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Les 44 bougies de la SMF

3 juillet 2004, 20:00

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Le soleil tremble, les pieds aussi. Nous retenons notre souffle, mais déjà, la synchronisation est parfaite. Drapeaux au vent, les bras le long du corps et les uniformes impeccables. Les membres de la SMF sont en pleine démonstration. C?est la parade annuelle de la brigade. Soudain, un officier s?époumone sur un « halt ! ». Tous se figent. Les oreilles se tendent et les pieds se préparent à marcher. Et voilà qu?un coup de gorge ordonne aux huit régiments de faire le tour de la plaine des Gymkhana Grounds de Vacoas.

Fiers comme Artaban, les soldats défilent sur des pas calculés au millimètre près. Dès cet instant, les têtes des nombreux proches se lèvent. La curiosité titille les esprits. Tous jettent un regard insistant sur les uniformes verts, à la recherche d?un visage connu. Mais il faut se rasseoir car le moment est venu pour Paul Bérenger de faire son discours. L?histoire de la Special Mobile Force peut alors surgir du passé.

La passion du métier

  1. C?est l?année de naissance de la SMF. Sorti tout droit des sentiers battus, c?est après plus de 150 ans de présence que les Anglais ont cédé la place à la Special Mobile Force. C?est avec cinq officiers et 200 hommes de troupe que cette unité spéciale de la police a été créée. Au départ, cette brigade a été mise en place pour lutter contre les désordres sociaux sérieux, pour apporter une aide aux policiers lors de catastrophes naturelles, ou encore pour mener des opérations délicates. Aujourd?hui, le but principal de la SMF est de lutter contre le crime. De plus en plus engagée dans les opérations à l?étranger, elle reste néanmoins un élément essentiel pour assurer la sécurité à Maurice.

« Je me souvient de l?année 1979, lance le lieutenant Dawon. Une période difficile pour Maurice. A cette époque, une émeute a eu lieu dans la prison de Beau-Bassin. Il fallait libérer les gardes de la prison, et juguler les désordres à cité Kennedy? ». Le lieutenant Dawon a 25 ans de carrière derrière lui. C?est en 1979 qu?il a rejoint la SMF comme constable.

Gravissant peu à peu les échelons, il est aujourd?hui lieutenant. Fierté et détermination se lisent sur son visage. Une figure imposante, le menton relevé, le lieutenant Dawon n?a jamais hésité à vaincre la peur. Même quand il était en première ligne pour libérer les gardiens pris en otage pendant les émeutes de 1999.

Mais comme beaucoup d?autres, le lieutenant Dawon est entré dans la SMF par hasard. C?était une chance de trouver un emploi stable. Toutefois il s?est fait prendre au piège de la passion du métier. Vaincre l?ennemi. Déceler les magouilles. Combattre pour la paix. C?est ce qui l?attire dans ce travail. « Aujourd?hui, nous pouvons le confirmer, il existe un grand changement de mentalité à la SMF ! ». Une façon différente de procéder dans les enquêtes, par exemple.

Tout comme le lieutenant Dawon, le lieutenant colonel Oodunt se souvient encore de son parcours. Certains faits l?ont vraiment marqué. « J?ai vu des gens se faire tuer devant moi. J?ai vu l?île Maurice dans sa période la plus sombre, à l?époque où elle se battait en 1968 pour obtenir son indépendance ». Émotion et fascination se fondent dans son récit. À l?époque, les émeutes raciales faisaient rage. Il fallait mettre un frein à ces débordements. Pris dans le tourbillon des événements, le lieutenant colonel Oodunt prenait pleinement conscien-ce des risques du métier. Mais rien n?aurait pu l?arrêter. Le maintien de la paix dans la pays primait par-dessus toute autre considération.

C?est à l?âge de 19 ans qu?il a rejoint la SMF. Au cours de sa carrière, il a suivi des formations en Inde, en France et au Zimbabwe. Ces stages portaient sur le maniement des armes et les exercices physiques. Pas une seconde il ne regrette son choix de carrière. Quand il contemple son passé, il en garde des événements tristes et mémorables comme l?année 1999, mais une seule chose a toujours primé pour lui : son métier.

Prête à faire face au pire

Le 44e anniversaire de la SMF c?est toute une part de l?histoire de Maurice qui est mise à nu, parsemée de moments de nostalgie, comme pour Ismael Kausim, 82 ans, président de la Ex-Servicemen Association. Mais tous se sont retrouvés face à des temps forts qui les ont marqués. Le temps de la guerre, tout comme celui des morsures sociales.

Alors que le défilé prend fin, les membres de la brigade se retirent dans le silence. Mais la SMF doit être toujours en éveil, prête à faire face au pire. Les nuits d?attente, les sens en alerte, voilà comment une brigade se comporte. Mais elle ne souhaite qu?une chose : que chaque lendemain soit paisible. Avec l?espoir que Maurice gardera la part belle aux rêves, loin des guerres.

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