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«Centraliser la production de Floréal, une nécessité»

30 juillet 2004, 20:00

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?<B>Le communiqué émis hier par Floréal Knitwear évoque, dans les grandes lignes, les raisons de la restructuration annoncée. Pourriez-vous développer les motifs de cette démarche ? </B>

On se restructure parce que le contexte international l?exige. Avec l?abolition des quotas en janvier 2005, la compétition sur le marché mondial sera encore plus forte. C?est ce qui nous pousse à revoir nos structures à long terme afin de faire face à cet environnement beaucoup plus sereinement.

Dans notre réflexion stratégique, nous avions trois objectifs fondamentaux en tête : donner à Floréal Knitwear un avenir à Maurice, sauver le maximum d?emplois possible et encadrer de notre mieux ceux qui, malheureusement, ne vont pas continuer la route avec nous.

?<B> Pourquoi fermer des unités pour se concentrer sur quelques sites de production seulement ? </B>

Il y a cinq ou six ans de cela, Floréal Knitwear a connu une expansion en ouvrant des unités à travers l?île. A un certain moment, une vingtaine d?entre elles étaient éparpillées dans tout le pays. Elles comptaient entre 50 et 300 employés. Le but était de nous rapprocher davantage de la main-d??uvre qui était rare à l?époque. C?était la seule façon pour nous de satisfaire nos clients et de grandir.

Cette décentralisation, qui était logique dans le passé, n?est plus de mise aujourd?hui. Quand on produisait des pulls basiques, la fabrication des composantes d?un pull sur un site X et la finition sur un site Y ne posaient pas de problème.

Aujourd?hui, nous ne pouvons plus produire de basique. Avec l?arrivée des producteurs comme le Bangladesh, le prix du basique a chuté et ces producteurs ont pris pratiquement tout le marché du pull basique. Pour que la production de pull-overs survive à Maurice, il faut se structurer pour être capable de confectionner des produits plus innovants.

Cela exige une production intégrée essentielle pour assurer la qualité, l?efficience, la réactivité et la viabilité des opérations. Cette exigence d?intégration va malheureusement occasionner 900 pertes d?emploi.

?<B> Dans la pratique, comment se réalisera cette centralisation de la production ? </B>

Nous fermerons sept unités ? Saint-Paul, Rose-Belle, Plaine-Magnien, Mahébourg, Rivière-des-Anguilles, Chemin-Grenier et Goodlands. Cela entraînera 900 licenciements. Mais 700 employés de ces unités seront également redéployés vers nos usines de Floréal et Réunion.

De plus, les trois unités à Bel-Air, Montagne-Blanche et Flacq demeurent en activité. Elles formeront un cluster de tricotage et de confection avec la finition à Réunion.

?<B> Qu?est-ce qui est prévu pour ceux qui perdront leur emploi ? </B>

Nous sommes conscients qu?ils ont contribué au développement de Floréal Knitwear. Outre les compensations prévues par la loi, nous avons élaboré un projet d?accompagnement que nous appelons le CARE Project. CARE voulant dire ?Caring Attitude for Redundant Employees». Un des volets du projet consiste en l?organisation d?un job fair pour aider ces licenciés à trouver d?autres opportunités d?emploi.

L?objectif est de permettre à ceux qui perdront leur emploi d?entrer en contact avec des employeurs potentiels à la recherche de main-d??uvre. A ce jour, une quinzaine d?entreprises ont confirmé leur participation et nous pensons pouvoir en réunir 25 d?ici la tenue de cette foire. Des entreprises textiles comme Aquarelle et Tropic Knits du groupe Ciel Textile seront présentes, mais cette foire ne se limitera pas qu?au textile. On trouvera aussi des hôteliers et d?autres types d?industries. Les entreprises qui participeront sont situées dans les régions où nous fermerons nos usines afin d?être proches du lieu de résidence des licenciés.

Nous avons également créé une cellule d?écoute ? comprenant des employés de Floréal et des consultants externes ? pour aider ceux qui partent à trouver les meilleures opportunités ailleurs. Nous proposerons également différents types de formation pour permettre à ceux qui le souhaitent de se recycler et de se réorienter professionnellement.

?<B> Floréal a déjà essayé cette formule de réorientation professionnelle dans le passé. Les résultats n?ont pas été probants?</B>

Je le concède. Mais cette fois, nous avons mis toutes les chances de notre côté. Nous travaillons sur ce projet depuis trois mois. Je pense qu?un licencié qui veut vraiment se recycler devrait pouvoir le faire et trouver du travail. De plus, dans le passé, certains n?ont pas voulu prendre avantage de cette possibilité de formation et de réorientation professionnelle.

?<B> Les licenciés ont-ils déjà été identifiés ? </B>

Nous avons établi une liste avec des critères très précis. Elle est finalisée à presque 90 %. Tous les employés de Floréal Knitwear ont été informés du plan de restructuration. Le dialogue continuera dans les prochains jours. Nous n?avons pas voulu annoncer notre décision avec effet immédiat dès le lendemain. Nous donnerons du temps pour le dialogue. La restructuration se fera dans une semaine.

?<B> Quels sont ces critères ? </B>

Il y en a quatre. Ils ont chacun un poids différent : l?ancienneté, la performance, la qualité et la régularité. Quand je parle d?ancienneté, cela veut dire que ceux qui comptent le plus d?années de service ont davantage de chances d?être conservés. Cependant, les autres critères évoqués seront aussi pris en compte.

?<B> Comment se porte Floréal Knitwear financièrement ? </B>

Nous avons connu des années très difficiles, surtout à la suite de la crise politique à Madagascar en 2001. La restructuration entamée depuis deux ans commence à porter ses fruits. Nous croyons fortement en l?avenir de notre entreprise. Avec la restructuration, nous avons notre carte à jouer dans le futur.

Face aux difficultés de la filière pull ? à forte intensité de main-d??uvre ? Floréal Knitwear veut se différencier par une clientèle qui apporte de la valeur ajoutée. Notre volonté de nous démarquer s?appuie sur deux axes : le développement de produits et l?innovation et les nouvelles techniques.

?<B> Vous licenciez à Maurice alors qu?on a noté une reprise de vos activités à Madagascar?</B>

Maurice a besoin de Madagascar pour se construire un futur. Floréal Knitwear a besoin de Madagascar pour continuer à exister à Maurice. Les produits basiques ne peuvent plus être faits à Maurice. Ces commandes, surtout celles qui nécessitent beaucoup de main-d??uvre, iront à Madagascar.

Il nous est difficile de répondre aux attentes du marché avec une production basée à Maurice seulement. Cela limiterait notre offre et nous perdrions des commandes. Avec Madagascar, nous pouvons satisfaire d?autres catégories de clients. Madagascar est complémentaire et non un substitut.

?<B> Après les centaines de millions de roupies de pertes subies à Madagascar, ne craignez-vous pas une autre crise, surtout qu?actuellement, la dévaluation de la monnaie malgache provoque des tensions sociales ? </B>

Pour Floréal, si l?on croit en l?avenir de la région, il faut croire en Madagascar. Maurice est un petit pays avec seulement un million d?habitants. L?avenir seul sera difficile. Il faut aider Madagascar à se développer.

Tous les pays au monde connaissent de petites crises. Dans les années ?80 et ?90, l?Indonésie a connu une longue crise. Son industrie textile a survécu et a progressé depuis. A Madagascar, même pendant la crise, Floréal a continué à travailler. Cela a posé problème quand les routes ont été coupées. Nous ne faisons pas complètement abstraction des crises qui pourraient survenir mais nous pensons que l?industrie textile survivra.

?<B> Cette restructuration et la fermeture de sept unités entraînera-t-elle une réduction du volume de production de Floréal Knitwear ? </B>

Notre production à Maurice va naturellement baisser. Nous produisons actuellement 3,5 millions de pulls par an. Nous descendrons sous la barre des 2 millions ou 2,5 millions de pièces. Notre chiffre d?affaires diminuera aussi. Nous espérons toutefois que la baisse ne sera pas directement proportionnelle à la contraction du volume.

Depuis l?an passé, nous avons deux usines à Madagascar. Elles atteindront leur production optimale à la fin de l?année. Nous espérons y produire deux millions de pièces. Ainsi, notre production globale se stabilisera autour de 4,5 millions de pièces.

«Il faut restructurer pour confectionner des produits plus innovants. Cela exige une production intégrée afin d?assurer la qualité et l?efficience. Cela va malheureusement occasionner 900 pertes d?emplois.»

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