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?Ze ek Melia? : l?innocence pour apaiser la souffrance

23 août 2004, 20:00

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Parler de la souffrance aux enfants. Leur raconter l?inhumanité d?un système dominère, en utilisant des mots simples. Usant des ressorts de la BD, le centre Nelson-Mandela pour la culture africaine a célébré hier une double commémoration. Un contexte marqué par la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition, ainsi que l?année internationale de commémoration de la lutte contre l?esclavage et de son abolition, décrétée par l?Unesco.

Des planches aux couleurs du désespoir pour retracer une journée dans la vie de Ze ? diminutif de Zozef ? et de sa s?ur Melia. Leur innocence est enchaînée aux corvées. Pas le temps de jouer, à peine quelques instants pour manger. Partout des voix d?adultes qui tonnent. Des ordres qui résonnent. Et voilà Melia qui sursaute au point de laisser tomber le trognon de maïs qui lui sert de dîner.

Zistoir Ze ek Melia lepok esklavaz se déroule dans Moris 1834. ?Leklips rod anpes linosans burzone,? dit le poème d?introduction de Sedley Assonne. Le texte minimaliste est percutant. Les adultes n?appellent jamais le frère et la s?ur par leur prénom. Négation de l?identité contre laquelle les deux protagonistes luttent avec leurs méthodes d?enfants : l?évasion. Physique d?abord, puis par le jeu et le rêve. Ze se sauve de l?atelier de forgeron où il est placé alors que Melia s?enfuit du local où elle fait de la couture. Fuyant les invectives, ?lavi esclav amer, letan margoz, dimounn gagnn kraze?, ils n?ont qu?une idée : ?ale zoue tina.?

Unique voix positive de cette narration douce-amère : les apparitions de la maman de Ze ek Melia. Mère courage, chantre de l?espoir, elle livre la chute de l?histoire : ?Zanfan, enn zour nou pou lib.? Note d?espoir qui met du baume sur les coups et les insultes : ?bonarien? ou encore ?move ningres?.

Les dessins ont été réalisés par Stanley Harmon, enseignant au collège La Confiance. ?Les débuts ont été ardus. Je me suis rendu compte que je ne savais pas comment les esclaves étaient habillés, s?ils portaient des manches courtes ou des manches longues et de quelle couleur étaient leurs vêtements.?

Motivé par le souci de réalisme, le bédéiste s?appuie alors sur les recherches d?une équipe de consultants et de collaborateurs, dont Joyce Fortuné, assistante de recherches au centre Nelson-Mandela. Récipiendaire d?une bourse Fullbright, elle travaille actuellement sur sa maîtrise à l?université de Los Angeles en Californie. Elle a également participé au projet permettant aux descendants d?esclaves de retracer leurs origines, remontant ainsi six générations du côté de sa mère et cinq générations du côté de son père.

?Tout est calculé dans Ze ek Melia. Les ustensiles et les outils utilisés à l?époque de l?esclavage, l?heure du réveil, la hauteur du plafond des maisons...? Un sens du détail qui, selon Jean-Yves Violette, président du conseil d?administration du centre Nelson-Mandela pour la culture africaine répond aux exigences de l?Unesco. ?Cette commémoration fait partie des recommandations de l?Unesco pour lutter contre l?oubli. Même si l?esclavage a été aboli, le travail forcé des enfants existe toujours. Il faut se souvenir de ceux qui triment dans des usines ou qui sont enrôlés de force dans des armées. Ce sont autant de formes d?esclavage moderne.? La BD Ze ek Melia est destinée aux élèves du primaire et du secondaire. Elle est disponible en librairie à Rs 50.

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