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Gare aux ambiguïtés
Le système de commerce multilatéral est sauvé in extremis. Les négociations à Genève la semaine dernière avaient de fortes chances de se terminer par un échec. Après le déraillement des pourparlers à Cancun en septembre 2003, le cycle de négociations initié à Doha en 2001 ne pouvait pas se permettre un autre revers.
Cette fois-ci, les pays pauvres et les pays en développement ont joué le jeu. Les pays riches ont toujours mis sur le dos des pays pauvres et des petits Etats en développements (regroupés au sein du G-90) l’échec de Cancun. Ceux visés, dont Maurice, répliquaient que c’était le seul moyen de se faire entendre.
Si l’agriculture était une question qui opposait les pays du Nord à ceux du Sud en septembre dernier, elle a été cette fois-ci une source de dissension entre les pays riches eux-mêmes. L’Europe et les Etats Unis se sont affrontés sur le terrain des subventions agricoles. Pour les Européens, il n’était pas question d’éliminer les subsides accordés aux fermiers si les Américains maintenaient leur politique de crédits agricoles subventionnés. Aux termes d’âpres discussions, le “stand off” s’est finalement débloqué.
Le cycle de Doha est remis sur les rails. Toutefois les modalités des discussions n’ont malheureusement pas été finalisées. La réunion du Conseil général de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) n’a finalement accouché qu’un accord-cadre pour les modalités qui restent à définir. Toujours est-il qu’il s’agit d’une base suffisamment solide pour relancer le processus de libéralisation du commerce sous l’égide de l’OMC.
Les nouvelles sont plutôt bonnes pour Maurice. Jayen Cuttaree, le ministre des Affaires étrangères et du commerce international, exprime sa satisfaction devant la tournure des choses. On était passé tout près de l’échec. Des économies comme les nôtres ont le plus à perdre dans un contexte d’un système multilatéral affaibli et de multiplication d’accords de libre-échange entre les nations industrialisées et les grands pays en développement.
Sur le principe, les intérêts du pays en termes des préférences commerciales sont préservés. Mais cela reste à vérifier dans les faits. L’OMC a une terminologie qui lui est propre. Il faut se garder de ses “language ambiguities”. Il y a des concepts politiques qui peuvent cacher bien des surprises, une fois que les modalités sont mises en pratique.
Il est réconfortant que l’accord-cadre reconnaît l’importance des “long-standing preferences”, dont le Protocole sucre. Cependant, cela ne veut nullement dire que Maurice soit retournée à l’ère de “tout préférences”. Les accords préférentiels, même si politiquement maintenus, sont dans la pratique sujets à des érosions inévitables.
Maurice s’en sort également par rapport à la réduction des tarifs industriels. Les revenus de l’Etat de même que nos industries locales ne seront pas touchés par une chute trop brutale des barrières tarifaires. L’accord-cadre de Genève prévoit une plus grande souplesse dans l’élimination des tarifs. Les pays en développement auront la possibilité de choisir eux-mêmes les produits qu’ils souhaitent libéraliser.
Maurice est parvenue à se tirer d’affaire à Genève. Mais la bataille est longue, et elle se joue également à Bruxelles ces jours-ci avec les menaces sur le sucre dans le cadre de la réforme du régime sucrier européen.
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