-né sur la légalisation de l?avortement a donné une indication de ses idées. Il est plus probable qu?elle soit en faveur de l?éradication de la prostitution. Dans ce cas, elle aurait pu lancer le débat sur l?idée qu?elle a en tête.

C?est probablement une loi suédoise, qui condamne les clients et épargne les prostituées. Le gouvernement de ce pays a choisi de les considérer comme des victimes et non des coupables. Cela a marché : les clients ont eu peur. L?on ne trouve plus de prostituées sur les trottoirs. Même si la police suédoise pense que cette loi est plus risquée pour les prostituées, car le trafic se déroule dans une plus grande clandestinité.

C?est là le débat à mener. Certaines femmes doivent penser qu?elles sont libres de disposer de leur corps, et d?autres être favorables à l?éradication de la prostitution. Il faut travailler à faire se rencontrer ces idées, dans la recherche d?une solution réalisable. Car évidemment, l?idéal serait que les femmes n?aient plus besoin de vendre leur corps. Qu?elles puissent avoir accès à un travail correctement rémunéré. Que les hommes aient une sexualité épanouie avec leur partenaire. Mais cela suppose de résoudre tous les problèmes économiques, psychologiques, éducatifs etc. Dans l?attente de cette société parfaite, il faut surtout limiter les dégâts.

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