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« Les mouvements féministes sont trop fragmentés »
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« Les mouvements féministes sont trop fragmentés »
<B>Il est encore beaucoup question de quotas pour admettre 30 % de femmes au Parlement en 2005 ? Diriez-vous que c?est la condition « sine qua non » pour que les femmes accèdent au poste de ministre ou de député ? </B>
Je dirai oui, tout au moins dans un premier temps. Vu qu?il y a tellement d?obstacles, parfois très subtils, qui empêchent les femmes d?entrer au parlement, il faut appliquer les quotas. D?ailleurs Maurice a ratifié la convention de la SADC sur la question des quotas. On ne ratifie pas des conventions semblables sans réfléchir, et sans comprendre pourquoi on le fait. Dans quelques jours, le SADC summit aura lieu à Maurice et j?aurais souhaité que cette question de la représentativité des femmes en politique soit soulevée de nouveau, car bien que le fait que Maurice ait ratifié la convention de SADC sur le quota de 30 %, elle est presque au dernier rang, juste avant le Swaziland, en ce qu?il s?agit de respecter les 30 % des femmes au parlement.
Lors du sommet de la SADC en Angola en 2002, la décision de saisir toutes les occasions telles que les élections et autres cabinet reshuffle pour augmenter le nombre de femmes dans les instances de decision making. Mais ce qu?on constate à Maurice, c?est le recours au usual ethno-politics balance comme cela a été le cas en décembre 2003. Voyons le Rwanda, par exemple. C?est un pays miné par des problèmes énormes, et pourtant ce pays non seulement respecte ce quota, mais il est premier au niveau mondial en ce qui concerne la représentativité des femmes. Le professeur Sachs l?a bien dit : le plus gros déficit démocratique de Maurice est la sous-représentativité des femmes au Parlement.
<B>On a souvent l?impression que pour qu?une femme soit reconnue en politique, il faut qu?elle s?investisse dans les activités associatives et glisser ensuite du social au politique. Quelles sont vos observations a ce sujet ? </B>
Le travail social et les activités associatives peuvent certainement aider pour se faire connaître au sein d?une communauté ou d?une région. C?est important peut-être pour les élections régionales. Mais si nous faisons un peu le tour de ceux et celles qui sont au Parlement, et qui font de la politique active, on voit que ce n?est pas toujours le cas. Nous savons bien qu?il existe d?autres critères pour obtenir l?investiture d?un parti à la veille d?une élection. Pour moi, ce qui est le plus important, c?est la volonté et la capacité de servir, la maîtrise de certains sujets, l?honnêteté, l?intégrité des candidats, ?uvrer pour une amélioration de la qualité de la vie de tout un chacun et travailler pour une transformation sociale centrée sur plus d?équité et de justice sociale.
En d?autres mots, consolider la gouvernance démocratique. Voilà comment je conçois la politique. Ma vision de la politique ne correspond peut-être pas à celle de certains dirigeants des partis qui placent le profil ethnique et castéiste d?abord, l?argent ensuite, la compétence et les autres qualités enfin.
<B>Que peut-on dire de la sociologie des militantes mauriciennes, de leurs moyens d?actions, de leurs compétences, etc?</B>
Commençons par leur compétence.
Je crois qu?il y a beaucoup de femmes très compétentes, mais elles n?ont pas les mêmes chances que les hommes. Les femmes ne souffrent pas seulement de gender oppression et de l?exploitation économique, deux types d?injustice majeure, mais aussi de diverses pratiques économiques, culturelles, sociales et politiques qui sont très male biased.
Je crois que les militantes mauriciennes ne sont pas assez nombreuses et que les mouvements féministes restent plus ou moins fragmentés. Les ressources sont souvent très limitées et la course vers ces ressources entraîne des divisions. Souvent, on a tendance à croire que parler des femmes, c?est parler d?un groupe homogène. Et pourtant, on sait que la question de classes, de groupe social, de religion, d?âge et d?idéologie divise. Certains vous diront que les militantes des années 70 ont contribué à l?amélioration du statut de la femme, mais nous devons nous rappeler que les militantes - et les militants, tous confondus, prônaient une lutte de classe qui a eu, bien sûr, des unintended benefits pour les filles et les femmes. C?est le cas de l?éducation gratuite par exemple.
<B>Peut-on concevoir une vie politique au féminin ? </B>
Ce n?est peut-être pas facile pour une section de la population de concevoir cela, mais l?île Maurice sortira gagnante si on encourage une vie politique au féminin. Presque toutes les lois qui touchent directement aux femmes émanent du ministère de la Femme, et si elles sont appliquées, cela voudrait forcément dire qu?on va vers une société meilleure. Les femmes sont plus sensibles, plus caring et moins centrées sur la question de pouvoir. Une vie politique au féminin va certainement contribuer à un langage et un comportement moins grossier au parlement. Aussi, je suis convaincue que la corruption sera largement réduite. Les femmes savent mieux ce qui touche aux femmes et peuvent ainsi mieux contribuer à traduire dans la réalité l?idée que la femme est au centre de tout développement, au lieu de faire de cette phrase un discours creux. Mais pour pouvoir atteindre cela, il faudrait aussi revoir certaines lois pour que les femmes qui peuvent et veulent contribuer au développement du pays à travers la politique puissent le faire. Comme moi, vous savez très bien qu?il y a beaucoup de femmes qui sont très motivées, mais certaines lois sont des obstacles pour elles.
Lors d?un forum débat, il y a deux semaines au « Indira Gandhi Centre », une femme a lancé l?idée « vot fam en bloc ». Quelles sont vos impressions ?
Tout dépend de ce qu?on veut dire par « vot fam en bloc ». Si ce n?est que voter « femmes », peu importe leur idéologie, le programme de leurs partis, leur vision - ou dois-je dire, absence de vision dans certains cas, je dirai non. Je suis persuadée que la bonne marche d?une société dépend d?un certain équilibre. On a beaucoup de compétences parmi les femmes aussi bien que parmi les hommes, et il faut savoir les valoriser. Ce n?est pas la peine d?avoir recours à certains noms et de choisir les candidats et candidates pour leur lien de parenté avec des politiciens (anciens et actuels), même si cette personne n?est pas faite pour la politique? je crois que notre île mérite bien mieux que cela.
<B>Que pensez-vous de la participation masculine à la lutte des femmes ? Est-ce qu?elle existe en réalité ? </B>
Elle existe, mais de manière isolée ou il reste trop dans la sphère du privé. Il y a des groupuscules d?hommes qui font entendre leur voix de temps en temps. Dans d?autres pays, on voit des hommes s?engager activement aux côtés des femmes. Prenons le cas de la violence domestique. On a tout récemment vu une poignée d?hommes à côté des femmes descendre dans la rue pour protester contre la mort de Sandhya Bappoo, mais pas un seul parlementaire masculin. Pour un pays qui mise tant sur le symbolisme, cette absence est criante. Vous venez d?évoquer le forum, mais on n?a vu aucun homme sur l?estrade avec des femmes pour prendre la parole. Est-ce qu?on les a invités ? Est-ce qu?ils ont refusé ? ça, c?est une autre question.
<B>Comment évaluez-vous les inégalités entre les sexes ? </B>
Tout homme et toute femme ont le droit d?être traités de manière égale, il doit y avoir une égalité, mais dans le respect et l?appréciation des différences. Une démocratie qui se dit mature a le devoir de s?assurer que some are NOT more equal than others. C?est d?une révolution des mentalités dont on a besoin.
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