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Rationalités économiques
Désormais il y a une urgence de tous les instants dans le monde des affaires. L?opacité étant combattue, l?entreprise est soumise à un certain principe référendaire. Elle se doit continuellement de rendre des comptes, de faire la démonstration de sa compétitivité et de s?attirer les meilleures compétences pour assurer sa pérennité. C?est dans un tel contexte que les clés de la cybertour ont été remises hier. Le symbole prend une dimension accrue quand on sait que des secteurs comme le sucre et le tourisme font face à des difficultés et des enjeux importants.
On n?est pas encore à l?heure des bilans mais davantage à celle d?un rappel des faits. Présentée voici quelques années comme un projet d?avenir, la cybercité a cristallisé toutes sortes de fantasmes. D?un côté, on nous annonçait un nouveau pilier de l?économie mauricienne. De l?autre, on se demandait s?il ne fallait pas se montrer moins spéculateurs avec l?argent des contribuables. Entre-temps, le nouveau paradigme macroéconomique nous a enseigné que l?immobilisme allait inéluctablement mener l?économie mauricienne à sa courbe descendante. Dans un pays où il existe une forte critique de l?absence de prise de risque chez le secteur privé et où l?Etat est contraint d?être plus acteur que facilitateur, l?impératif de développement ne pouvait plus s?arrêter aux canons de l?économie traditionnelle.
Avec une telle toile de fond, l?investissement dans de nouveaux secteurs garantissant une croissance soutenue devient une nécessité. Depuis plusieurs années déjà, le secteur des services bénéficie d?une attention particulière même si, en termes de compétences locales, on souffre d?une carence évidente. Pour sa part, la révolution que représentent l?internet et le multimédia n?a pas encore gagné nos côtes. Ce sont pourtant dans ces voies nouvelles que l?île Maurice se cherche de nouveaux défis économiques.
Il n?y a pas d?équation miracle. La croissance et la productivité demeurent, entre autres, les clés de voûte de tout système économique. Aujourd?hui le financement de nouveaux secteurs, l?ouverture de l?économie à des investissements étrangers, avec tout ce que cela implique en termes de troc, et la remise en question des monopoles autant que la promotion du principe de l?actionnariat public sont des conditions incontournables pour secouer l?appareil économique traditionnel. La cybertour présente, en ce sens et en amont des critiques émises, une opportunité. Mais réduite à une opération ponctuelle, et c?est ce qu?elle représente encore pour l?imaginaire populaire, elle desservira ses objectifs et ceux d?un Etat qui se veut ambitieux. En fait, la cybertour présente les caractéristiques d?un tremplin qui peut inspirer une nouvelle dynamique. Le modèle à l?ancien a presque atteint ses limites.
L?économie mauricienne, outre le pari de nouveaux secteurs, ne prendra pleinement la voie de la modernisation que si la formation et l?entrepreneuriat deviennent une hantise pour nos gouvernants. A ce niveau, les politiques pratiquées n?ont pas engendré les résultats escomptés. Une raison pour laquelle il ne sera pas question de délivrer un blanc-seing à l?Hôtel du gouvernement. Car, à bien des égards, nous sommes toujours dans une course où l?effort est principalement déployé pour rattraper le temps perdu. Il n?est pas question non plus de mettre tout sur le dos de tel ou tel ancien gouvernement du fait même que ce sont les mêmes principaux partis qui ont constitué la majorité parlementaire ces dernières décennies. C?est en cela aussi que la cybertour représente un substrat politique à la remise en question des pratiques économiques statiques. Dans le même souffle, les traditionnels manichéismes, du genre paupérisation des pauvres et enrichissement des riches, n?ont plus cours. La rationalité économique impose une gestion qui transcende les clivages anciens.
C?est, malgré son caractère impitoyable, cette rationalité économique qu?il s?agit de ne pas sacrifier sur l?autel des absurdités politiques. En un mot pratiquer une politique de désengagement de l?Etat et celle d?une concurrence qui déconstruit les situations de monopole. Les clés de la cybertour ouvriront-elles ces portes ?
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