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L?alcool, fléau de St Brandon

2 juillet 2004, 20:00

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Ironie du sort. Une vingtaine de jours avant le drame de St Brandon, qui a coûté la vie à deux personnes, le problème que pose la consommation d?alcool par les pêcheurs de l?île et ceux pêchant sur les bancs a été évoqué dans le bureau du ministre de la Pêche, Sylvio Michel. La question avait été soulevée par les représentants du syndicat de ces pêcheurs et par la direction de Raphaël Fishing Ltd, en présence des techniciens de ce ministère et celui du Travail. Les participants à cette réunion se souviennent toujours de la réponse donnée par un haut dignitaire de l?autorité à cette préoccupation. «Les bann peser la boir trankil».

Les pêcheurs de St Brandon, vivant au minimum trois mois dans un espace restreint, ne boivent pas tranquilles. Les bagarres éclatent très vite et Alain Langlois de Raphaël Fishing s?insurge. «On ne peut accepter que des pêcheurs prennent la mer sous l?influence de l?alcool. C?est dangereux pour les chauffeurs et doublement dangereux pour les pêcheurs. Je suis affirmatif : l?alcool est à l?origine du drame».

Bagarres au couteau

Aujourd?hui, deux semaines après la mort de Linley Chelin et Bernard Céline, la vérité commence à poindre. Difficilement. La plupart de la trentaine de pêcheurs rentrés de St Brandon après le drame refusent de parler de cette affaire. D?autres préfèrent se cacher. Jean Vacher, de l?Apostolat de la mer, explique que ces pêcheurs craignent en ce moment de perdre leur emploi. La compagnie Raphaël Fishing a en effet interdit depuis très longtemps la consommation d?alcool parmi ses employés à cause des bagarres au couteau et des accidents en mer qui se sont produits après des beuveries.

Cependant, Catley Allas, un des co-responsables de la soixantaine de pêcheurs de l?île a brisé l?omerta hier. Rentré récemment de St Brandon, il allègue que le jour du drame Jean Daniel Meunier, Linley Chelin et Bernard Céline avaient pris leur embarcation bien après 10 heures, avec une bouteille de rhum «pour les pêcheurs de l?île Lavoquer». Catley Allas, qui ne peut confirmer si les hommes avaient bu avant de prendre la mer, est certain d?une seule chose : du rhum est arrivé sur l?île la veille du drame.

«Mo finn rent lor lil Raphael la vey ver dezeur e demi. Mo finn trouv de troi dimoun sou lor la plaz. Kan mo diman ki finn arive, zot dir moi pa tracase, finn amene ene ti zafer pou toi osi». Le «ti zafer» sera remis le soir à Catley Allas. «Mo finn gagn ene demi boutey rum et mo finn boir, boukou dimoun ti finn boir asoir.» D?où proviennent ces bouteilles de rhum si la compagnie Raphaël Fishing interdit toute entrée d?alcool sur l?île et va jusqu?à fouiller ses bateaux quittant Port-Louis pour St Brandon ?

Catley Allas travaille à St Brandon depuis bientôt sept ans. Il n?a jamais vu de pareilles transactions, mais sait que l?alcool est échangé contre des «poissons salés et des ourites secs» . Il nie que de la viande et des oeufs de tortue fassent également partie du troc. Il affirme que les responsables de l?île ont des consignes strictes pour la protection des tortues. Il connaît les oeufs de tortue, qui sont pondus profondément dans le sable. «Pa kouma dizef poul sa, ou pa capav cas li e frir li. Apre li pa tro bon pou manze», explique-t-il.

?Profits juteux?

L?alcool serait également échangé contre des cigarettes obtenues hors taxes, principalement par ceux qui pêchent sur les bancs. «Ils n?ont pas droit à l?alcool, mais à des cartouches de cigarettes qu?ils échangent contre du rhum ou du vin avec les membres d?équipage. Ces derniers font sortir les cigarettes des pêcheurs à Port-Louis, et avec le fort pourcentage de taxe sur le tabac, elles rapportent des profits juteux», affirme un membre du syndicat des pêcheurs, la Maritime Transport and Port Employees Union.

Les pêcheurs qui travaillent sur l?île touchent un minimum de Rs 15 000 par mois et un maximum de Rs 35 000, dépendant de leur productivité. Mais l?argent est introuvable sur l?île. Tous les paiements se font à leur retour à Maurice après déduction de ce qu?ils ont «acheté» sur l?île, notamment les cigarettes.

Les pêcheurs sont, à en croire les chiffres de leur consommation, de gros fumeurs. La boutique de l?île ne vend pas d?alcool. Dans le passé, une expérience de vente de bière a dû être stoppée en raison des bagarres qui se produisaient après que les hommes avaient bu.

Le syndicat affirme que l?alcool n?est pas le seul problème notable. Tous les gilets de sauvetage homologués solace et qui sont distribués à ces pêcheurs ne sont pas pratiques et ne leur permettent pas de travailler à l?aise. Ce n?est que quand le danger se présente qu?ils foncent, souvent trop tard, sur les gilets. «On doit leur donner des gilets du type utilisé dans l?aviation, qu?ils peuvent porter et ne gonfler qu?en cas de danger» nous confie un syndicaliste.

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