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Madame propre !

27 août 2004, 20:00

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Une couche de fine poussière, sans doute soulevée par les grues du chantier Cogir à Bel Ombre, s?est déposée sur les vêtements de Josiane Mooneesawmy. De la main, la quadragénaire tente de l?épousseter, en vain. Elle ne s?est jamais habituée à ces particules. Mais elle a fini par tolérer leur présence, car elle sait qu?elles font partie inhérente de son métier.

Sur le chantier Cogir, où travaille Josiane depuis quelques jours seulement, elle est contremaîtresse. Mais à d?autres moments de l?année, surtout quand elle décroche des contrats, elle coiffe sa casquette de directrice d?Ultra-Clean, la petite société de nettoyage qu?elle a créée voilà plus d?un an grâce au plan micro-crédit du ministère de la Femme.

Si aujourd?hui Josiane peut souffler, elle en a pourtant bavé dans un passé récent, et le mot n?est pas faible. Issue d?une famille de 13 enfants, elle grandit à Tranquebar. L?unique source de revenus de la famille est son père. Il coupe du bois, en fait du charbon qu?il vend. La famille tire le diable par la queue. Josiane va à l?école primaire de la localité, jusqu?en Standard III seulement. Sa mère l?oblige ensuite à chercher du travail, quitte à dormir sur place si besoin est. Josiane trouve de l?emploi dans un restaurant port-louisien, «Joli Madame», où elle fait du nettoyage, quand elle n?est pas chargée de surveiller le bébé de la propriétaire. Son salaire mensuel est alors de Rs 15.

Quand les parents deviennent alcooliques et n?assument plus leurs responsabilités, Josiane et sa s?ur doivent réagir. Elle change d?emploi et devient manutentionnaire dans une fabrique de produit blanchissant, le célèbre «boul ble». Sa rémunération hebdomadaire passe à Rs 21. Sa s?ur est embauchée dans la même usine et, au sortir du travail, les deux vont dans les bois cueillir des tamarins, des mangues et d?autres fruits qu?elles vendent. Le maigre argent récolté sert à acheter de quoi nourrir les plus jeunes de la famille, tandis que leurs parents cuvent leur vin.

A l?âge où d?autres filles ont des prétendants sérieux, Josiane n?en a point. «Garsons pas interese parski ban paran tou letan saoul dan lakaz ek nou pena narien dan lakaz.» Lasse de cette situation, Josiane finit par s?enfuir avec Seeneevassen Mooneesawmy, un employé des Docks habitant Les Salines. Elle l?épouse d?abord religieusement et, par la suite, civilement. «Mo fami pa ti dakor parski nou religion diferan me mo ti zoin zot en kasiet.» Josiane croit avoir fait le bon choix et bénéficie d?une période de grâce.

<B>Survivre à tout prix</B>

Le jeune couple a trois enfants et, pendant un an, Josiane ne travaille pas, se consacrant uniquement à eux. Mais ce bonheur sans nuage est de courte durée car son mari sombre dans l?univers sordide de la drogue. «Mo bolhom inn komans drogue. Lerla linn travail pou narien et finn aret amenn kas dan lakaz.»

Josiane touche l?enfer du doigt : son conjoint se met à vendre les objets de valeur de leur maison pour s?acheter de la drogue. Même les alliances y passent. «Ki li mo thali avek de souverain, ki mo lalians lor, linn vende pou dipain diber.» Quand il ne reste plus rien à vendre dans la maison, le conjoint frustré la roue de coups. La seule issue reste alors la fuite avec ses enfants. Elle trouve refuge chez un parent, et regagne le toit familial quelques mois plus tard.

Mais Josiane doit trouver de quoi se sustenter, et nourrir ses enfants. Elle confie alors son aînée au parrain de cette dernière et part en quête d?un emploi. Elle devient bonne à tout faire avant de trouver de l?embauche dans le textile, d?abord chez United Knitters, puis chez Summit Textiles comme machiniste. Un jour que son mari se montre plus violent que d?habitude, elle va frapper à la porte d?un centre pour femmes battues et prend alors la décision d?abandonner la vie commune. «Mo pa pou dir ou plis me mo lavi inn bien amer», lâche-t-elle.

Voulant retrouver une vie normale, elle va habiter chez sa s?ur et trouve du travail chez Mauriclean. C?est là qu?elle découvre sa voie en apprenant le b.a.-b.a du métier d?agent de nettoyage. «Monn apran servi mono-brosse, auto-laveuse, karcher. Couma dir monn ena enn lamour pou sa travail la.»

Josiane peaufine ensuite sa formation chez Sotraclean et Professionnal Cleaners. Et quand des entrepreneurs recherchent des responsables de nettoyage, Josiane se fait enregistrer auprès du ministère du Travail en vue d?obtenir son Job Contractor?s Permit. Ce qui lui permettra d?effectuer des travaux de nettoyage et de jardinage. C?est ainsi qu?elle a participé au nettoyage de plusieurs chantiers, dont Bhunjun et Besix. «Monn nettoye lor chantier NPF Rose-Hill ek Beau-Bassin et même lor chantier Orchard. Avan mo vinn lor chantier Cogir, monn travail ar Gamma Civic lor Cyber Cité cotte mo ti nettoye 25 appartements ».

<B>Micro-Crédit Du Ministère</B>

Plusieurs de ses amies étant devenues des spécialistes du nettoyage, Josiane songe à les regrouper en une petite société de nettoyage. Elle apprend que le ministère de la Femme accorde des prêts sous son plan micro-crédit. Josiane soumet sa demande, et son projet est accepté. Elle bénéficie de plusieurs équipements et produits, et lance sa petite société, Ultra-Clean. «Nou dix dimoun, trois garson ladan. Kan nou gaign contrat, nou ale travail.»

Mais c?est difficile de se faire un nom quand on n?a pas de relations. A ce jour, Ultra-Clean a deux clients réguliers, un Mauricien marié à une étrangère, qui fait régulièrement nettoyer sa maison et sa cour, et une dame âgée. «Pou missie la, nou nettoye so lakaz net, lav moket, fer la pintir, tail gazon. Li gaign gran konfians en nou parski nou nettoye osi so biro. Madam la inn donn moi gran benediksyon parski monn met so lakour prop. Ler ena kontra koumsa, nou travail. Sinon mo oblize al lor santier.»

Pour nettoyer de fond en comble une maison de quatre chambres et sa cour, Ultra-Clean facture Rs 4 000. En cas de nettoyage des surfaces externes de la maison, le tarif est de Rs 1 200.

Josiane, qui fait preuve de sérieux, a pratiquement terminé le remboursement de son emprunt auprès du ministère de la Femme. «Force, force, mo rest doi li Rs 5 000.» Elle n?a connu qu?un seul incident de paiement de son engagement, lors d?une période creuse, mais honorer chaque échéance demeure sa priorité. «Mo pa le paie intere et en plis, mo le dimounn kone ki mo serie.»

L?ambition de Josiane, qui dispose déjà de certains équipements de nettoyage, est de pouvoir acheter une brosse automatique pour carreaux céramiques. «Li kout Rs 42 000 et sa impe cher. Seleman tou ban societe nettoyaz ena li. Avek letem, tigin, tigin ek si bondie beni, fautespere ki mo pou kapav gaign li.» Ainsi soit-elle!

<B>Josiane Mooneesawmy peut être contactée après 20 heures au 433-2319. </B>

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