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La création artistique

4 juillet 2004, 20:00

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?La couleur à travers les barreaux? (voir ci-dessous notre article ?prix Villancourt pour Utam Ramchurn?) vient nous rappeler, à travers le portrait d?un détenu, Rajesh Heetun, combien la création artistique peut être un acte libérateur. Si l?art est création, il est aussi libération au sens où il peut se donner la fonction d?incarner le rêve qui cherche sa réalisation.

La création artistique dans le milieu carcéral participe à la réalisation et à la libération de l?esprit du détenu. De même que l?on peut être enchaîné mentalement tout en jouissant d?une grande liberté physique, on peut atteindre une certaine forme de liberté de conscience tout en étant prisonnier quelque part. Cette liberté d?être est un sentiment qui permet le dépassement de sa situation de détention en construisant une barrière psychologique susceptible d?immuniser la conscience de l?expiateur contre toute pensée obsédante. Ce dépassement n?est pas à confondre avec la légèreté de l?indifférence vis-à-vis de l?acte responsable de la situation actuelle. Ici, il représente l?état psychique qui assume pleinement le délit et ses conséquences parce que le sujet cherche la délivrance par l?expiation.

A ce niveau, l?artiste prisonnier voit dans l?art un moyen de purgation et non une fuite : il projette ses fautes dans ses ?uvres pour les confesser et les traiter. Utilisant l?art comme un moyen de purification, il renouvelle son rapport avec la réalité ? rapport établi en prison par ses créations, qui sont déjà communication avec le monde extérieur. L?art contribue ainsi à la renaissance d?un sentiment qui donnera au prisonnier la force intérieure nécessaire pour réaliser sa prise sur le monde. Une fois la liberté physique acquise, selon ce qu?il sera, il confirmera une reconversion de son énergie pulsatrice en élan créateur. Le condamné se verra alors armé pour affronter la réalité avec une détermination féconde. Sa liberté physique deviendra l?énergie libérée qui cherchera à se couler dans une forme artistique, créatrice et utilitaire. Associant le plaisir de créer à la liberté physique retrouvée, l?ex-détenu s?appliquera à créer un monde nouveau autour de lui, fondé sur un désir et un droit légitime de refaire et de renforcer sa vie.

L??uvre d?art, dans ce milieu, est donc transcendantale. Si, pour l?observateur, la beauté esthétique est l?adéquation de l??uvre à sa représentation artistique, pour le créateur emprisonné, cette beauté a une spiritualité qui porte l?âme du créateur au-delà de l?objet créé. L?artiste, aspirant à une forme de salut par l?art, une forme d?immortalité par la même occasion, apprend à créer en contemplant le monde terrestre dans la splendeur de sa correspondance avec l?univers céleste. Ses ?uvres sont la matérialisation d?un regard spirituel sur le monde avec lequel elles entrent en communication par le biais de la création artistique. Elles ne s?adressent pas qu?au monde, mais à la sensibilité de l?âme humaine. Elles veulent toucher l?esprit de l?être infini. Le travail de l?artiste exprime ainsi un désir profond de sagesse et d?ascension spirituelle.

Le mérite de Utam Ramchurn est d?avoir révélé au monde, à travers son documentaire sur l?existence incarcérée de Rajesh Heetun, comment la pratique de l?art, sous toutes ses formes, en prison, peut assurer un réveil. Elle programme une liberté d?esprit qui coïncidera avec la liberté physique au moment opportun, qui donnera à la libération du prisonnier sa garantie de réinsertion sociale car la porte de la prison s?ouvrira désormais, on ne peut d?ailleurs que l?espérer, sur un monde qui invite à la création, donc à être construit et reconstruit, et non à fuir et à être détruit.

La création artistique procure un sentiment de liberté qu?elle pose comme condition fondamentale des autres catégories de liberté ? car, la liberté peut prendre d?autres formes (liberté de faire et d?avoir), l?une complémentaire à l?autre. La liberté d?être est celle d?un état d?esprit qui se veut d?abord individuel, souvent théorique, avant d?aspirer à une valeur sociale ou en faveur d?un engagement collectif. Si l?on ne se libère pas mentalement, on ne saurait être libre sous aucune forme. Et la création artistique présente un moyen idéal d?y parvenir, en prison ou pas, d?autant plus que le monde peut être la plus cruelle des prisons.

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