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«Le débat n?est pas communal mais de classe sociale»
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«Le débat n?est pas communal mais de classe sociale»
?<B> Les élections sont à l?horizon. Les choses sérieuses commencent. Pourquoi les Mauriciens devraient-ils vous faire confiance une nouvelle fois ? </B>
Parce qu?ils peuvent maintenant comparer. Le pays est-il mieux géré maintenant ou bien est-ce pire ? Malgré toutes les faussetés qu?on dit sur moi, malgré toutes les propagandes, je suis un rassembleur. De quelle unité nationale parle-t-on aujourd?hui ? Le pays est plus que jamais divisé. Et la misère de ce peuple ? Je me battrai pour que les riches ne deviennent pas plus riches et les pauvres plus pauvres. C?est aussi simple que cela.
Que dire de la diplomatie économique que pratique ce gouvernement ? L?on savait depuis longtemps ce que nous réservait le dossier sucre. Qu?a-t-on fait ? On a agi en amateur. Il en est de même pour le dossier Chagos qui a été traité avec une frivolité déconcertante.
?<B> S?agit-il de reconquérir le pouvoir à tout prix ? </B>
Jamais. On ne peut pas m?en m?accuser. D?ailleurs en 2000, j?ai préféré aller seul aux élections. C?était une question de principe. Une alliance avec le MMM m?était offerte sur un plateau. La victoire était plus ou moins garantie mais j?ai refusé. Je l?ai dit à plusieurs reprises : «I would rather not be Prime Minister than compromise on principles.»
?<B> Où en sont les tractations sur une éventuelle alliance avec le MSM ? </B>
Il n?y a pas de tractations d?alliance à proprement parler. Mais il y a eu des prises de contact des membres du MSM et non des moindres.
?<B> Justement, Pravind Jugnauth dit que vous voyez son père plus souvent que lui. Est-ce vrai ? </B>
(Rires) Mais c?est une bonne chose, vous ne croyez pas ? C?est après tout le président de la République. Et je suis le leader de l?opposition. Si cela ne fait pas plaisir à Pravind Jugnauth, je n?y peux rien.
?<B> Si une alliance avec le MSM ne se concrétise pas, le MMM est-il une option ? </B>
Là n?est pas la question. Nous revenons à la question de principe. Je préfère vous répondre que je suis prêt à aller aux élections générales avec l?alliance sociale. Nous avons démontré ce que nous valons à Rivière-du-Rempart.
?<B> La campagne anti-Bérenger que vous menez est-elle une formule qui marche encore ? </B>
Je ne mène pas de campagne anti-Bérenger. Quand vous êtes Premier ministre, il faut s?attendre à subir des attaques. J?ai moi-même fait l?objet d?attaques sans relâche lorsque j?étais à la tête du pays. C?est normal.
?<B> Etes vous communaliste, Navin Ramgoolam ? </B>
Non, mille fois non. Ceux qui me connaissent le savent.
?<B> Mais il ne suffit pas d?être bien perçu uniquement par ceux qui vous connaissent? </B>
Vous avez raison. Quand on m?avait présenté comme un rassembleur, ce n?était pas un slogan vide. A Maurice, il suffit de s?élever contre une injustice pour qu?on vous taxe de communalisme. C?est injuste et de mauvaise foi. Je vous dirai une chose : le vrai débat n?est pas communal mais de classe. Voilà la vérité.
?<B> Quel message voulez-vous donc faire passer en disant que le pouvoir doit revenir à la «majorité» ? </B>
Ce que nous disons, c?est qu?il faut un Premier ministre voté par le peuple. A Maurice, quand on parle de majorité, les gens pensent immédiatement en termes d?Hindous. Soit ils font exprès de ne pas comprendre, soit ils ne comprennent vraiment pas. Car ? et je ne sais pas si c?est fait exprès ? mes propos sont trop souvent mal rapportés ou mis en dehors de leur contexte.
Qu?est-ce que la démocratie ? Ce que nous disons c?est qu?il faut un Premier ministre voté par une majorité de Mauriciens et pas deux Premier ministres.
?<B> Comment avez-vous vécu ces quatre années dans l?opposition ? </B>
J?ai pu faire un peu le bilan si vous voulez. Et je me suis rendu compte d?un certain nombre de choses. Je suis aussi déçu de la mentalité des gens, en général. Je suppose que pour mon père et Sir Anerood Jugnauth, c?était un peu pareil. Car à Maurice, il y a cette culture de «linn perdi pouvoir, pa koste ar li !» De ne pas être au pouvoir m?a ouvert un peu plus les yeux. Cela vous change, vous savez.
?<B> En êtes-vous sorti amer ? </B>
Pas amer, non. Déçu peut-être. Déçu des faiblesses humaines et de la mentalité des gens.
?<B> Et quel bilan faites-vous de vos années passées à la tête du pays ? </B>
Vous savez, avec du recul, on se rend compte de ses erreurs. Peut-être la plus grande, a été de refuser de revendiquer les réformes que j?ai mises en place. Car si vous ne le faites pas, on vous accuse d?être paresseux, de n?avoir rien fait pour le pays. Entre-temps, vous, vous pensez que c?est indécent de revendiquer ainsi la paternité des projets de développement qui, soit dit en passant, bénéficie à toute l?île Maurice.
?<B> Quelle est votre priorité ? </B>
De réunir une équipe qui partage les mêmes principes. Qui reste en constant contact avec la base, de proposer un programme de modernisation et de partager les richesses de ce pays. D?éradiquer la pauvreté autant que possible. Mais je n?en dirai pas trop, au cas où, comme la démocratisation de l?économie, l?alliance au pouvoir me prenne mes idées?
?<B> On vous accuse de ne pas être solidaire sur le dossier sucre?</B>
Je suis désolé. Mais je ne peux pas passer sous silence la manière désastreuse dont ce dossier a été traité. J?ai été le premier à le dire : le sucre est un dossier national et doit être traité comme tel. Le gouvernement dit qu?il est d?accord et après se met à prendre des décisions sans même consulter l?opposition.
?<B> Est-il frustrant de ne pouvoir vous exprimer comme vous le voudriez à l?Assemblée nationale? </B>
Oui et cela ne fait qu?exacerber le sentiment qu?il y a un certain manque d?égard envers un leader de l?opposition et ancien Premier ministre. Vous savez, quand mon père était à la tête du pays, il consultait tout le temps Sir Gaëtan Duval, qui était alors le leader de l?opposition, pour tout arrangement parlementaire. Aussi quand Sir Gaëtan Duval a démissionné du Parlement, ce n?était pas pour faire de la place à son fils, mais plutôt parce qu?il était révolté de la manière dont il a été traité.
Quand il y avait la conférence de l?Agoa à Maurice, un des «congressmen» américains avait exprimé son étonnement de ne voir aucune référence à mon nom sur les papiers officiels alors qu?il était au courant que j?avais fait nombre d?efforts pour l?adoption de l?Agoa. C?est ainsi qu?on traite un ancien Premier ministre dans ce pays?
?<B> Mais c?est donnant-donnant n?est-ce pas ? Si vous n?avez pas donné l?exemple quand vous étiez Premier ministre?</B>
Vous avez raison. C?est sûr qu?il y a beaucoup de choses que j?aurais fait diffé- remment, si c?était à refaire. Mais il ne suffit pas d?être wise after the event. Il faut apprendre de ses erreurs et il faut ne pas les commettre une deuxième fois. C?est d?ailleurs pourquoi je vous dis que ces quatre ans hors du pouvoir ont été salutaires.
?<B> Vous sentez-vous incompris? </B>
Oui, beaucoup. Les amis sont d?ailleurs rares. Mais c?est ainsi. En politique, la solitude va de pair avec la position.
<I> «Il suffit de s?élever contre une injustice à Maurice, pour que vous soyez taxé de communalisme. C?est injuste et de mauvaise foi. Mes propos sont trop souvent mal rapportés ou mis en dehors de leur contexte.» </I>
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