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L?appétit féroce de France Télécom
France Télécom détient 40 % du capital social de Mauritius Telecom. Mais elle ne semble pas s?en contenter. Les man?uvres pour devenir le partenaire majoritaire d?une des entreprises les plus florissantes du pays se multiplient?
Avez-vous déjà essayé d?accéder à l?adresse www.wanadoo.mu ? Vous tomberez sur le site de Servihoo, le portail Internet de Telecom Plus, filiale Internet de Mauritius Telecom (MT). Jusqu?ici rien d?extraordinaire. Mais ce deuxième baptême revêt toute son importance car le nom du portail Internet de France Télécom (FT) est? Wanadoo !
L?opération est passée comme un mail sur Internet, il y a quelques mois déjà. Mais cela n?empêche pas Prem Nababsing, le président du conseil d?administration de MT, de penser que « Servihoo stands on its own et qu?il n?est pas nécessaire de passer par d?autres voies pour accéder à notre portail ».
D?autres changements pourraient même intervenir. Cellplus pourrait être rebaptisé Orange, nom que porte la filiale de téléphonie mobile de FT. Ce qui fait sursauter un cadre de Cellplus. « Il n?est pas question que Cellplus change de nom, sans que FT ne devienne l?actionnaire majoritaire au sein de MT. »
Prem Nababsing poursuit : « Je ne prévois aucun changement dans la structure de l?actionnariat de MT. Les actionnaires que je représente, l?État et le National Pensions Fund (NPS), n?ont à aucun moment montré une quelconque intention de vendre leurs parts. »
Le scénario semble à première vue peu probable. Mais dans les coulisses, FT s?active pour accroître ses parts.
Elle détient en effet 40 % du capital social de MT qu?elle avait acheté en 2001 pour Rs 7 milliards. Mais des émissaires auraient approché les directions de la NPS et de la State Bank, respectivement détenteurs de 6,55 % et 19 % des actions de MT, pour négocier un possible rachat de leurs parts.
Cette man?uvre a échoué. Toutefois, le shareholders agreement de MT l?aurait protégé. Il garantit le contrôle de l?État sur MT, même si ce dernier ne détient que 30 % des parts. Il est le deuxième propriétaire de MT à ce jour avec 34,45 % des actions. « Je suis l?accord à la lettre. Avec 30 % des actions, nous serons toujours en mesure de nommer cinq des neuf directeurs de MT », confirme Nababsing.
Mais l?appétit de FT est féroce. Ayant échoué sur le terrain de l?actionnariat, l?entreprise française a voulu prendre le contrôle de MT à travers le contrat de gestion du groupe. Les arguments mis en avant : un savoir-faire administratif et technique, ainsi que son assise économique et son rayonnement international. Mais une fois de plus, l?hôtel du gouvernement a fait de la résistance.
Cette agressivité est toutefois relativement récente. Elle daterait du départ de Megh Pillay du poste de Chief Executive (CE) de MT, à la fin de l?année dernière. On s?interroge désormais sur la capacité du Chief Executive actuel et du conseil d?administration de MT de résister aux pressions qu?exerceraient les cadres que FT a nommés aux postes stratégiques du groupe.
Un « alter ego » désigné par FT
En effet, John Leung Yinko, le Chief Executive de MT et les directeurs de Telecom Plus et de Cellplus ont tous un alter ego désigné par FT. Cette situation a généré quelques conflits sous la direction de Megh Pillay. Mais la dérive semble s?être accentuée avec l?arrivée de John Leung Yinko, après le départ de Megh Pillay l?an dernier.
« Megh Pillay n?était pas du genre à céder. Il imposait ses idées et ne permettait pas au partenaire français d?imposer les siennes sans les étudier », explique un ancien haut cadre de Mauritius Telecom. Un des cadres français de MT confirme cette perception. « Pillay était un tribun, il avait un réseau important au sein de la boîte », explique-t-il.
Et le gouvernement dans tout cela ?
« À l?époque de Megh Pillay, il aurait été impensable de voir des représentants français parlementer directement à l?Hôtel du gouvernement », explique un professionnel des technologies de l?information et de la communication (TIC).
Les dossiers relatifs à la présence de FT à Maurice progressent grâce à l?intervention de ses représentants auprès des plus hautes personnalités politiques. Mais aussi à travers une voie diplomatique plus directe et expéditive? d?État à État. Sans grand succès jusqu?ici? heureusement !
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