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Sans trêve

27 juillet 2004, 20:00

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Le combat de Sandra O?Reilly est remarquable. Une fois que ses tortionnaires ont été jugés et trouvés coupables, elle aurait pu choisir de tourner la page du passé. Or, ce n?est pas le cas. Elle maintient le cap et passe à l?étape suivante. Elle veut maintenant corriger ce qui semble être une anomalie juridique : la peine additionnelle de cinq ans infligée à un de ses agresseurs pour sodomie ne sera pas purgée.

Dans le jargon juridique, on explique que deux sentences rendues en même temps contre un individu peuvent être appliquées soit ?concurrently? ou ?consecutively?. C?est à la discrétion du magistrat. Dans la présente affaire, la Cour a opté pour le scénario favorable à l?accusé. Cela signifie, en clair, que celui-ci passera huit ans et non treize, en prison comme il est apparu dans un premier temps. Ce petit tour de passe-passe juridique est tellement subtil que personne ne l?avait aperçu initialement.

Même si la voie est autrement plus ardue maintenant, Sandra O?Reilly ne recule pas. Elle veut contester le jugement et passe à l?offensive en demandant au DPP de faire appel de la décision des magistrats Benjamin Marie-Joseph et Renuka Dabee. Elle a vécu l?horreur et veut obtenir une revanche appropriée. Du coup, elle projette l?image d?un modèle de courage et de ténacité. Son exemple va certainement pousser davantage de femmes à lutter pour leurs droits.

Sandra O?Reilly a crié victoire trop tôt. Car outre la révélation au sujet de la durée de l?incarcération du violeur aussi accusé de sodomie, il y a le bémol apporté par un ancien juge, Robert Ahnee. Ce dernier s?est étonné que le DPP ait saisi la cour intermédiaire de cette affaire alors qu?il aurait pu déférer les accusés aux assises où ils encouraient des peines allant jusqu?à trente ans. Le crime crapuleux qu?est le viol collectif ne mérite-t-il pas une sanction proportionnée à l?ignominie de l?acte ?

Si Sandra O?Reilly poursuit le travail militant qui consomme déjà une bonne part de son énergie, elle devrait maintenant songer à obtenir réparation d?un éventuel préjudice qui lui a été causé parce que le procès a été entendu par une cour inférieure. Certains juristes estiment que le choix du DPP a pu constituer une infraction à l?alinéa 3(a) de la Constitution, qui garantit au citoyen la protection de la loi. Si la citoyenne lésée établit cela, elle va sans doute faire l?éducation civique d?un grand nombre de personnes.

Sandra O?Reilly a déjà inspiré beaucoup de Mauriciens par sa volonté à obtenir justice. Sa détermination à aller jusqu?au bout l?amène à refuser la trêve, même après une victoire partielle. Grâce à son combat personnel, la loi contre les violences machistes a déjà été renforcée. Le ?Sexual Offence Act?, voté le 12 août 2003, prévoit des peines plus lourdes pour le viol. Son action, efficace et concrète, n?a rien à voir avec le féminisme exalté qui est ?dans le vent?. Son action aurait été encore plus glorieuse si elle s?étendait à d?autres champs tels que la discrimination sexiste sur les lieux du travail ou le droit de la femme de pratiquer l?interruption volontaire de grossesse.

L?acharnement de Sandra O?Reilly a éveillé les consciences. Ses convictions sont mieux partagées. Elle a besoin de ce soutien parce que la guerre n?est pas finie.

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