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Comment expliquer le fiasco français ?

27 juin 2004, 20:00

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Après une victoire en trompe-l?oeil contre l?Angleterre, l?équipe de France est totalement passée à côté de l?Euro 2004, et a de nouveau appris à perdre. Mais sans le panache de la génération Platini.

Jugé dans un premier temps comme un départ idéal dans le tournoi, le succès renversant 2-1 acquis dans les arrêts de jeu face aux Anglais a été effacé par l?indigente prestation des Bleus en quart de finale contre la Grèce, 0-1.

Sans âme, sans jus, les désormais anciens champions d?Europe ont été battus par l?équipe présumée la plus faible à ce stade de la compétition. Dans une sorte d?aveuglement quasi général, les Français ont nié l?évidence à leur sortie du stade Jose Alvalade. Les excuses peu convaincantes du genre ?il faisait lourd? et le sourire indécent de Robert Pires en disaient long sur la motivation de certains membres du groupe. Pour le Gunner, ?la vie continue, c?est la compétition qui s?arrête?.

Pressé d?expliquer les véritables raisons d?un fiasco qui n?a pas l?ampleur du désastre de 2002, Jacques Santini a rencontré la presse samedi matin quelques heures avant le départ de la délégation française. Le sélectionneur a de nouveau endossé la carapace qui l?a poussé à protéger ses joueurs durant toute la compétition.

Le mirage anglais

Pourquoi ne pas avoir reconnu publiquement que les Bleus jouaient mal ? ?Je me suis mis un peu comme un paravent. On en était conscient, mais on n?était pas inquiet?, a-t-il dit. ?Je suis comme cela. Mais bon, comme on dit parfois, trop bon, trop con.? Santini a évoqué une certaine saturation liée au calendrier international et, du bout des lèvres, un sentiment de trop grande confiance.

?Il y a une saturation générale qui n?est pas forcément propre à l?équipe de France. Physiquement surtout, certains joueurs ont été beaucoup sollicités?, a-t-il expliqué, regrettant que l?équipe ne se soit pas donné les ?moyens de dépasser ce cadre?.

Vendredi, juste après une rencontre qui a confirmé les inquiétudes suscitées par le match gagné 3-1 contre la Suisse et entrevues déjà contre l?Angleterre, Santini a confié que la France, comme d?autres grandes nations, aurait pu ?bénéficier d?une meilleure préparation à ce genre de tournoi?.

Des joueurs comme Thierry Henry, malgré les multiples dénégations de l?intéressé, peu ménagé par Arsène Wenger à Arsenal, sont apparus fatigués et incapables de faire la différence.

Le miracle Zidane, auteur de deux buts dans les arrêts de jeu au stade de la Luz face à l?Angleterre, n?était qu?un mirage. La France ne s?est jamais réellement montrée dangereuse sur des actions de jeu. Willy Sagnol et Patrick Vieira avaient prévenu avant le quart de finale : ?Si on ne joue pas mieux, on va au devant d?une grosse désillusion.?

La responsabilité de Santini n?est pas totale, loin de là. S?il a entamé l?Euro dans des conditions un peu bancales, il n?a pas su injecter de sang frais aux bons moments. La rentrée de Saha à la place d?un David Trezeguet fantômatique à seulement 18 minutes de la fin du match contre la Grèce, a montré que le Mancunien était un véritable poison.

Mais Santini n?a pas eu le courage de lui accorder plus qu?une grosse demi-heure de confiance en quatre rencontres. ?Aujourd?hui, je vous le concède?, a-t-il reconnu.

Benoît Pedretti, lui, n?a bénéficié que de quelques minutes de jeu face à la Croatie alors qu?il semblait avoir le profil pour donner au jeu des Bleus la profondeur qui lui manquait. Olivier Dacourt, qui a beaucoup couru sur la largeur du terrain, lui a été préféré.

Excès de confiance ?

La défense a également été mise à l?index. Comment expliquer qu?une équipe qui passe près d?un an sans encaisser de but en concède cinq en quatre matches ?

Sagnol répond par une question : ?Comment se fait-il qu?une équipe qui écrase tout pendant deux ans s?écroule comme ça ?? Le cas de Marcel Desailly, géré au jour le jour et non de manière définitive, a certainement pesé. Les multiples changements dans les lignes arrières n?ont pas cessé avec le début de l?Euro.

Santini, interrogé sur la question de son contrat non renouvelé avant le début de la compétition par le président de la FFF Claude Simonet, a estimé que le groupe avait pu être fragilisé en amont. Notamment sur le cas Anelka. ?Notre Euro avait peut-être déjà été fragilisé à cette époque?, a dit le sélectionneur. ?Le statut modifié de Marcel Desailly a peut-être aussi fragilisé certaines choses.?

Enfin, l?équipe de France s?est peut-être vue trop belle après sa victoire 3-0 en Allemagne au mois de novembre. ?Certains joueurs l?ont dit?, a rappelé Santini. ?Mais on l?a vu, l?Allemagne est sortie au premier tour avec deux points et a perdu contre l?équipe réserve de la République tchèque.?

Reste désormais aux Bleus à relever la tête, dès le 4 septembre pour le début des éliminatoires de la Coupe du monde 2006. Avec un nouveau sélectionneur à sa tête, Santini partant entraîner Tottenham.

L?ancien membre du carré magique de l?équipe de France, Jean Tigana, fait figure de favori pour succéder à l?ancien entraîneur de Lyon, qui n?a perdu que deux matches en Bleu. ?Mais on nous juge sur les deux grandes compétitions, l?Euro et la Coupe du monde. Et en 2006 je ne serai pas là?, a précisé Santini.

Qui sera en Allemagne ? Certainement pas Marcel Desailly, qui arrête sa carrière internationale après 116 sélections. D?autres membres du groupe champion du monde en 1998, comme Bixente Lizarazu, Lilian Thuram ou Fabien Barthez, pourraient bien l?imiter, laissant la place à une jeunesse frustrée le temps de deux petites semaines de compétition au Portugal. À bien voir, cela pourrait être le salut des Bleus.

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