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Conversion
Les protestations des syndicalistes contre les réformes ne sont pas inhabituelles. Même quand leurs manifestations sont violentes, comme celle des dirigeants syndicaux qui ont forcé l?entrée de l?Hôtel du gouvernement jeudi dernier, elles relèvent d?un rituel qui ne devrait pas trop nous inquiéter. En revanche, quand un gouvernement prend le chemin de la tiédeur ou de la reculade, il y a lieu de s?interroger.
Le bras de fer actuel entre les syndicats des douanes et le régime tourne graduellement à l?avantage des premiers. Cette issue témoigne de l?incapacité des dirigeants à mettre en ?uvre une réforme importante à une période proche d?une échéance électorale.
Le projet de fusionner tous les départements s?occupant de revenus publics en un seul organisme, la Mauritius Revenue Authority (MRA), a été dénaturé par les replis successifs du gouvernement. Dans sa forme revue et corrigée le ?MRA Bill? ne devrait plus faire peur à personne. Pourtant, au départ, l?intention des dirigeants était louable. Ils souhaitaient doter la MRA d?un système de recrutement qui permettait d?éliminer les brebis galeuses de la douane. L?enjeu est très important car il s?agit de la création d?une institution devant gérer un budget annuel de revenus de Rs 25 milliards.
Le fameux article 28 du ?MRA Bill?, concernant le recrutement par sélection, sera donc révisé et c?est un projet de loi amolli qui sera adopté demain par les parlementaires. Cette conversion du gouvernement résulte d?un manque de volonté de résister aux défenseurs de l?ordre établi. Pourtant, les conservateurs n?ont pas toujours remporté la victoire sous ce gouvernement.
Il a fallu beaucoup de courage aux dirigeants pour mener à bien les réformes dans l?éducation primaire et dans l?industrie sucrière mais, dans les deux cas, ils ont réussi. Si Maurice a pu ainsi se débarrasser de l?hydre du ?Certificate of Primary Education? et notre secteur sucrier a su se moderniser avant la tempête qui s?abat sur lui, c?est grâce à la détermination que seul un gouvernement en début de mandat possède.
Il faut aussi reconnaître que Pravind Jugnauth a eu l?audace, en juin dernier, de s?attaquer au tabou de la pension universelle même si la bourde de son collègue Sam Lauthan a failli saboter la réforme. Ne possédant pas le doigté qui est requis pour conduire les réformes sensibles, le ministre de la Sécurité sociale aurait pu compromettre le processus déclenché par Pravind Jugnauth. Il avait imposé un court délai aux personnes âgées pour renvoyer un formulaire bourru qui a effrayé bien de nos aînés. Sam Lauthan est revenu sur ses décisions mais sa maladresse a braqué une partie de la population. Il est maintenant difficile au régime de proposer d?autres changements, dont celui de notre système de pension contributive.
De la même manière, la seule tentative de réforme qui ait été entreprise dans la fonction publique a échoué par manque de psychologie de la part de ses initiateurs. Le projet de sanctionner les fonctionnaires qui arrivent en retard sur leurs lieux de travail n?a pas abouti parce que le ministre de tutelle s?y est mal pris. Le fait qu?il a annoncé une période transitoire avant de retourner avec son projet n?est qu?un subterfuge pour geler, dans la discrétion, une réforme qu?il n?a pas su appliquer.
Toutes ces situations font ressortir combien difficile est le combat entre les défenseurs du statu quo et ceux qui veulent esquisser le futur.
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