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Ashok Gour fait parler le marbre

23 mai 2004, 20:00

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?De la dureté de la pierre, je tire la douceur de la fleur.? Impossible de rester de marbre devant tant de conviction. Assis dans l?un des bureaux administratifs de l?école des Beaux-Arts, Ashok Gour étale les merveilles de son portfolio. Trois clichés collés sur un rectangle de papier bristol retiennent notre oeil. De face et de profil : un bouton sur le point de s?ouvrir au monde. Une floraison imminente figée dans du marbre rose.

La saison mauricienne de l?Indien Ashok Gour a débuté le 19 avril dernier. Une mission à plusieurs volets. La plus palpable : refaire l?effigie du mahatma Gandhi, qui se tient, assise, à l?entrée de l?institut de Moka.

Une statue de trois pieds et demi de haut, rongée par les intempéries. Innovation : la commande du MGI exige du sculpteur de couler la nouvelle effigie de l?apôtre de la non-violence dans du bronze.

Son séjour se prolongera jusqu?au 15 juillet. Le temps pour lui d?installer la fonderie de bronze de l?école des Beaux-Arts et de dispenser des cours aux étudiants de la faculté. ?J?ai pu constater qu?ils ne sont pas suffisamment exposés à divers courants artistiques.?

Changeant avec diplomatie de sujet, Ashok Gour livre des bribes de son parcours. Professeur à l?université du Rajasthan, il démissionne en 1995 après six ans de service. ?Je n?arrivais plus à conjuguer les contraintes académiques et mes pulsions d?artiste.? Sans regrets, le natif de Jaipur ouvre sa propre galerie. Captif malgré tout des impératifs économiques ? nourrir femme et enfants et rentabiliser la boutique ? Ashok Gour se soumet de bonne grâce à la demande du public. S?il n?éprouve que peu de satisfaction à ?reproduire la nature?, le sculpteur passe dix à douze jours à réaliser des ?objets identifiables?, dans des blocs de trois à quatre pieds de haut.

Quand les chiens deviennent tabourets

?Je pratique la sculpture fonctionnelle.? Les chiens taillés dans le marbre peuvent par exemple servir de tabouret au moment d?ôter ses chaussures avant d?entrer dans une maison. Le dos incurvé du lion fait une jolie glissade pour les touts petits.

?Mon point de départ, c?est la couleur.? Ton dominant : le noir. Une sobriété qui habille plusieurs séries, notamment celles consacrées aux animaux, à l?humeur, aux bustes de femme. ?L?animal que je préfère, c?est le rhinocéros.? Une bête relativement mal aimée qui, dans l?imaginaire d?Ashok Gour, montre d?étonnantes dispositions à être zen. ?Il court rarement, il est végétarien. Il ne tue pas et n?a peur de rien. Sa carapace le rend pratiquement invulnérable.? Miroir des aspirations du sculpteur ?

?Oui. C?est comme cela que je me vois.? Un idéal que l?artiste de la Grande Péninsule n?a pas manqué de traduire dans la pierre. Là où Ashok Gour affirme véritablement son individualité de créateur, c?est quand il accorde le grain de la matière à ?notre espace intérieur?. Reproduire la nature en insufflant dans le marbre des degrés divers d?imagination l?inspire moyennement.

Il préfère mettre ciseau et ponceuse à l?écoute de la ?conscience?, le ?moi profond?. Des concepts que le sculpteur a formulé au détour de formes circulaires et lisses au dehors, dentelées et torturées en dedans.

?La difficulté décuple la satisfaction que j?éprouve à faire de la sculpture.? Justement, les choix, les pressions de la famille, du travail, de la société alimentent la série ?abstraite? et la plus lourde de sens d?Ashok Gour.

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