Publicité

Sexe et drogue

25 juin 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Les plus conservateurs crieront à l?effritement des valeurs. Ceux qui pratiquent le culte du jeunisme le mettront au compte d?une société incapable de prendre en charge sa jeunesse. Les plus modérés évoqueront des causes comme la négligence parentale, la promiscuité, voire les travers d?une société de consommation qui met un prix sur tout. Cela dit, il est un fait que la partie de l?étude de la Natresa, consacrée aux jeunes et à la sexualité, livre des conclusions qui ont le mérite de nous sortir de l?abstraction pour entrer dans une réalité chiffrée. Et les chiffres sont alarmants surtout quand il est question de sexe non protégé et de drogue chez les jeunes. Il ne s?agit pas aujourd?hui de trouver des boucs émissaires mais de relever les dysfonctionnements d?une société qui ne sait pas encadrer sa jeunesse.

Il y a des constantes qui ne changeront pas. Ainsi, la jeunesse succombe souvent au principe qu?est «expérimenter». C?est d?ailleurs l?une de ses caractéristiques. Il serait trop facile aux adultes de faire la morale. Il est trop commode aux jeunes de tout mettre au compte des crises de puberté ou d?adolescence. Il n?empêche que ni l?un ni l?autre ne peut légitimement être blâmé pour ces expériences qui dérivent vers des extrêmes.

La cellule familiale a connu ses métamorphoses. L?école a ses limites. La société de consommation est source de tentations multiples. C?est vers ces trois pôles que la réflexion pourrait s?orienter à un moment où il importe de sortir des discours galvaudés. La pédagogie des faits enseigne désormais à être rationnel dans la façon d?aborder les enjeux liés à la jeunesse.

Il serait ainsi temps de se poser des questions sur l?impersonnalité qui accompagne les jeunes dans leur rapport à la société. Leur engagement est jugé velléitaire. Leur rapport à l?école est ou trop académique ou désabusé. Leur appréciation du rôle des institutions, trop primaire et celle de la famille relèverait davantage du cliché.

Préoccupée par son avenir professionnel et embarquée dans un présent qui rimerait avec la recherche du plaisir facile et monnayable, la jeunesse mauricienne devient la figure symptomatique d?une société où les sens semblent prédominer sur l?essence. Cela pourrait s?apparenter à une lecture moralisante mais il est impératif aujourd?hui de réaliser qu?il y a un prêt-à-porter sexuel et une panoplie de dérivés hédoniques qui imposent « nolens volens » à revoir cette incurable incapacité de la société mauricienne à se débarrasser des inhibitions qui poussent sa jeunesse à des écarts divers.

Il n?y a pas de ce fait un discours cohérent sur la sexualité. Les principaux protagonistes pourraient ainsi se renvoyer la balle. Des parents qui essaient de former, des enseignants qui tentent d?informer les travailleurs sociaux qui s?évertuent à accompagner, il y a une pluralité d?approches qui finalement voient le jeune pris au piège des pires confusions. Ces tentatives d?encadrement se font, d?autre part, dans la plus grande pruderie.

Or, qu?est-ce qui interpelle les jeunes? Ce ne sont pas tant les discours moralisateurs ou les campagnes de sensibilisation bon enfant que les témoignages d?autres jeunes qui sont victimes des interdits. Que ce soit pour la sexualité ou la toxicomanie, il existe une réelle volonté de protéger les jeunes mais cela se fait en érigeant des tabous qu?ils finissent par vouloir transgresser.

Ce sont ces inadéquations qu?il s?agit aujourd?hui de transcender. Ce ne sera pas un risque de prendre le pari de la maturité de sa jeunesse. Le risque est plus grand ailleurs surtout lorsqu?on maintient le jeune dans l?ignorance à travers une pédagogie inhibitive et la tartufferie d?une morale bien-pensante.

Le rapport des jeunes au sexe et à la drogue témoigne enfin de l?hypocrisie généralisée d?une société pour laquelle les blessures qui se soignent en tapinois servent à consolider quelques sacro-saints interdits Ce sont autant d?inviolables tabous auxquels succombe une jeunesse de plus en plus en mal de repères.

Publicité