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Le Sénat vote l?AGOA III sans dérogation
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Le Sénat vote l?AGOA III sans dérogation
Le Sénat américain a voté hier l?AGOA III. Malheureusement, comme on le craignait, Maurice n?a pas obtenu de dérogation pour pouvoir importer du tissu de pays tiers et bénéficier quand même d?un accès hors taxe au marché américain.
Il reste toutefois un mince espoir. L?administration américaine étudie la possibilité d?attacher la dérogation spéciale demandée par Maurice à d?autres projets de loi commerciaux qui devront être votés bientôt.
« Lorsque je vois comment l?AGOA III qui était déjà mort a été ressuscité, je garde un espoir raisonnable que nous arriverons à obtenir cette dérogation », déclare Peter Craig, commissaire commercial de Maurice à Washington.
La version de l?AGOA III votée par le Sénat jeudi est exactement la même que celle adoptée par la Chambre des représentants deux semaines plus tôt. Elle sera donc transmise directement à la Maison -Blanche pour être signée par le président Georges Bush. Nul besoin de passer par une conference committee des deux chambres du Congrès.
Le texte voté prévoit le prolongement de l?Africa Growth and Opportunity Act jusqu?à 2015 alors qu?initialement il devait expirer en 2008. L?AGOA III prévoit aussi l?extension de la dérogation concernant le third country fabric jusqu?à 2007 pour les pays les moins avancés (PMA). Cette dérogation devait expirer en septembre.
« SOULAGE ET DEÇU »
Son renouvellement est donc un énorme soulagement pour les pays africains de la région car sans cela leur industrie textile risquait de disparaître provoquant plusieurs dizaines de milliers de pertes d?emploi. « Je suis soulagé et déçu. C?est une bonne nouvelle pour l?Afrique mais Maurice doit continuer à se battre. La bataille n?est pas perdue cependant », déclare Jayen Cuttaree, ministre des Affaires étrangères et du Commerce international.
Il indique que l?United States Trade Representative, Robert Zoellick, tentera de faire accrocher la demande de dérogation de Maurice à d?autres projets de loi qui seront bientôt au Congrès. Parmi eux, figurent des projets de création de libre-échange avec l?Australie, Singapour et les Caraïbes, notamment.
Cette possibilité serait liée à une demande de Maurice pour que l?Organisation mondiale du commerce (OMC) se réunisse pour examiner les conséquences du démantèlement de l?accord multifibre en janvier et de l?émergence de la Chine qui fait peur même aux Etats-Unis.
Lors de l?examen de l?AGOA III par le Sénat jeudi, il n?a pas été possible de pousser la demande de dérogation de Maurice comme un amendement. Les sénateurs ont bien fait comprendre que, si Maurice essaye de faire passer un amendement, d?autres sénateurs essaieront de faire passer leurs amendements.
L?un voulait que le Népal obtienne certaines préférences et un autre souhaitait que Haïti obtienne la dérogation sous le third country fabric. Si Maurice avait insisté, l?AGOA III aurait été noyé.
En attendant une éventuelle initiative de Zoellick, le fait que Maurice n?ait pas obtenu de dérogation pour l?importation de matières premières de pays tiers a des implications.
La première conséquence à craindre serait que cela accélère le départ des entreprises hong-kongaises de textile. Ces entreprises exportent essentiellement sur le marché américain et représentent 50 % des exportations textiles du pays vers les Etats-Unis. Elles comptaient sur la dérogation pour obtenir un avantage de 17 % sur les droits de douane qui leur aurait permis de prolonger leurs opérations à Maurice. Maintenant elles vont probablement s?en aller.
Le gouvernement a d?ailleurs intégré cette donne dans ses prévisions concernant l?industrie textile-habillement. Le nombre de pertes d?emplois sera supérieur aux calculs initiaux.
ABOLITION DES QUOTAS
Cela dit, le marché américain représente environ 25 % des exportations de textile du pays, l?Europe restant de loin notre principal marché. De plus, plus de 60 % des vêtements exportés sur le marché américain sont frappés de droits de douane. Ce qui prouve que l?industrie peut être compétitive même en payant des droits de douane.
Néanmoins, avec l?abolition des quotas en janvier 2005, Maurice sera confrontée à la concurrence des géants du textile comme la Chine et l?Inde qui étaient jusqu?ici limités par les quotas. C?est d?ailleurs pour cela que les autorités ont tout tenté pour obtenir une dérogation qui aurait donné à l?industrie un avantage de 17 % sur les prix.
Par ailleurs, l?extension de la dérogation aux PMA est de trois ans seulement et il n?y en aura pas d?autre. Cette période devrait être utilisée par Maurice pour consolider son industrie textile et construire d?autres filatures.
Quand la dérogation aura expiré, l?industrie de la confection africaine devra s?approvisionner de la région pour continuer à bénéficier d?un accès en hors taxes au marché américain.
« Ce n?est plus la vocation de Maurice de produire des vêtements bon marché en grande quantité. Avec un million d?habitants et un revenu de $ 4 000 par habitant, nous ne sommes plus dans cette ligue. Nous devons évoluer vers le haut de gamme et devenir des producteurs de matières premières », déclare Maurice Vigier de la Tour, dirigeant de la Mauritius US Business Association (MUSBA). Pour lui, que Maurice n?ait pas obtenu de dérogation « n?est pas la fin du monde ».
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