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Une spécificité à défendre
La rencontre ministérielle du G-90 à Maurice le mois prochain est en quelque sorte une acceptation formelle de cette nouvelle force par Genève. La réunion permettra aux pays membres d?évaluer la position du bloc dans le cadre des présentes négociations à l?Organisation mondiale du commerce (OMC), plus précisément par rapport au cycle de Doha.
Le G-90 a été formé lors de la conférence ministérielle de l?OMC à Cancun, au Mexique, en septembre de l?année dernière. Le bloc représente une alliance entre les pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique) et les pays les moins avancés (PMA). Ces pays estiment que leurs préoccupations et celles des autres grands pays émergents ne sont pas les mêmes. Leur fragilité devrait intéresser Genève au plus haut niveau. Pour cela, il fallait se faire entendre et prouver qu?ils existent. L?échec des négociations à Cancun était en quelque sorte une manifestation de cette existence.
Le G-90 s?était opposé avec force à l?attitude réfractaire des pays riches par rapport à une plus grande ouverture de leurs marchés aux produits agricoles des nations pauvres et en développement. Les pays ACP et les PMA avaient également manifesté leur résistance à l?ouverture des négociations sur les ?Singapore Issues? qui regroupent quatre grands axes de discussions : la facilitation au commerce, la politique sur la concurrence, la protection des investissements étrangers et la transparence dans les marchés publics. Le G-90 n?y trouvait pas une préoccupation majeure, contrairement aux attentes des pays industrialisés.
Mais qu?est-ce qui a donc changé depuis Cancun ? D?abord, Genève et les autres membres de l?OMC sont plus attentifs à nos aspirations. En Europe, surtout, il y a un changement d?attitude plus palpable. La récente déclaration de Pascal Lamy, le commissaire européen au commerce international, de ne pas exiger des économies vulnérables la réciprocité en termes de réduction tarifaire va dans ce sens. Les pays en développement ne peuvent se permettre, pour l?heure, une baisse trop conséquente de recettes douanières, l?une de leurs principales sources de revenus, pour financer le budget public. Par ailleurs, les industries locales devront pouvoir compter sur certaines dérogations aux règles du commerce international afin de préserver les emplois, mais aussi pour s?habituer davantage à la compétition internationale.
Il y a des progrès dans les négociations mais il y a aussi d?autres craintes. L?Europe et les Etats-Unis ont fait preuve de conservatisme pour protéger leurs fermiers de la libéralisation du commerce. Certains grands pays en développement risquent de se conforter dans une telle attitude. Cela risque fort de fragiliser la demande du G-90 pour plus d?ouverture, à l?instar de l?Inde, qui est déterminée à protéger les intérêts de ses agriculteurs.
Les fermiers indiens ont pu démontrer le poids électoral qu?ils constituent lors des récentes législatives en causant la déroute de l?ancien régime nationaliste. Les négociations indiennes à l?OMC seront désormais principalement centrées autour des attentes des fermiers, selon le ministère du Commerce international.
L?amplification du protectionnisme agricole ne sert guère les intérêts des petits Etats comme le nôtre. Plus que jamais encore, le G-90 devra revendiquer leur spécificité. La rencontre prévue pour juillet sera une occasion en or de le démontrer et d?influencer la direction des pourparlers à Genève.
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