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Des collégiens aux abonnés absents

28 août 2004, 20:00

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« Très court et très compliqué. » Ce n?est pas là un slogan, mais le constat d?un enseignant pour qui le troisième trimestre tient du parcours du combattant. Le problème, c?est que depuis la rentrée, les collégiens sont de plus en plus nombreux à jouer aux abonnés absents en classe. Certains décrochent totalement, d?autres sèchent certains jours, sans parler de ceux qui viennent à l?école, mais qui zappent certains cours. Ce scénario se répète dans presque tous les collèges àcette époque de l?année. Selon les chiffres de la PSSA, les collèges affichent 50 % d?absence dès le début du troisième trimestre et ce chiffre passe même à 70 % début septembre.

Faudrait-il abolir ce troisième trimestre ? Les collégiens ne sont pas contre, et les mêmes récriminations reviennent.

« Ca sert à quoi d?aller à l?école ? On ne fait rien. Les profs ne travaillent pas », peste un collégien. « On a fini le syllabus, maintenant c?est à nous de jouer. Quand je reste à la maison, je peux réviser un sujet, faire un test paper pendant deux heures, mais à l?école avec un cours de quarante minutes, on perd notre temps », explique un autre.

« En fait c?est un cercle vicieux », explique Neera Gunesh, une enseignante. Selon elle, la détermination d?un prof et sa motivation sont liées à l?intérêt que portent les élèves au cours qu?il dispense. « Quand la classe est vide, le prof est découragé. Il arrive à l?école le matin avec ses cours bien préparés, mais cet enthousiasme est vite freiné par une classe déserte. Il n?a plus envie de travailler avec la même rigueur et les élèves ont alors l?impression que les enseignants sont paresseux. »

Par ailleurs même lorsque le prof s?acharne, ça devient difficile voire impossible d?assurer, avance Neera Gunesh.

« Son travail est interrompu par ces absences. Il n?arrive pas à faire un suivi de ses cours. C?est d?autant plus vrai que chaque jour, il se retrouve avec un groupe d?élèves différent et doit recommencer. »

Faut-il tirer la sonnette d?alarme ? Neera Gunesh, répond par l?affirmative et elle constate que s?absenter est devenu une mode qui gagne même les élèves de Form IV et Lower Six. Parallèlement, les profs sentent qu?ils ne servent plus à rien et ont tendance à s?absenter aussi.

Peut-on remédier à ce problème ? Prem Saddul, directeur de la PSSA avance qu?il n?y a pas de hard and fast rules, mais qu?avec le ministère de l?Éducation, ils envisagent de mettre en place un nouveau code of ethics qui comprendra la lutte contre l?absentéisme. « En attendant, la question de contrôle revient à l?administration interne des collèges. Certains exigent des lettres d?absence, d?autres bloquent l?index number de ceux qui sont trop irréguliers », constate-t-il.

Neera Gunesh soutient, quant à elle, que la direction n?a pas les moyens de gérer ce problème, car l?université de Cambridge (qui organise les examens), n?a pas une politique claire en ce qui concerne les absences répétitives. « Qui plus est, les élèves absents pendant le dernier trimestre ont l?appui de leurs parents », ajoute-t-elle. Elle est d?avis que le système est également à blâmer, car ce qui compte vraiment, c?est l?obtention du diplôme.

Avec une telle injonction, les collégiens viennent à l?école pour le syllabus, et une fois que ce dernier est fini, ils ne sont plus intéressés. « L?école devient monotone, surtout quand leurs amis ne sont pas là et ils préfèrent les leçons particulières, où ils bénéficient d?une assistance personnalisée. » Mais ces cours particuliers sont également cautionnés par les parents.

Une question de maturité

Laisser aux collégiens des plages de liberté ne va pas sans risques. Certains, livrés à eux-mêmes, passent leur temps devant la télévision ou dans la rue.

Pour Shynee Seegobin, professeur d?économie, pas question que l?école devienne une institution de contrôle. « Ce n?est pas une garderie, et notre rôle n?est pas de surveiller les enfants. »

Pour Prem il existe deux types de révision, celle qui est suivie en classe par l?enseignant, et celle qui est faite par soi. « Il y a des sujets qui demandent révision et application, et c?est bon qu?il y ait un prof à la fin du jour pour apporter des corrections, discuter ». Neera Gunesh estime que la plupart des collégiens ne sont pas assez mûrs pour organiser eux-mêmes leur travail. Il serait à leur avantage de réviser à l?école. Il y a alors un échange d?idées entre les amis ou le prof.

Malgré tout certains étudiants pensent qu?ils travaillent mieux à la maison parce qu?ils n?ont pas de contraintes, qu?ils sont libres de choisir leur rythme. Shynee Seegobin est partisan de cette méthode.

« L?absentéisme n?équivaut pas à chômer. Il y a quelques années, j?étais sidérée par l?absentéisme au troisième trimestre, mais avec le temps, j?ai appris à avoir un autre regard. » Elle considère que ce qui se passe est en fait un phénomène international. Les jeunes d?aujourd?hui ont à leur disposition plus de facilités pour être autonomes. Ils restent chez eux pour faire des crash revisions, travaillent en groupe avec leurs amis, surfent sur Internet, et font leurs propres recherches.

L?enseignante évoque par ailleurs la pression qui s?exerce sur les jeunes qui, après avoir suivi des cours, ont besoin de composer avec les connaissances acquises et se préparer individuellement.

« Certains n?ont rien fait tout au long de l?année et ils doivent maintenant avoir recours à une crash revision. Il y en a qui maîtrisent le syllabus et qui veulent maintenant se perfectionner parce qu?ils sont dans la course aux lauréats », explique-t-elle. Shynee See-gobin évoque l?idée d?annuler le troisième trimestre et de le transformer en individual coaching pour ceux qui en ont envie. Elle affirme que ceux qui révisent à leur rythme, n?échouent pas pour autant aux examens. « Au contraire, les résultats s?améliorent d?années en années. »

Quoi qu?il en soit, plancher à l?école ou à la maison, tout dépend de la maturité du collégien, de son sens de la responsabilité. S?il y a une chose qui est reconnue à l?unanimité, c?est qu?après tout, le propre de l?éducation est de former des jeunes responsables et autonomes.

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