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T-shirts : les prix rétrécissent
Les rafales de la compétition internationale soufflent de plus en plus fort sur l’industrie du textile habillement. À six mois du démantèlement de l’Accord multifibre, les effets de l’abolition des quotas se font déjà sentir. Les fabricants de T-shirts qui sont actuellement en pleine campagne commerciale pour la saison printemps-été, la principale saison de l’année, témoignent d’une baisse de prix jamais vue jusqu’ici.
Avec quelque 100 millions de pièces confectionnées annuellement, le T-shirt représente environ un tiers des recettes d’exportations de l’industrie textile du pays. L’industrie de la confection est depuis quelques années habituée à des baisses de prix annuelles mais cette année l’ampleur des réductions demandées est de loin plus importante.
Les acheteurs étrangers font valoir les prix qu’ils obtiennent en Inde et au Bangladesh, entre autres, pour exiger des baisses de prix allant de 10 à 30 % par rapport à ceux de 2003. Sur certains produits, les acheteurs demandent aux industriels locaux de s’aligner sur les prix pratiqués au Bangladesh qui est déjà à 40 % moins chers que Maurice. Dans la conjoncture, il y a des commandes que les entreprises mauriciennes sont forcées de refuser.
“Acheteurs et fabricants ont déjà intégré dans leurs calculs l’abolition des quotas en janvier prochain. De nombreux fabricants ont commencé à se déculotter pour obtenir des contrats. Les prix sont bradés”, observe François Woo, directeur de la Compagnie Mauricienne de Textile (CMT).
François Eynaud, directeur de Tropic Knits, explique que les acheteurs font pression en montrant aux industriels locaux les prix qu’ils ont obtenu ailleurs. Les prix hors quota que les donneurs d’ordre citent sont une indication de ce que sera la vie après janvier 2005.
Effectivement, les acheteurs français et anglais se positionnent de plus en plus sur la Chine, le Bangladesh et l’Inde pour l’approvisionnement. De fait, les prix qu’ils demandent sont de plus en plus calqués sur les prix hors quotas qu’ils peuvent obtenir de ces destinations, indique François Mousseron, directeur commercial du Groupe Palmar.
Pour corser le tout, certains pays producteurs, trop contents de voir tomber les barrières qui limitaient jusqu’ici leurs exportations, ne se soucient même pas des prix et des coûts. Il s’agit aussi certainement d’une stratégie de pénétrer des marchés et de se faire connaître à n’importe quel prix. “Les industriels de certains pays ne couvrent même pas le prix des matières premières”, commente François Woo.
Produits de mode
Face à la baisse des prix il devient de plus en plus évident que le glas a sonné pour ceux qui ne produisent que du basique de masse. La structure des coûts ne permet plus ce genre de production. “Maurice n’est plus compétitif pour les T-Shirts qui coûtent $ 0,80. Dans le segment des marques propres de distributeurs nous commençons à être inquiétés par le Bangladesh. Nous devons nous battre car nous risquons de perdre ce marché”, analyse François Mousseron.
L’avenir du T-shirt et de la confection en général consiste à monter en gamme. Cette stratégie est déjà en cours dans la plupart des grands groupes. Mais il n’est pas question d’abandonner du jour au lendemain les productions de masse pour ne faire que des produits de mode. Certains, qui comme Bonair Knitwear avaient opté pour cette approche, l’ont payé chèrement.
Pour François Mousseron il s’agit de trouver le bon équilibre entre les volumes et les produits plus sophistiqués à plus forte valeur ajoutée. “Maurice est forte dans le basique plus et il nous faut conserver ce marché. Le Groupe Palmar fait 65 % de basique et 35 % de produits sophistiqués”, dit-il.
Cela fait quelques années déjà que CMT s’est tournée vers les produits sophistiqués. Tropic Knits s’engage aussi dans cette voie. “Notre stratégie est d’évoluer vers le up market avec des clients qui payent mieux. Dans cette catégorie nous ne sommes pas en compétition sur les prix avec les producteurs à bas salaires”, explique François Eynaud. Le développement de produits est une stratégie qui donne des résultats et il est heureux du niveau de commandes.
Dans la conjoncture, une des rares personnes à ne pas s’inquiéter est Ali Parkar, directeur de Star Knitwear. Il soutient ne pas avoir enregistré de baisses de prix car l’appréciation de l’euro et de la livre sterling a aidé. Selon lui, la concurrence de l’Inde ou du Bangladesh a toujours été là et cela n’a pas empêché l’industrie de la confection de survivre. Mieux, il annonce une extension de la capacité de production de son entreprise qui ouvrira bientôt une nouvelle usine à Flacq, ce qui démontre qu’il y a des commandes, selon lui. Il est vrai que la dépréciation de la roupie par rapport aux principales devises apporte une bouffée d’oxygène. Mais elle ne compense pas entièrement la pression sur les prix qui est bien réelle.
L’industrie du textile-habilement est entrée dans une zone de fortes turbulences. N’en déplaise à certains, le pire n’est pas derrière nous.
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