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Opéra de Pékin, le prologue

26 juillet 2004, 20:00

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Enfiler une aiguille devient un cérémonial. D?abord se poser avec d?infinies précautions au bord de la chaise. Jouer délicatement des coudes et des mains pour assortir la couleur du tissu à celui du fil. Rouler des yeux, déployer tous les signes de la concentration. Coincer le fil entre ses dents. Le pincer comme s?il s?agissait de la corde d?un instrument, avant de faire un n?ud imaginaire et gigantesque.

Démonstration parlante qui a étoffé le cours magistral donné par le professeur Sun Yumin, directrice du Beijing Vocational Institute of Local Operas and Art. C?était hier à l?école des Beaux-Arts au Mahatma Gandhi Institute. Dans son mandarin crépitant et énergique, elle a levé le rideau sur plus de 200 ans d?histoire de l?opéra de Pékin, genre dramatique chinois qui mêle chant, danse, mime et arts martiaux.

A son signal ? traduit en anglais par Jia Xia du centre culturel chinois - Zhou Enxu s?avance sur le tapis. Frêle pour ses 14 ans, l?élève de Sun Yumin est impressionnant de souplesse. Encouragé par sa directrice et Ma Lan, enseignante de l?institut qui est également du voyage, l?adolescent s?élance d?un mouvement félin. Enchaîne les sauts acrobatiques avant de finir par un grand écart. A peine essoufflé, il salue la trentaine de personnes présentes. Ses paupières et sa bouche fardées de rouge sont tout aussi élastiques. L??il exorbité, les lèvres pincées, il devient un général en campagne. Sans effort, il nous fait oublier son jeune âge. Chevauche un cheval imaginaire. Tue un tigre à mains nues.

Après la conférence-projection, Sun Yumin s?aide de ses doigts ? et de Jia Xia ? pour nous expliquer que le Beijing Vocational Institute of Local Operas and Art existe depuis 52 ans, que Zhou Enxu y apprend le kung fu et les arts du théâtre depuis trois ans. Que l?adolescent devra persévérer encore cinq ans avant de passer professionnel.

En attendant, il nous frappe déjà par sa maîtrise du fouet et de la lance. Sa manière de pleurer et de rire, grandiloquente.

La musique omniprésente dans l?opéra de Beijing est soit civile soit militaire. Civile pour accentuer les émotions, ou signifier que l?action se déroule la nuit. Des accords si diversifiés qu?ils peuvent transporter le spectateur dans une rafale de vent ou seulement dans l?espace d?une porte qui s?ouvre. Des percussions qui deviennent militaires pour mieux accompagner les héros en pleine action.

Autant de personnages régis par un code de couleurs précis, un maquillage rigoureux. Un répertoire divisé en quatre catégories : Sheng pour les personnages masculins, Dan pour leurs partenaires féminines, Jing pour les ?visages peints? et Chou pour les clowns.

Selon la combinaison de couleurs propres au genre, un visage à dominance rouge est celui d?un homme sincère. Le jaune symbolise la cruauté, le noir la justice, le blanc, la duplicité et le bleu la bravoure. ?Un dessin de yin yang veut dire que le personnage est capable de prédire le temps.?

Des dessins que Sun Yumin, Ma Lan et Zhou Enxu partageront avec trois volontaires enthousiastes, à la fin de la séance d?initiation à l?opéra de Pékin. Sous leurs pinceaux, les minois de Joanna Hubert, de sa s?ur Cindy et de Véronique Pompon, professeur de dessin au collège de Lorette de Curepipe, se sont transformés en Monkey King. Histoire de patienter ?jusqu?à l?année prochaine,? selon le directeur du centre culturel chinois, pour que l?instant de découverte se transforme en représentation.

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