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Ils sont menaçants
Il y a dans le discours syndical une inflation langagière qui prête parfois à rire. Non que nous ayons perdu tout réflexe de soutien aux engagements qui sont déterminés par la défense de causes comme celle de l’emploi ou des intérêts des salariés. Mais lorsqu’on entend des expressions comme “s’il faut tomber pour une cause, nous allons tomber” ou un syndicaliste qui annonce qu’il n’hésitera pas à lancer un “mot d’ordre pour paralyser le pays”, la circonspection et la méfiance deviennent une réaction spontanée.
Ce pays a connu divers cycles de syndicalisme. Les uns aussi différents que les autres. Celui des années pré-indépendance se signalait par son caractère ouvriériste et politique. La période post-indépendance vit la naissance d’un syndicalisme qui s’imprégnait des idéologies de gauche voire d’extrême gauche. Sir Anerood Jugnauth réduisit ensuite l’action syndicale à sa plus simple expression.
Après la léthargie qui marquait les différentes institutions sous l’ère Ramgoolam fils, on vit réapparaître, sous Paul Bérenger, un syndicalisme plus revendicateur. Il était prévisible que les syndicats, comme toutes les forces et groupements qui sont engagés sur des terrains sensibles et populistes, n’allaient pas se priver du plaisir de profiter des faiblessses d’un mandat en rupture avec une certaine tradition ethno-castéiste. D’autant plus que la nouvelle agressivité syndicale s’imprègne de la vigueur des mouvements alternatifs qui s’opposent aux tentacules de la mondialisation. Il n’est pas étonnant que les secteurs pour lesquels les syndicats locaux mettent en scène un activisme de plus de virulent soient ceux qui, soit se trouvent menacés, soit sont victimes des réformes imposées par les institutions garantes du libéralisme économique.
Cela dit, il importe de bien situer les enjeux. Dans un contexte de libéralisation et de globalisation économiques, les employés des services publics et des secteurs traditionnels sont de plus en plus traumatisés par le spectre du chômage. Ils sont devenus des cibles faciles qui ont besoin de protection. L’état, dérivant sur les vagues de la mondialisation, peut de moins en moins trouver des bouées de sauvetage pour ces éventuels naufragés du navire libéral économique. C’est un discours volontariste de gauche qui trouve son sens dans la protection des droits des travailleurs. Et c’est bien qu’il en soit ainsi.
Toutefois, d’autres éléments doivent être pris en compte car ils permettent d’éviter les risques de tout emprisonnement idéologique et de toute simplication dichotomique à laquelle les syndicats peuvent contraindre le débat. A ce titre, ce serait d’une grande crédulité que de croire dans une quelconque forme d’angélisme syndical même si la guéguerre capital contre travail retient encore toute sa pertinence.
Aujourd’hui, cependant, il n’est plus permis de céder aux lobbies corporatistes des syndicats. Non pas pour appuyer les thèses des institutions comme l’Organisation mondiale du commerce le Fonds monétaire international, mais pour rationaliser et désenclaver une situation qui autrement confine à l’immobilisme. C’est en ce sens qu’il importe de rappeler aux syndicats que leur fonctionnalité ne se limite pas à la seule défense des droits acquis des salariés. Oui, chaque nouveau chômeur est un drame pour le pays et pour la personne. Non, les syndicats ne font pas preuve d’une contribution significative au débat sur l’économie du pays. Il ne sert à rien de mettre sur le dos du Capital et de l’état les malheurs qui frappent l’économie d’un pays. Il y a, au préalable, un exercice de réflexion général à entreprendre sur le choix d’orientation économique, sur le rôle des différents partenaires dans le monde du travail, sur la nature du dialogue entre syndicats, patronat et l’état, sur les insuffisances et les carences de chacun de ces trois partenaires…
Ce sont finalement ceux qui ne détiennent de pouvoir que conjoncturel qui se permettent de menacer de paralyser tout un pays. C’est d’ailleurs un ton trop “règlement de compte” pour ne pas témoigner d’un arbitraire bien puéril.
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