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Quand Maurane désarme l?humain

3 juillet 2004, 20:00

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Déroutante, fascinante, pétrie de magie. La voix de Maurane descend le long des vertèbres, réveille l?esprit et emprisonne l?humain dans un tourbillon de mots. Dans la salle, une intense émotion jaillit de derrière les instruments. Dans ses valises, Maurane a porté avec elle, sa sensibilité et son ardent désir de se mélanger aux autres cultures. En longue robe noire, sandales aux pieds, sautillant telle une enfant, l?artiste a délaissé son côté médiatique le temps d?un concert.

L?innocence à fleur de peau, presque maternelle, elle a ensorcelé les esprits. Quand elle est montée sur scène avec quelques minutes en retard, elle a éveillé les passions, roulé sur les sentiments, amour, peine, et elle a entonné sa première chanson, Quand l?humain danse. Un roulement de pied sur la scène, un rire puéril qu?elle a lancé, et c?est parti, Maurane vit ses émotions. Mais le trouble, c?est qu?elle n?hésite pas à nous les transmettre. Une des facultés de cette artiste est de réveiller la sensiblerie qui se cache derrière chaque homme. Faire renaître l?humanité des êtres.

Claude Nougaro : celui qui l?a porté

Ce show, elle l?a baptisé L?heureux retour. Le retour vers la vie. Retrouver son optimisme, son tonus. Un juste retour aux sources. Après avoir montré une Maurane caractérielle lors de son précédent album, cette fois, avec Quand l?humain danse, Maurane retrouve sa joie de vivre. Sa sérénité. Elle le clame :

« Je me sens de plus en plus bien, c?est inquiétant? »Lors de ce concert, Maurane en a profité surtout pour présenter ce dernier opus. Le temps de débuter sa chanson, et elle a déjà accaparé la salle de cette voix qui rase les parois parfois abîmées de l?homme. Cet être dynamique, qui explose comme des bulles sur ses chansons, avec des mots de plus en plus profonds, « J?ai du goût pour les couleurs et les saveurs? » Difficile de croire qu?elle a déjà 42 ans, avec son allure de petite fille des champs, gambadant dans les blés. Assoiffée de liberté, bercée de grands rêves, les uns plus fous que les autres.

Accompagnée de ses musiciens, piano, batterie, guitare ont porté loin, très loin la voix sensuelle et grave de ce corps en ébullition. L?artiste en profite pour donner un show, perlé de petites confidences. Des anecdotes très intimes qui ont invité chaque passionné à l?accompagner dans le fabuleux voyage de sa vie en France. Comme celle de sa rencontre avec un homme « cuivré, poivré à point ». Tandis que les grains de sable des instruments frôlent les tons hauts et bas de la voix de Maurane, le public est comme glacé par les frissons. Ses chansons, toutes plus métisses les unes que les autres, possèdent des origines brésiliennes, classiques, espagnoles, jazz et blues. Elle le disait il n?y a pas si longtemps : « C?est un peu naïf, mais j?ai toujours voulu trouver un monde harmonieux, un monde fait de beaux mélanges ».

Toutefois, son monde à elle, c?est aussi l?univers des mots, des textes en or, écrits par tant d?auteurs prestigieux dont Jean-Jacques Goldman. Celui qui la radiographie avec un peu trop d?exactitude. Quelqu?un qui l?observe, l?écoute et parvient à la déchiffrer et voir par-delà les paroles qu?elle ne prononce pas. « C?est quelqu?un qui vous devine, c?est très troublant », confie-t-elle.

La petite fille de Bruxelles, née au son de la musique. De parents musiciens qui lui ont transmis cette passion. Sur la scène du Plaza, les mélodies défilent, Prélude de Bach, datant de 1991, qu?elle épluche sur le chant bouleversant du piano. Nostalgie. Les mémoires reviennent alors, Maurane à la douceur éternelle, au c?ur immense qui joue avec sa voix. Des échos se sont faits entendre. Puis encore la visite guidée de la chanteuse dans son cerveau. « L?hémisphère droit et gauche. Celui de droite pour les grands rêves, l?autre, un espace fumant », susurre-t-elle. Dans ses sketchs où elle a dépeint tout cela, c?est Maurane qui s?effeuille. Mais ce faisant, elle a aussi plongé son public dans le silence des interrogations. Se pourrait-il alors que Maurane, celle qui chante pour les Restos du C?ur et Sol en Si, soit aussi simple qu?elle semble être sur scène ?

Quand elle a clamé avec frénésie sa chanson « Boire dans le même rêve », Maurane a emporté son public dans son salon vert pomme, où le champagne pétille et titille les muses. « Boire dans le même rêve », c?est aussi l?histoire de sa magnifique rencontre avec Nolwenn. « Une fille à la voix sobre et intense. Une artiste profonde ». Une fois son histoire dite, Maurane est allée à la recherche de sa boisson fétiche, le champagne qu?elle « a fait péter » en direct et qu?elle a distribué à quelques membres de l?assistance. Sa spontanéité fait sourire. Sa simplicité fait sourciller. Mais nous avons bien reconnu la voix de Marie-Jeanne de Starmania lors de ce concert. Si c?est grâce à Michel Berger qu?elle a percé l?ombre de la célébrité, c?est à Claude Nougaro, « son papa », qu?elle rend hommage. Celui qui l?a portée dans sa carrière. Celui qui a posé les yeux sur la débutante Maurane, qu?il a poussé sur les planches craquantes de l?Olympia en 1981.

Convier le public à vivre dans son monde imaginaire

Si sa fragilité est tangible, sa force se dissimule sous son charisme. La fille « sanguine », à l?humeur changeante serait-elle devenue plus calme ? Paisible presque ? Certes, avec Maurane, on ne maquille plus les sentiments, on vit avec. « Soyez heureux », a-t-elle glissé entre deux chansons. Comme si la vie devait être prise dans l?instant présent. Tout faux, Au clair de ma plume dédié à Claude Nougaro, mort il y a peu de temps. Pendant deux heures d?aller et retour sur la scène, Maurane a su désarmer l?homme. Le farcir d?illusions. Plus de barrières. Elle s?est imposée, a convié le public à pénétrer dans son monde de rêves, dans son imaginaire, sa passion. Ainsi tous ont voulu s?approprier cette âme unique, petite étincelle dans les c?urs. Imprégnée de générosité, plongée dans le bain des sensations essentiellement « humaines », Maurane, la fine innocence, a respiré d?optimisme.

Pour sa dernière mélodie, seule face au piano, dans l?obscurité, elle s?est élancée sur La chanson des vieux amants de Jacques Brel. Un air brûlé d?amour a envahi la salle. Le recueillement s?est installé. La frustration s?est infiltrée. Maurane, yeux fermés, sourcils plissés, a retracé alors l?amour sincère. Cette alchimie qui capture deux êtres. Le c?ur gonflé d?émotion, Maurane a exploré les recoins de cette mélodie. Trop triste pour finir. L?artiste s?est glissée dans les coulisses, sans bruit, peinée, on le devine, face aux regards et applaudissements insistants de l?assemblée, mais il faut partir pour revenir. Elle l?a promis, elle reviendra.

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