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La grâce incarnée
Certains mots doivent être prononcés avec soin. Ongulés par exemple. Des esprits mal tournés se trompent volontairement entre g et c. L? étiquette désignait une collection d?animaux se distinguant par des ongles si prononcés qu?ils deviennent des sabots. On y inclut maintenant d?autres familles mais contentons-nous de l?interprétation restreinte.
Le groupe se scinde en deux parties très inégales : les possesseurs de sabots pairs ou impairs. La seconde catégorie n?insiste pas sur le nombre impair car c?est surtout le troisième orteil et son sabot qui tiennent la vedette. Ces impairs sont dominés par les chevaux. Et en toute équité, on ajoute à ces équidés tarpons, ânes et zèbres. Ceux-ci sont dits par l?humoriste chevaux en pyjama. Des troupeaux vivent en Afrique. Ils ont la réputation de filer rapidement et l?on dit d?un coureur de jupons que c?est un zèbre. Des oiseaux pique-boeufs sont perchés sur leur dos et donnent l?alarme en cas de danger.
Plusieurs races
Mais la bête qui caracole dans ce groupe est le cheval. On connaît plusieurs races de chevaux n?ayant pas toutes le même rayonnement mais canassons et coursiers sont issus de lointains ancêtres apparus il y plus de soixante millions d?années. Ils n?étaient pas plus gros qu?un chien, plutôt basset que berger allemand. Même les gens qui sont à cheval sur les principes, n?hésitent pas à reconnaître dans des collections de fossiles, les étapes illustrant les changements dans la taille, les dents ou les orteils liant ces créatures éteintes aux chevaux que nous admirons. Des doigts du passé ne subsiste aujourd?hui qu?un seul, le troisième, sur lequel court l?équidé. Etalons et cavales ont été abondants en Amérique puis s?étendirent à l?Ancien Monde. Graduellement aguerris par le climat, ils purent y subsister mais disparurent de leur pays d?origine. Les poulains sauvages utilisés par les Indiens dans les romans de Fenimore Cooper étaient les descendants de montures importées par les Conquistadors.
En Europe et en Asie, les chevaux s?épanouirent en races locales qui finirent toutes par être domestiquées. Sauf une espèce dite de Przewalskii (ça se prononce comme ça s?écrit) qui serait la seule demeurée indomptée. Les premiers contacts avec ces quadrupèdes ont été brutaux. Les hommes sans armes les chassaient vers des falaises d?où, pris de panique, ils plongeaient vers la mort. Le goût pour la viande de cheval n?est pas éteint et aujourd?hui encore en Europe, on connaît des boucheries chevalines.
Plus tard vint la domestication. Elle date de 4 000 ans disent des archéologues mais des études de vieilles dents montrent des traces d?usure provenant du grignotement de cordes auxquelles les bêtes étaient attachées. Ces marques font remonter l?asservissement beaucoup plus loin dans le temps.
Héros de légendes
Plusieurs races chevalines ont vu le jour et certaines ont été délibérément créées par des croisements. Elles ont été déterminantes lors de conquêtes, par exemple celles des Huns ou de Genghis Khan. Par ailleurs, on connaît des lignées de petite taille comme les poneys, celui de Shetland servant de monture aux gamins.
Des manipulations ont produit des chevaux de trait, de selle, d?attelage, de courses. Certaines montures étaient spécialisées. Ainsi le destrier était assez costaud pour porter le chevalier et son armure, tandis que le palefroi servait à la parade. Ces chevaux portaient parfois un caparaçon, mot piège car il rappelle trop carapace.
On voit pour le plaisir de gracieuses écuyères se livrant dans des cirques à des manoeuvres harmonieuses, mais de plus savantes évolutions sont privilèges des grandes écoles d?équitation comme le Cadre Noir de Saumur. Ce sont surtout les chevaux associés à ?la glorieuse incertitude du turf? qui retiennent l?attention du profane. On sait que le pur-sang anglais est le résultat d?unions entre anglaises et seigneurs orientaux. On cite particulièrement trois étalons dont les produits croisés et recroisés ont donné les rejetons qui font la fierté des haras. Le nom pur-sang provient apparemment de veines qui se laissent voir sous la finesse soyeuse du pelage.
Les chevaux ont fait naître bien des légendes. Bayard aidant les quatre fils Aymon dans leur fuite après la révolte contre Charlemagne ; Pégase, cheval ailé fils de Poséidon et de Méduse. On connaissait bien chez nous, son image en relief sur des bidons d?essence au cours de nos jeunes années. Peut-être cette image donnait-elle des ailes aux chevaux-vapeurs du moteur. Plus proche de l?histoire était Bucéphale cheval d?Alexandre le Grand. Et Incitatus cheval de l?empereur romain Caligula. Il voulut le faire nommer sénateur mais il s?agissait là d?une plaisanterie.
Le cheval a aussi inspiré des expressions comme ?à cheval donné on ne regarde pas les dents?. Le chevalier est exemple de comportement élégant tandis que l?attitude cavalière est tout le contraire. Mais la littérature jette aussi une note cruelle avec la Cavale du Désert de Musset. L?endroit vit périr une jument. Pas dans un incendie comme la bête grise de madame la marquise, mais sous un soleil tout aussi brûlant.
<I>?On connaît plusieurs races de chevaux n?ayant pas toutes le même rayonnement mais canassons et coursiers sont issus d?ancêtres apparus il y a plus de 60 millions d?années.?</I>
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