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L. Bucktawor : des scènes de vie sur fond de couleurs locales ?
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L. Bucktawor : des scènes de vie sur fond de couleurs locales ?
Lancé la semaine dernière, le premier ouvrage romanesque de Luckeenarainsing Bucktawor, Some stories of Mauritian life, est un recueil de nouvelles en anglais qui mettent en scène une certaine réalité de la société mauricienne. Le recueil contient sept nouvelles, qui sont pour la plupart tirées de l?expérience. ?Un auteur, écrit-il dans sa préface, est quelqu?un qui exprime les sentiments de son époque d?après les siens ou selon ses observations du vécu.?
La première nouvelle, the girl with innocent smiles (la fille aux sourires innocents), s?inspire d?un fait réel. C?est une critique à l?égard des institutions légales construite sur les péripéties d?un homme qui, trahi par son épouse adultère, divorcé et après une dérive totale, finit par connaître une triste fin. Salman?s ambition for a grade one School Certificate (l?ambition de Salman pour un excellent certificat d?études) met en scène le rêve brisé d?un jeune étudiant, à cause d?une mention passable en anglais aux examens du School Certificate et ce malgré ses bonnes performances dans d?autres matières. Cette nouvelle dénonce une des différentes valeurs coloniales dépassées mais encore conservées à Maurice.
Dans a Mauritian girl visits India (une Mauricienne en visite en Inde), L. Bucktawor met en garde contre la tendance, hélas trop souvent facile, à se laisser aller aux préjugés. La nouvelle est un plaidoyer en faveur de l?Inde que l?on croit à tort un pays regorgeant des voleurs, de gens malhonnêtes, prêts à dérober votre argent à tout moment, à tous les coins de rue. Dans Kundan?s bar (le bistrot de Kundan), l?auteur dénonce la corruption qui gangrène l?intérieur de la société mauricienne.
Cyclone Carol strikes (le cyclone Carol) est une plongée dans le temps, où les cyclones étaient une expérience effroyable mais originale. Rahul?s love for the West (la passion de Rahul pour l?Occident) condamne tous ces jeunes qui, à l?image de la chèvre de Monsieur Seguin, pensent que l?herbe est toujours plus verte ailleurs. Cette nouvelle dénonce les dangers de l?émigration. Enfin Avinash, la dernière nouvelle, est un éloge des sacrifices d?un jeune garçon, condamné dans son milieu à une vie ratée. L?histoire a une ?happy end?, car le protagoniste finit par devenir avocat.
Les nouvelles exploitent l?espace local dans sa diversité, comme décor. On y retrouve l?atmosphère de la Gare Victoria et de la Gare du Nord avec leurs marchands de ?dholl-puris? et autres habitués, le ?Guy Rozemont Square?, le Jardin de la Compagnie, la Rue Farquhar, le Caudan Waterfront. Si certains villages comme Goodlands, Quartier-Militaire, Grand-Verger dominent l?espace romanesque, les villages côtiers comme Poste La Fayette et Cap-Malheureux sont tout aussi présents.
En se fondant sur l?exploitation du contexte local, l?auteur nourrit la littérarité de son écriture d?un certain réalisme renforcé par l?utilisation des expressions typiques qui mettent en valeur la couleur locale, comme ?savates l?éponge?, ?tente?, ?dresse papier?, ?cabri dans l?Inde?, ?misère noire?, ?chor? (voleur) et ?appranne ène métier? (apprends un métier). On y retrouve même des noms, appartenant toujours au parler local, qui se rapportent au champ lexical de la cuisine et qui ne manqueront pas de mettre l?eau à la bouche de plus d?un : ?gâteaux piments?, ?samoussa?, ?bhajia?, ?gadjacks?, ?farata chaud?, ?chatini?, ?du thé pur?, ?fenousse?, ?brinjals?, ?zambalack? et ?brèdes?, entre autres.
La fidélité de l?auteur à la réalité locale va jusqu?au prélèvement des scènes ordinaires, qui relèvent de l?observation des gens ordinaires dans leur quotidien. Le personnage Tina imitant les actrices de Bollywood, les cheveux coiffés en arrière du personnage Dadoul, rappelant ceux de l?acteur Dev Anand ou encore le personnage Kundand dansant avec ses amis sur un air de ?Raj Kapoor?s ramaya watawaya?? Enfin, la volonté de transposer la tradition locale conduit l?auteur à représenter la cérémonie traditionnelle à l?indienne, le ?safran?, ou de narrer une fête qui s?achève sur une chanson bhojpuri, ?bhaja bhajé?.
Derrière ces petites histoires aux couleurs locales, l?écriture de Bucktawor, dans l?ensemble, se révèle être une sévère critique sociale. L?auteur n?hésite pas à décrire les fâcheuses habitudes de ces gens qui ne font pas la gloire du pays, comme lorsqu?il est question des villageois qui, après avoir bu de la bière, vont uriner au coin de la boutique. La question d?hygiène même est remise en doute face aux marchands ambulants qui exposent leurs produits alimentaires devant des toilettes publiques d?où se dégage une odeur nauséabonde ou à côté des caniveaux bourrés de déchets. L?auteur affiche sa révolte contre l?absence d?une conscience d?hygiène.
Dès la première nouvelle, le lecteur ne pourra s?empêcher de se rendre compte que, par-delà toutes ces histoires, Some stories of Mauritian life annonce un recueil de nouvelles qui dévoilent un discours social véhiculant une morale. Mais, à cause de la vision omnisciente du narrateur, porte-parole de la voix de l?auteur, et des commentaires généraux souvent fondés sur une idée fixe de la société manichéenne, cette morale est le résultat d?une subjectivité accrue de l?auteur. (A ce sujet, lire aussi notre billet.
Luckeenarainsing Bucktawor, Some stories of Mauritian life, est à Rs 150. en librairies.
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