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Le FBI se joint aux enquêteurs

27 juillet 2004, 20:00

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?Il n?y a aucune dimension terroriste à l?explosion meurtrière de Grand-Baie.? Le Premier ministre, Paul Bérenger, s?est voulu à la fois catégorique et rassurant hier au Parlement. Il a déclaré que des pays amis tels les Etats-Unis, la France, l?Afrique du Sud et l?Inde ont proposé leur assistance technique pour déterminer l?origine de l?explosion qui a secoué Grand-Baie dimanche. Depuis, les choses se sont enchaînées. L?assistant legal advisor du Federal Bureau of Investigation (FBI), Marilyn William, était déjà sur les lieux vers 14 heures. Un autre agent du FBI devrait arriver à Maurice aujourd?hui.

Marilyn William est restée sur les lieux du sinistre pendant plus de deux heures, en compagnie de David Walsh, responsable de la sécurité à l?ambassade américaine. Tous deux se sont employés à recueillir des renseignements auprès des enquêteurs de la police mauricienne. Ils ont également pris des clichés et filmé différents endroits. Andy Frost, conseiller en matière de sécurité à l?ambassade américaine, a, lui aussi, accompagné du détective, assistant surintendant de police, Suren Nunkoo, passé les lieux à la loupe.

?We have seen more today?, devait déclarer Andy Frost. Il précise toutefois que cela risque d?être un travail de longue haleine en raison des débris qui se trouvent de part et d?autre. ?Cela prendra des jours, même des semaines avant qu?on ne puisse se prononcer sur ce qui s?est passé réellement.? Il a, dans la foulée, dit apprécier la compétence des enquêteurs mauriciens qui, ajoute-t-il, dirigent l?enquête de manière très professionnelle.

L?agent Marilyn William était également accompagnée du directeur de la Central Criminal Investigation Department, (CCID), l?adjoint au commissaire de police, Tangavel Seerungun et du surintendant de police, Clifford Parsad, de la Major Crime Investigation Team (MCIT), équipe chargée de l?enquête. Vidhu Madhub-Dassyne, Chief Forensic Officer, aussi présente, a fourni des informations supplémentaires.

Dès 10 heures hier, des éléments des Scene of Crime Examiners et du Forensic Science Laboratory ont collecté de nouveaux indices dans les décombres de Grand-Bay Store. Ils étaient accompagnés des policiers de la Bomb Disposal Unit de la Special Mobile Force. L?exercice, interrompu peu avant midi, a repris vers 13 heures.

Normes de sécurité respectées

L?équipe a quitté le bâtiment en ruines vers 15 heures pour assister à une réunion de travail, avant de partir sur le coup de 16 heures. Les officiers américains ont participé à deux réunions de travail avec des enquêteurs de la police mauricienne. L?assistant commissaire de police (ACP), Rajesh Ramen, responsable de la Northern Command et le numéro deux du CCID, l?ACP Pritamsingh Jawaheer y étaient également.

Il semblerait toutefois qu?aucune pièce susceptible d?établir la cause exacte de l?explosion n?a été trouvée jusqu?à l?heure. Des débris collectés ont été envoyés au laboratoire de Réduit pour des analyses.

Benoît Ducray, propriétaire du restaurant La Langouste Grisée était une nouvelle fois avec les enquêteurs de la MCIT et de la Criminal Investigation Division hier, avec son frère Maxime. Un représentant de la compagnie qui assure son restaurant y était également. Dans une déposition consignée lundi, Benoît Ducray a repoussé les allégations selon lesquelles une fuite de gaz provenant de son restaurant pourrait être à l?origine de l?explosion. Il a affirmé que toutes les normes de sécurité y sont respectées. La version de ses employés, déjà interrogés, vient corroborer ses dires.

Pascal Tsin, propriétaire de Grand-Baie Store a, de son côté, demandé à pouvoir accéder à l?intérieur de son commerce afin de récupérer certains produits. La permission lui a été donnée mais il lui a été impossible d?y pénétrer.

Par ailleurs, le Premier ministre a, dans sa réponse à une Private Notice Question (PNQ) du leader de l?opposition, Navin Ramgoolam, souligné qu?à ce stade, la piste la plus plausible demeure la fuite de gaz. Il a précisé que la police oriente son enquête sur le gaz ménager et celui utilisé dans le système de climatisation ou encore dans les discothèques pour créer une ambiance. Il a aussi ajouté qu?il y a des indications que l?explosion s?est produite au premier étage.

Dans un communiqué conjoint, Stephen Mc Garvie et Benoît Gaborit, respectivement Managing Director de Maurigas et d?Elf Gaz Maurigas Ltd, ont hier réagi à la thèse de fuite de gaz émise par les enquêteurs de la police. Ils déclarent que les techniciens des deux firmes travaillent en étroite collaboration avec les enquêteurs sur les lieux depuis le drame du 25 juillet.

A ce stade, rien n?indique que le LPG tank ou des bouteilles de gaz retrouvées sur le site ont été endommagés, écrivent-ils dans leur communiqué. Le groupe a fait appel à des experts en la matière pour assister ceux du Scene of Crime Office et Forensic Science Laboratory dans leur enquête.

Le Premier ministre a, lui, déclaré qu?il a entière confiance dans les compétences des enquêteurs mauriciens et qu?il n?y a pas lieu de les démotiver. Le leader de l?opposition, Navin Ramgoolam, lui, a reproché au Premier ministre de s?être rendu sur les lieux du drame car les indices peuvent être ?contaminés?. Paul Bérenger a répondu qu?il a attendu que les lieux soient sécurisés avant de s?y rendre.

Le leader de l?opposition a aussi voulu avoir plus de précisions sur le communiqué émis ?précipitamment? par le ministère du Tourisme à l?effet qu?une fuite de gaz était possiblement à l?origine de l?explosion, alors même que l?enquête n?était pas bouclée. Le Premier ministre a déclaré que le but du communiqué était de remettre les points sur les ?i? après la diffusion de nouvelles inexactes par quelques ?radios locales irresponsables?.

Alain Bauer : ?Les attentats terroristes ont rarement lieu la nuit?

Dans le sillage de l?explosion de Grand Baie, l?express a sollicité un expert en matière de violence et d?insécurité, Alain Bauer, pour son avis sur les origines du sinistre. Cet enseignant de criminologie à la Sorbonne nous est familier depuis sa venue à Maurice en décembre dernier. Il avait alors accordé à Alain Gordon-Gentil un entretien publié dans ces colonnes. Alain Bauer a publié Violences et Insécurités Urbaines en 1999 et l?Amérique, la violence, le crime : les réalités et les mythes en 2000. Grand Maître du Grand Orient de France, chargé de cours à l?Institut des Hautes Etudes de la Sécurité Intérieure (IHESI) en 1999, il a interpellé les Renseignements Généraux en 2000 les accusant d?avoir voulu déstabiliser le gouvernement du Premier ministre français, Lionel Jospin, à travers ?l?affaire corse?.

Alain Bauer : ?En fait, il faut attendre l?expertise technique car il n?existe pas d?engin explosif sans signature chimique ou détonateur. De plus, les engins explosifs utilisés par les organisations terroristes, y compris les bonbonnes de gaz, sont en général complétés par des objets, comme des lames de rasoirs ou des clous, qui en renforcent l?impact.

En général, les attentats terroristes ont lieu en période d?affluence et rarement la nuit. Ils font également l?objet de revendications officielles qui permettent de ne pas douter de la réalité de l?attentat.

Il n?en est pas de même pour les opérations menées par des organisations purement criminelles exerçant un racket. Elles choisissent les atteintes aux biens ou aux personnes avec un minimum de dommages collatéraux, et en général sans revendications publiques.

Maurice, à l?instar de tout site très touristique, est une cible potentielle, comme Bali. Mais les objectifs choisis par les organisations terroristes sont en général très peuplés, confinés : boîtes de nuits, hôtels, trains, gares. Ils doivent posséder des caractéristiques identifiables : étrangers nombreux originaires d?un pays ?à risque? ou territoire à risque du fait de l?implication du pays dans des matières de politique internationale comme l?Afghanistan, l?Irak et la Tchétchénie.

Dans tous les cas de figure, seule l?enquête scientifique pourra déterminer l?origine du sinistre. La communication du gouvernement de Maurice sur cette question, à la différence de ce qui s?est produit à Madrid, reflète une prudence indispensable.

Tout indique, à ce stade, que l?attentat terroriste selon les méthodes classiques, n?est pas la thèse la plus vraisemblable.?

Propos recueillis par Nicholas RAINER

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