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Les tapisseries oniriques de Roopsen Sookaram
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Les tapisseries oniriques de Roopsen Sookaram
Le Centre culturel d?expression française de Curepipe (CCEF) accueillera, du mardi 3 au samedi 7 août prochain, une quinzaine d??uvres du maître tapissier Roopsen Sookaram, technicien supérieur de la section des arts visuels de l?Institut de pédagogie au MIE. Voilà une nouvelle qui ne manquera pas de réjouir les amateurs des Beaux-Arts, beaucoup plus nombreux qu?on ne le pense, mais trop souvent soumis à un parcours du combattant quand ils veulent s?offrir le plaisir d?aller admirer à loisir les chefs d??uvre offerts à la contemplation du public.
Ce n?est pas tous les jours, en effet, que l?occasion nous est donnée de pouvoir nous écarquiller les yeux devant les coloris vifs et pleins de chaleur d?une collection de tapisseries. Mais c?est quand même plus facile pour certains d?aller les admirer au CCEF que dans une galerie située dans un village excentré, même s?il jouit d?une flatteuse réputation touristique. Certains argueront que, commercialement parlant, il peut être intéressant de planter son chevalet ou d?accrocher ses ?uvres d?art sur le passage de touristes fortunés.
<B> unions les plus ésthétiques
Dans le lot, il y aurait, paraît-il, des amateurs et même des acquéreurs, pouvant payer rubis sur ongle. Ce qui demeure incompréhensible à Maurice, c?est de voir tant de galeries et de salles municipales, faisant fonction parfois de galerie d?art, demeurant inoccupées alors que tant et tant de nos artistes doivent se contenter de mini-expositions de quelques jours, dans un coin isolé du pays, trop éloigné pour ceux et celles devant compter sur l?autobus et sur leurs jambes pour courir d?une galerie à une autre, d?un musée à un autre.
Un jour, peut-être, un secrétaire de ville ou de Conseil de district fera preuve de l?imagination voulue pour courir les expositions programmées ici et là et proposer aux artistes intéressés de prolonger, en ses murs, leur exposition pour la plus grande joie de ses citadins qui lui sauront gré de combler ainsi leur soif du Beau et de culture. Il ne coûte rien de rêver à une île Maurice plus intelligente, et à des hauts fonctionnaires plus innovateurs et plus débrouillards que leurs prédécesseurs, surtout si les artistes concernés sont originaires de la ville placée sous leur tutelle où y résident.
En attendant, les habitants et habitantes des Hauts Plateaux, sachant apprécier la beauté chaleureuse se dégageant de tapisseries de belle facture, se feront un devoir, mais aussi le vif plaisir, de se rendre nombreux à l?exposition de Roopsen Sookaram. La beauté de ses tapisseries vaut amplement à elle seule le déplacement. Ils pourront, en prime, le rencontrer à l??uvre devant son métier à haute lice, prêt à leur donner toutes les explications voulues sur cette technique acquise en Afrique du Sud et confrontée depuis aux goûts et aux préférences des amateurs de Beaux-Arts à Maurice.
Mais saluons d?abord l?artiste. Roopsen Sookaram est né le 27 septembre 1958 à Beau-Bassin. Ancien élève du Collège New Eton de la famille Venkatasamy, il est de ceux qui savent saisir la chance quand elle passe, même fugacement, à sa portée. Ses études secondaires terminées, il prend de l?emploi comme assistant technicien au MIE.
Rien de bien sorcier si ce n?est qu?il profitera au maximum des conseils de ses supérieurs hiérarchiques, le consultant britannique Robin Lord et Mme Margaret Appa. D?un conseil à l?autre, d?une mise en pratique à l?autre, d?une expérience à l?autre, on ne tarde guère à le remarquer et à l?apprécier pour son sérieux, son opportunisme de bon aloi, sa persévérance, sa quête de perfectionnement et d?excellence.
Il complète actuellement une licence en arts visuels, couronnant des études supérieures, commencées localement à l?IVTB mais sous l?égide d?une université écossaise, poursuivies en Afrique du Sud, à l?université de Prétoria, et lui donnant droit à un diplôme en arts graphiques et au grade de bachelier en arts visuels.
Les titres et diplômes sont toutefois peu de chose comparées à l?initiation artistique tous azimuts à laquelle il y a droit et dont il sait, pour ne pas changer, tirer le meilleur parti possible. Cette formation pluridisciplinaire lui permet aujourd?hui d?exceller dans plusieurs disciplines artistiques, où sa maîtrise des techniques de base et celles plus élaborées deviennent chaque jour davantage des atouts de grande valeur : céramique, photographie, sculpture, arts textiles, et bien sûr toutes les techniques de dessin et de peinture (aquarelle, fusain, pastel, acrylique, huile, pinceau, couteau, etc.).
Il en va de même pour toutes les formes de gravure. Si encore Vish Sookaram se contentait d?exceller dans chacune de ses disciplines isolément. On peut encore compter sur lui pour marier les différentes techniques et parvenir ainsi aux unions les plus esthétiques et aux effets les plus surprenants.
L?artiste Sookaram présente donc des possibilités multiples. Il désire toutefois, du moins en ce qui concerne la présente exposition au CCEF, s?en tenir à sa maîtrise de l?art de la tapisserie. Et ce ne sont pas les amateurs de beaux coloris vifs et chaleureusement entrelacés qui s?en plaindront. La tapisserie possède, en effet, d?immenses qualités fort appréciables dont Sookaram sait tirer parti.
Mieux que la peinture, elle multiplie les qualités intrinsèques des coloris, tout en procurant une garantie de pérennité plus solide. Le peintre n?est jamais sûr à 100% des effets de la durée sur son ?uvre. Les couleurs de ses peintures peuvent pâlir avec le temps et pas forcément au même rythme. Cela fait qu?au bout de quelques années d?exposition brutale aux effets du temps, des lumières naturelles et artificielles ou même des rayons du soleil, l?artiste ne reconnaît plus son ?uvre, ses coloris initiaux ni les nuances qu?il s?était évertué au départ de mettre en place. Ces risques sont beaucoup plus faibles sinon inexistants pour une tapisserie. Chez celle-ci, il est peu de dire que la couleur, variée et nuancée à volonté, est tellement forte qu?elle finit par transcender le support au point qu?on ne voit plus qu?elle et qu?on oublie l?enchevêtrement qu?elle dissimule si bien.
<B>Jongler avec les formes et les nuances</B>
La tapisserie permet à Sookaram de jongler avec les formes et les nuances et il ne s?en prive pas. Des esprits chagrins lui reprocheront peut-être l?éparpillement de ses sources d?inspiration et son manque d?unité de style. Cela s?explique en grande partie par le côté expérimental de ses recherches artistiques. La multiplicité des styles et des effets domine, en effet, les ?uvres qui seront exposées au CCEF.
Il serait futile, bien sûr, d?affirmer que les uns pourraient l?emporter sur les autre. L?on sait qu?il ne faut pas se disputer au sujet des goûts et des préférences. Il ne nous en voudra pas, cependant, de nous appesantir sur ses paysages ou encore sur ses natures mortes qui, à notre avis, lui permettent de tirer un meilleur parti des jeux de forme et des effets de nuances possibles.
Ses personnages ne manquent pas de hiératisme quand ils sont vus de loin et l?ampleur des vêtements, compte tenu des jeux des plis, offre à l?artiste des possibilités panoramiques et paysagistes. Le gestuel, dans ses danseurs de séga typique, par exemple, limite également les possibilités esthétiques qu?offre à un artiste aussi talentueux, la juxtaposition d?aplats aux mille couleurs.
À ce stade de ses recherches, Roopsen Sookaram fait, au mieux, penser à un Henri Matisse encore figé dans des compositions semi-figuratives. Ce n?est déjà plus le cubisme par trop anguleux et brutal. Il en reste toutefois la liberté de déformer à loisir, non pas pour décomposer à outrance, mais pour parvenir à une recomposition librement choisie, une re-création, une appropriation par l?artiste du Beau universel et intemporel.
Mais le côté le plus attachant de la personnalité de Roopsen Sookaram consiste en son ardent désir d?obtenir de ses meilleurs stagiaires, les futurs instituteurs et enseignants de nos institutions scolaires, qu?ils s?efforcent de transmettre à leurs élèves l?initiation artistique reçue et le goût pour le Beau et les Arts graphiques.
Il rêve de motivation et d?incitation à échelles tant nationale que régionale, permettant aux différents élèves mauriciens de tous âges, des différentes classes, des différentes institutions scolaires, des différentes villes, des différents districts, de rivaliser entre eux en matière de créations artistiques, de couvrir les murs de nos bâtiments tant privés que publics d??uvres esthétiques de notre cru, bref de faire de l?île Maurice une nation artistique dans chacune de ses fibres.
Il est bon de savoir que notre pays regorge de pédagogues artistiques aussi talentueux que Roopsen Sookaram. Il suffirait seulement de leur faire davantage confiance et de leur permettre de passer de la réussite de leur atelier à celle des générations à venir et à l?échelle nationale. Tous ne montreront sans doute pas l?intérêt voulu pour les arts graphiques, mais au moins nul ne pourra regretter un jour d?avoir senti un jour au fond de lui un intense désir de s?adonner à une ?uvre esthétique d?envergure mais de n?avoir pas eu au moment voulu le maître providentiel, pouvant l?aider à matérialiser avec succès son rêve de beauté et de lumière. L?île Maurice a un besoin urgent d?esthètes et de guides artistiques de la valeur de Roopsen Sookaram. Il serait criminel de vouloir quelque part entraver une si noble et si utile ambition.
<I>« La couleur variée, nuancée à volonté, est tellement forte qu?elle finit par transcender le support »</I>
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