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Faut être acrobate...
C’est la colère à Ilôt, Camp-Diable. Plus de deux-cents familles, qui y habitent s’expriment ouvertement. Elles veulent, une fois pour toutes, que les autorités comprennent le calvaire enduré quotidiennement quand ils doivent emprunter une impasse en béton avant un pont pour qu’ils puissent avoir accès à d’autres services essentiels dans le centre du village de Camp-Diable.
Le visage en sueur, une tente accrochée à l’épaule, debout à l’entrée de l’impasse, Shardha Devi Hurgobin, est à bout de souffle. Cette ancienne femme-laboureur qui a travaillé pendant plus de vingt ans sur l’établissement sucrier de Britannia, vient tout juste de descendre d’un autobus. Elle traverse l’impasse après une demi-journée de travail dans un champ de légumes pour renter chez elle.
“Mo extra fatige kot mo été. Pas blie kii tout lezour so gran dimoun kouma so zenfan ki all lekol bizin traverse sa toulezour par ici mem,” explique cette habitante d’îlot.
Kismantee Sooghun 66 ans, est venue s’installer depuis plus de quinze ans dans ce patelin.
Comme ses voisins Iswarlall Ramloll, Anil Ramkelawon et Ramotah Soobrun, Krismantee en a marre de voir défiler des hommes, équipés du matériel d’arpenteur pour évaluer la superficie du pont, avec la promesse qu’une nouvelle structure remplacera le pont pour leur faciliter la vie.
“Lanne alle lanne vini mem zaffair”, observe la sexagénaire.
Ramotah Soobrun, âgé de 75 ans, doit régulièrement se rendre dans le centre de santé de la localité. Malade ou pas, Il n’a pas le choix. Là où il habite, il doit impérativement parcourir une bonne distance, traverser ce pont avant d’arriver sur un arrêt d’autobus. “Ban vie dimoun malad pas bien miser ici”, témoigne-t-il.
Etant donné les problèmes rencontrés par les habitants, Dinesh Ramnarain, 24 ans, chômeur, trouve dommage que les jeunes habitants d’îlot, qui font des demandes pour des permis de taxis ne reçoivent pas la même considération comme dans d’autres villages. “Ces taxis auraient certainement beaucoup dépanné dans de telles conditions et créé des emplois pour de nombreux chômeurs”, dit-il.
Soutenu par Ramotah, Dinesh Ramnarain, Dhiraj Bhickiah, conseiller du village, raconte les difficultés rencontrées par les enfants, les vieilles personnes et plus particulièrement les femmes enceintes, lorsqu’elles traversent le pont pendant la saison pluvieuse. Mo finn deza trouv madam enceinte ek grand dimoun tombe dan sa limpass la. Malgre nou fer complint, situation pas finn sanze”.
Iswarlall profite de l’occasion pour dénoncer l’attitude d’un planteur de la localité, qui a pris la fâcheuse habitude d’utiliser des déchets de poule comme fertilisant dans sa plantation de légumes « Nous avons beaucoup de mal à respirer, mes deux enfants en bas âge surtout lorsque cette mauvaise odeur commence à se répandre ».
Selon un médecin qu’il avait consulté il y a quelques mois, l’allergie développée par ces enfants pourrait être liée à cette odeur. “Mo finn deza all serce inspecter pou fer zot al gette. Okenn aktion pa finn pran ziska zordi”, déplore-t-il.
Las d’attendre réaliser les promesses faites par leurs élus pendant la campagne électorale en septembre 1995, les jeunes commencent à perdre patience. Ils ne veulent plus se regrouper sous des arbres pendant leur temps libre. “Nou dimann zot vinn fer enn letour enn tanto pou ki zot trouve ki manier nou pas nou letan”, conseillent les jeunes à leurs députés.
Pravesh Modee, un jeune de la localité, plaide pour les enfants qui sont eux-aussi privés d’un endroit pour donner libre cours à leur énergie. “Cela fait très mal de les voir pendant les week-ends et les vacances scolaires”.
Dhiraj Bhickiah, qui dit avoir, en maintes occasions, attiré l’attention des autorités concernées sur tous ces problèmes, est très irrité par l’indifférence et le manque d’égards de la part des élus . “Nous ne leur demandons pas de remuer ciel et terre pour nous satisfaire, mais tout simplement de faire un maximum d’efforts pour répondre à nos besoins”.
Le jeune Dinesh, impatient, suggère aux députés de s’y rendre pour un constat de la situation. En attendant, comme d’autres jeunes, ils souhaitent la construction d’un centre communautaire et d’infrastructures sportives.
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