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Menace d’enlèvement et flèches anti-Ramgoolam de Kalflèche

24 août 2004, 20:00

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Yousouf Mohamed s’explique. Il est revenu sur sa décision après avoir reçu certaines garanties de Seewoosagur Ramgoolam. Il fallait de plus sa signature en tant que ministre du Travail pour que l’accord gouvernement-GWF ait force de loi. Il révèle avoir reçu des menaces de mort ou encore d’enlèvement de sa fille. Afin de protéger les siens, il a demandé à sa famille de changer de résidence. Les grévistes n’ont pas hésité à le surnommer “sirdar du patronat capitaliste”. Il stigmatise ceux payés par check-off pour défendre les intérêts des travailleurs et qui les ont menés à leur ruine. Il estime que le check-off, ainsi amassé, aurait dû servir d’abord à constituer un fonds pour venir en aide aux travailleurs licenciés pour cause de grève. Ils sont 1 400 employés de la Vacoas Transport Co. Ltd à se retrouver aujourd’hui sur le pavé pour avoir suivi aveuglément un ordre de grève mal préparé. Les responsables de ces licenciements sont des assassins.

Un journal proche du PMSD observe à ce sujet qu’il est possible de faire grève de la faim pendant quelques jours mais qu’il est plus difficile de dormir du sommeil du juste quand on a sur la conscience 1 800 licenciements pour fait de grève.

Le Figaro, célèbre quotidien parisien de droite, délègue à Maurice son journaliste Jean Marc Kalflèche qui rapporte ceci en résumé : Le “père de l’Indépendance”, Sir Seewoosagur Ramgoolam, 79 ans, paraît de moins en moins capable d’endiguer les vagues de contestations dans le pays comme dans son parti. Pas de quoi cependant inquiéter d’une quelconque façon les milliers de touristes venus visiter Maurice “où la mer chante et où dorment les oiseaux” (dixit Paul Jean Toulet). L’agitation politico-syndicaliste ne suscite guère plus d’émotions réelles que les harangues de Hyde Park Corner, à Londres. On y cherche en vain “les hurlements des foules violées qui annoncent la montée du totalitarisme dans le tiers-monde”.

Kalflèche pose brutalement la question : Maurice fait-elle toujours partie du tiers-monde ? Oui, si l’on considère sa population composée essentiellement d’immigrants venus de l’Inde et d’Afrique. Oui, si l’on considère la crasse de Port-Louis, ses trottoirs défoncés, ses façades lépreuses, ses marchands ambulants. Oui, si l’on tient compte du mépris officiel affiché à l’égard du patrimoine architectural des XVIIIe et XIXe siècles. En contrepartie, d’autres aspects montrent à l’évidence que Maurice est une exception dans un environnement afro-asiatique même si elle est contrainte de composer en permanence avec lui.

L’influence exercée par la toute petite (numériquement parlant) bourgeoisie d’origine européenne se démarque des “békés” mal vus des Antillais d’origine africaine, des “compradore” latino-américains. Elle se mêle volontiers aux autres bourgeoisies, d’origines indienne, musulmane et chinoise, pour assurer la productivité de l’économie mauricienne et la compétitivité de ses produits, en commençant par le sucre, le tourisme, le textile. Cela fait des Mauriciens des privilégiés par rapport à la plupart des autres peuples africains.

Les Anglais ont légué aux Mauriciens Sir Seewoosagur Ramgoolam et le rejet de toute mentalité d’assistés. “SSR est un social démocrate, travailliste typique, avec tout ce que cela comporte de progrès social, de bêtise administrative et d’ignorance superbe des réalités économiques à long terme. Il fut la chance de Maurice. Il est devenu son principal handicap.” Il n’a cessé d’œuvrer en faveur de l’amélioration des conditions de vie du prolétariat, au grand dam des bourgeoisies précitées, pestant contre les pesanteurs d’une administration de copains et de coquins, pour les copains et les coquins, par les copains et les coquins. Mais avec Ramgoolam, la douceur de vivre s’affirme miraculeuse à l’île Maurice.

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