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L?illusion en héritage
Le statut des Chagossiens n?a pas beucoup évolué en 220 ans. Ils restent, comme leurs ancêtres, un peuple déraciné, à la merci des pouvoirs. Descendants d?esclaves et de réfugiés, leur tourmente éclate aujourd?hui sur la scène politico-juridique internationale.
En 1784, deux bateaux appartenant à Pierre-Marie le Normand, grand propriétaire sucrier du district de Rivière-Noire, mettent le cap sur Diego Garcia qui fait partie de l?archipel des Chagos. À leur bord, 79 esclaves. Plus de deux siècles après, leurs descendants, les Chagossiens, portent encore le stigmate de leurs ancêtres : des êtres à la recherche d?une terre adoptive qui n?est qu?une illusion. En effet, aucun habitant de ces îles n?a de statut de résident permanent. « L?esclavage n?était pas terminé pour nous. Les Anglais et les Américains ont une responsabilité. Cependant, il ne faut pas oublier ceux qui nous ont maintenus dans un état de quasi-esclaves », explique Fernand Mandarin, président du Comité social des Chagossiens. C?est entre 1965 et 1973 que ces derniers ont été expulsés vers Maurice.
« Ils étaient entre 2 500 à 3 000 », estime Olivier Bancoult, président du Groupe des réfugiés des Chagos. Grâce à des pionniers comme Charlézia Alexis, une nouvelle page de l?histoire du peuple des Chagos va s?ouvrir à travers la lutte pour un retour vers leur île, et elle n?est pas près de se terminer. Les Chagossiens ont déjà bénéficié de deux compensations qui ont permis à certains de construire une maison. Mais l?intégration à Maurice n?a pas été facile.
« Il faut de l?argent pour vivre et du travail pour avoir l?argent, confie Ursule Michel Louis, 60 ans, et ce n?est pas facile de trouver un emploi. » Près de 40 ans après leur expulsion, leur désir d?un retour vers l?archipel se heurte à des obstacles quasi insurmontables. Un rapport commandité par les Britanniques, conclut entre autres que : « Toute implantation humaine sur les îles Salomon et Peros Banhos est possible, à condition de satisfaire certaines conditions dont le développement des ressources en eau, la volonté des investisseurs de s?y installer et la disponibilité des fonds publics. »
Dans une étude critique du rapport, Jonathan Jenness soutient que le document exagère sur la question de l?eau. L?histoire des Chagossiens semble marquée par une fatalité héréditaire.
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