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La France à l?heure du tourisme chinois
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La France à l?heure du tourisme chinois
Vingt-deux pays de l?Union européenne (la Grande-Bretagne a refusé de signer l?accord avec Pékin, l?Allemagne et la Hongrie l?avaient déjà paraphé), auxquels s?ajoutent la Norvège, l?Islande, la Suisse, la Roumanie et le Liechtenstein, anticipent une forte hausse du nombre de visiteurs chinois. Jusqu?à présent, la Chine n?autorisait que les voyages d?affaires et les visites de délégations officielles en Europe. Les Chinois croisés à Paris, aux Invalides ou dans les grands magasins n?étaient pas considérés comme « touristes ». Mais le glissement n?est pas que sémantique : les 122 agences de voyages agréées en France par Pékin ? dont Kuoni, Nouvelles Frontières, Maison de la Chine? ? pourront désormais faire de la publicité sur les destinations européennes et obtenir des visas collectifs, les pays d?accueil s?engageant à en faciliter la délivrance.
Mobilisation des transporteurs aériens
Les consulats européens risquent d?être assaillis de demandes. Pour y faire face, la France a agrandi ses bâtiments diplomatiques à Pékin et espère délivrer de 20 % à 30 % de visas supplémentaires par an, tout en continuant à traquer les candidats à l?émigration clandestine.
Les transporteurs aériens aussi se mobilisent. Première compagnie occidentale vers la Chine, Air France assurait déjà une desserte quotidienne sur Pékin, Shanghaï et Hongkong, et a ouvert une ligne Paris-Canton en janvier. Elle embarque des interprètes chinois sur toutes ces lignes depuis 1997. « C?est la seule destination sur laquelle il y a une personne en plus, car c?est une clientèle très particulière », explique-t-on à Air France.
Maison de la France, organisme de promotion de la France à l?étranger, déjà présent à Hongkong, a ouvert un bureau à Pékin en 2002. Son objectif est de doubler rapidement le nombre de touristes chinois en France (400 000 en 2002) et d?allonger la durée des séjours, en programmant la France en unique destination. Selon elle, les Chinois passent entre 10 et 15 jours en Europe, pendant lesquels ils visitent de 8 à 15 pays.
En France aussi, les professionnels se préparent au changement, notamment à Paris qui voit passer 96 % des touristes chinois. L?Office de tourisme et des congrès de Paris a créé une charte, signée par les opérateurs parisiens, qui s?engagent à traduire menus et prospectus et à placer, dans les chambres d?hôtel, une lettre de bienvenue en chinois et une théière. À Montparnasse, l?hôtel Littré diffuse une chaîne de télévision en chinois. Chez Accor, depuis 2003, des hôtels parisiens proposent la télévision, un journal touristique et un petit-déjeuner chinois. Le groupe a embauché des réceptionnistes parlant mandarin et cantonais, dans les hôtels Mercure Tour Eiffel Suffren, le Sofitel Bercy et le Novotel Roissy?
La France est souvent la dernière étape de la tournée européenne, car les Chinois y font leurs emplettes. Aux yeux des professionnels, la hausse de leur pouvoir d?achat est manifeste : « C?est la clientèle étrangère dont le panier moyen était le plus élevé au dernier trimestre 2003 », explique Thierry Baudier, directeur général de Maison de la France, qui s?attend à une dépense supplémentaire par touriste chinois de 430 euros.
Le Printemps Haussmann a intégré cette nouvelle donne : l?enseigne a traduit le plan du magasin, créé une lettre d?information en chinois et embauché 15 personnes dévolues à l?accueil des groupes. En contact étroit avec des opérateurs en Chine, le grand magasin parisien sait, à l?heure près, le nombre de Chinois qui vont franchir ses portes.
« Une tendance à l?individualisation »
Autrefois réservé aux Occidentaux et aux Japonais, le luxe est désormais accessible aux Chinois. « C?est une population qui voyage et qui consomme », constate-t-on chez les opérateurs. Fin septembre, Vuitton ouvrira un global store (maroquinerie, montres, chaussures?) à Shanghaï, qui s?ajoutera aux douze magasins que le groupe a déjà en Chine. Les cabarets font aussi partie des tribulations du Chinois à Paris. Au Lido, les menus ont été traduits. Au Moulin-Rouge, ces touristes représentent 6 % des clients. Phénomène nouveau, depuis le printemps, ils ne se contentent plus d?assister aux revues, mais dînent en petit comité. « Il y a déjà une tendance à l?individualisation, analyse Jean-Luc Pehau-Ricau, responsable de la communication du Moulin-Rouge. Ils évoluent encore plus vite que les Japonais il y a vingt ans. »
2004 Le Monde ? Vicent de LONGUEVILLE Distribué par The New York Times Syndicate
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