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Formes et couleurs chez les Gupta

27 juin 2004, 20:00

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Les 15 tableaux de Mila Gupta et les 25 sculptures de Lalit Gupta, qui sont leurs nouvelles créations, seront conjointement exposés à la Galerie Le Coin de Mire, à Grand Baie, du 30 juin au 3 juillet de 10 à 18 heures.

Réalisés avec la technique d?acrylique sur papier, les tableaux de Mila sont les produits d?une recherche qui dure depuis plus d?une trentaine d?années autour d?un même thème, même si le style a changé avec le passage du temps. Si l?artiste a choisi de peindre des plantes et non des figures, c?est parce qu?elle y trouve une certaine spiritualité qu?elle déclare manquante chez l?être humain. Si ce choix explique l?attirance qu?exercent sur elle la philosophie taoïste et le bouddhisme, c?est surtout l?affinité particulière qu?elle a avec les plantes qu?il dévoile. Cette affinité est reproduite sous sa forme physique dans l?ensemble de ses tableaux à travers la proximité qu?elle maintient avec les plantes. Parce qu?en réalisant ses tableaux, elle y concrétise par la même occasion sa présence physique : on dirait qu?elle y est entrée pour mieux les réaliser.

La présence voilée de l?artiste coïncide en réalité avec l??il de l?observateur, selon la position de ce dernier par rapport au tableau. Cela est rendu grâce à un jeu sur la perception visuelle. Le rapport de grandeur, exploité ici comme un élément pictural, n?est pas qu?entre les différentes parties qui figurent à l?intérieur du cadre. Il gagne également, et cela en harmonie, le hors-cadre par le fait que les plantes dominent par leur dimension l?espace local des tableaux, tout en établissant un rapport avec l?extérieur.

<B>L?observateur rattrapé</B>

En réalité, l?illusion des perspectives dépasse le cadre pour aller pêcher l?observateur et le ramener à l?intérieur du tableau. Si l?esthétique chez Mila est une invitation à rêver, elle est ici particulièrement réussie car l?exploitation de la flore comme thématique picturale est la réalisation d?un voyage au c?ur d?un univers floral propre à l?artiste. Mais cette nature est ici mythifiée. Le choix des plantes même se veut être la composition d?un jardin esthétique, faisant de chaque tableau une tentative qui est celle d?une douce évasion en compagnie de l?observateur dans la représentation artistique de cette nature idéalisée.

Sans aucun doute, les tableaux de Mila Gupta témoignent d?une volonté de partager un bonheur que ne peut connaître que celui qui arrive à se laisser envoûter par les plantes pour en goûter le nectar spirituel. C?est pourquoi l?artiste ne représente que le vivant en exploitant les qualités sensibles et tactiles de la peinture ? d?où l?absence même des feuilles mortes. C?est pourquoi aussi elle exclut la couleur noire de ses ?uvres qu?elle laisse dominer par la présence des couleurs vives avec une luminosité qui émane du fond comme pour y attirer le regardeur, une fois celui-ci entraîné dans le tableau par un effet d?optique.

Elle utilise les couleurs vives avec exaltation comme réalité physique, donc optique. En somme, l?artiste tire une philosophie de ses travaux qui sont le résultat de l?observation de la nature. Les plantes sont pour elle un moyen de s?exprimer.

<B>Sculpture

Les masques de Lalit Gupta</B>

  • Depuis son arrivée à Maurice en 1978, Lalit Gupta, sculpteur et enseignant, s?intéresse de près aux couleurs naturelles de la terre. Si Chamarel regroupe les terres aux sept couleurs, notre chercheur-artiste, a quant à lui regroupé à ce jour une cinquantaine de couleurs tirées des terres mauriciennes.

A la Galerie Le Coin de Mire, Lalit expose environ 25 masques réalisés à partir de papier mâché, peints ensuite aux couleurs naturelles de la terre. «La réalisation d?un masque, explique-t-il, est une procédure longue et difficile qui nécessite de la patience. Il s?agit de réaliser d?abord une pâte à l?aide de papier encollé. La pâte malléable est ensuite coulée dans un moule selon la forme que veut donner l?artiste. La figure ainsi obtenue forme une seule pièce. Elle est ensuite peinte aux différentes couleurs de terre.»

La particularité de ses masques se trouve dans leur organisation : les figures sont présentées de telle manière qu?elles font face au spectateur. Ce qui fait que l?observateur ne peut s?empêcher de sentir la présence de ce regard posé sur lui ? un regard qui l?interpelle, pour le mettre en communication avec l?esprit qui l?anime. Ce contact est sensibilisé par le fait que chaque masque incarne la représentation d?une expression simplement humaine. Et chaque expression qu?a voulu traduire l?artiste est celle de la gaieté réfléchissant une sorte de beauté inhérente à la forme donnée à laquelle se rajoute un ton pur provenant des couleurs naturelles, mates pour la plupart parce qu?extraites de la nature primaire.

Les ?uvres de Lalit sont de l?ordre du semi-réaliste et du semi-abstrait. Elles naissent de ce mélange d?observation et d?imagination qui donne au réel un prolongement dans l?imaginaire et à son travail un appel à voir au-delà de ce qui est donné à voir. Car dans chaque forme donnée par le sculpteur, se dégage une multitude de formes.

Au fond, son travail même consiste ici à déformer pour former ? d?où l?émergence de nouvelles formes au pouvoir de transcender le temps et la matière pour durer. Les figures de Lalit Gupta, si l?on ne sait pas quelle langue elles nous parlent, nous apportent au moins le sentiment de l?éternité.

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