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Créatures de tout poil
Survoler un sujet permet une vue d?ensemble, mais l?atterrissage est essentiel pour apprécier ses détails. Aussi après avoir plané au-dessus des moeurs animales allons-nous maintenant descendre jusqu?aux espèces.
Certaines créatures, les plus huppées, sont couvertes de poils ou de plumes. D?autres se cachent sous une enveloppe calcaire comme ces coquillages et crustacés de la chanson plutôt terne de BB. La chanteuse appartient à un groupe supérieur, le nôtre, et ne laisse pas de doute sur les traits qui nous placent au sommet de la pyramide animale. Un de ces aspects nous vaut l?étiquette de mammifères ou possesseurs de mamelles.
Les débuts de notre émergence ont été modestes. Au temps où les dinosaures régnaient il y a 200 millions d?années, certains reptiles étaient aiguillés par la nature vers un niveau supérieur. Le sort ne les favorisait pas toujours. Des hauts et des bas firent fluctuer leurs nombres et flotter leur silhouette. Mais ces précurseurs de nos aïeux finirent par prendre forme. Ils acquirent des lignes guère distinguées puisqu?elles avaient plus ou moins celles de musaraignes, dites chez nous léra miské.
Les convulsions de la planète en ces temps, comme les volcans et l?assèchement des marais où s?ébattaient les dinosaures, donnèrent un avantage aux précurseurs de mammifères mais nous n?allons pas fouiller jusqu?à ces souches lointaines. D?ailleurs les gens qui sentent le besoin de racines pour rester stables ne sont-ils pas quelquefois des faibles ne sachant pas trop comment se soutenir ?
Disons quand même que le chemin assez tortueux de l?Evolution conduisit à des corps conservant une température stable. Ils se dotèrent aussi d?une couverture de poils. La progéniture était nourrie de lait mais provenait d?oeufs pondus par la mère. Un souvenir de ce temps persiste en Australie et sa découverte au XVIIIe siècle suscita l?incrédulité.
A cette époque, comme on dit dans les bonnes histoires, des marins au retour de leurs voyages rapportaient parfois des dépouilles de drôles de bêtes acquises sous des cieux lointains. Certaines, comme les sirènes, n?étaient que des artifices. D?habiles taxidermistes avaient cousu des peaux de singes à des queues de poissons. Les naturalistes s?en gaussaient. Aussi à la fin du XVIIIe un envoi étrange du gouverneur de la Nouvelle Galles du Sud reçut-il accueil assez froid. L?animal, placé dans un baril de saumure, était vraiment extraordinaire. Un bec de canard attaché à un corps de loutre couvert de poils, terminé par une queue de castor ! Il y avait vraiment de quoi crier à la supercherie et les naturalistes essayèrent de la démontrer. L?échantillon se trouve encore dans les collections du British Museum et porte des traces d?outils utilisés pour confondre l?expéditeur. Mais il fallut enfin admettre qu?il s?agissait vraiment là d?un mammifère révolutionnaire. L?animal fut d?abord appelé Paradoxus et l?on comprend bien pourquoi. Il se nomme aujourd?hui Ornithorhynchus anatinus. Le premier mot allie oiseau à bec et le second rappelle canard. Mais le plus stupéfiant restait à venir. Ce mammifère fut observé par un zoologiste sur le terrain et, horreur suprême, pondait des oeufs ! On voyait là un comportement aussi incongru que le mariage de la carpe et du lapin.
Marsupiaux et placentaires
Cette créature n?est pas la seule curiosité du continent australien. Là en effet se plaisent d?autres mammifères dont les petits naissent tout à fait immatures. Ils rampent vers une poche maternelle riche de pis qui leur force du lait dans la bouche jusqu?à un stade de développement où ils peuvent aller gambader hors du refuge pour y revenir en cas de danger. Ces marsupiaux, mot signifiant bourse, ne sont pas uniques à l?Australie et les îles avoisinantes mais vivent aussi en Amérique du Sud. Une espèce se plaît même en Amérique du Nord.
Le comment de la distribution est expliqué par les mouvements de la croûte terrestre. Il y a quelque 100 millions d?années un lointain ancêtre donna deux groupes de descendants. L?un se mua en marsupiaux l?autre en cousins gardant plus longtemps les petits dans le ventre : les placentaires. Les marsupiaux vivaient en Amérique du Nord et, il y a 80 millions d?années, atteignirent la partie sud du continent. Cette région se sépara du Nord vers cette époque, avant l?arrivée d?une forte invasion des placentaires qui, au Nord, se développaient déjà. L?Amérique du Sud était reliée à l?Antarctique et à l?Australie. Tout naturellement sa faune s?étendit à ces terres. La nature sépara ensuite l?Amérique des deux autres terres il y a une quinzaine de millions d?années. L?Australie était alors devenue riche en marsupiaux.
Plus tard les placentaires envahirent le sud de l?Amérique qui avait entre-temps regagné son ancrage précédent. C?est donc pourquoi on en trouve aujourd?hui en compagnie de marsupiaux comme l?opossum. Parmi les animaux les plus connus de l?Australie figurent le kangourou et le koala des forêts d?eucalyptus. Il a servi de modèle pour certains petits ?ours? en peluche chéris des gamins.
?Un bec de canard attaché à un corps de loutre couvert de poils, terminé par une queue de castor ! Il y avait vraiment de quoi crier à la supercherie et les naturalistes essayèrent de la démontrer.?
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