Publicité

Dayal : la police passe à l?action

23 mai 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

La semaine s?annonce très chaude pour Raj Dayal. Son interrogatoire n?est qu?une question d?heures. La police devrait passer à l?action aujourd?hui. Satish Nundlall et feu Parvez Damree : deux noms à la base de la mise en cause de l?ex-commissaire de police (CP).

Commentant l??Affaire Deelchand? hier, le Premier ministre, Paul Bérenger, a affirmé qu?il prévoit d?importants développements cette semaine. C?était lors de la célébration des dix ans du Mouvement socioculturel créol au Centre de conférences international de Grand-Baie, Paul Bérenger a également maintenu qu?il n?y aura ?aucune ingérence politique? dans cette affaire.

Il a réfuté les allégations de Me Rama Valayden, l?un des avocats de Chetty qui a déclaré que vendredi, l?arrestation de Dayal a été empêchée par une ingérence politique.

?Le commissaire de police m?a donné l?assurance que lundi (aujourd?hui) la police passera à l?action?, a ajouté Paul Bérenger.

Depuis jeudi la police travaillait sur un chef d?accusation à être logé contre l?ex-commissaire de police, pour lequel il n?allait pas pouvoir être libéré sous caution. Mais finalement la police aurait opté pour une charge lui permettant d?obtenir une caution.

Les limiers de l?Anti-Drug & Smuggling Unit (Adsu) veulent avoir la version des faits de Raj Dayal sur les allégations de Chetty, l?ex-chauffeur du notaire Vinay Deelchand, à son encontre. Elles portent sur un complot qui aurait été ourdi en sa présence dans l?enceinte de la Special Mobile Force (SMF) à Vacoas en octobre 1994. A en croire Antoine Chetty, ce complot visait à incriminer l?homme d?affaires Satish Nundlall dans un trafic de drogue.

Ancien propriétaire d?autobus individuels, Satish Nundlal se joint à Moonsamy Mooraghen pour former, au début de 1994, Best Land Co. Ltd, une compagnie engagée dans le développement foncier.

Mais les relations professionnelles entre les deux hommes d?affaires ne tardent pas à se gâter : Satish Nundlall est mécontent des activités douteuses de Moonsamy Mooraghen dans les transactions foncières.

Résultat : Moonsamy Mooraghen initie des démarches auprès du notaire Vinay Deelchand pour se débarrasser d?un partenaire devenu trop gênant. La maison de Satish Nundlall, à Quatre-Bornes, est perquisitionnée à trois reprises par l?Adsu en octobre 1994. Mais les équipes de la brigade anti- drogue rentrent bredouilles de ces opérations. Or, Moonsamy Mooraghen n?est pas homme à lâcher prise.

Coup monté

Après un appel téléphonique anonyme, toujours en octobre 2004, une équipe de l?Adsu arrête Siven Benniah, à Belle-Rose, pour possession d?une dose d?héroïne. Récidiviste au casier judiciaire chargé, Siven Benniah balance le nom de Satish Nundlall comme son fournisseur.

Satish Nundlall nie les allégations portées contre lui par le récidiviste. Clamant son innocence il finit par convaincre les enquêteurs qu?il s?agit d?un coup monté contre lui. Après trois jours passés en cellule policière au poste de Sodnac, Satish Nundlall est libéré sans qu?aucune charge ne soit retenue contre lui. Siven Benniah est condamné à la prison pour possession d?héroïne.

Ce n?est qu?en mars 2004, après l?arrestation d?Antoine Chetty, que les enquêteurs comprennent ce qui s?est passé dix ans plus tôt : il a révélé qu?un complot avait été ourdi par Moonsamy Mooraghen et le notaire Deelchand, en présence de Raj Dayal, pour incriminer Satish Nundlall dans un trafic de drogue.

A la mi-mai, suite aux dénonciations d?Antoine Chetty, Siven Benniah est arrêté sous une accusation provisoire de complot pour placer de la drogue chez Satish Nundlall. Il est libéré après avoir fourni une caution de Rs 3 000 et une reconnaissance de dettes de Rs 47 000.

C?est Moonsamy Mooraghen qui avait fourni à Siven Benniah la dose d?héroïne trouvée sur lui au moment de son arrestation. Une charge de complot avec Siven Benniah pour cacher de la drogue chez Satish Nundlall sera logée contre Mooraghen aujourd?hui.

Deelchand a soutenu qu?il n?a rencontré Raj Dayal qu?une seule fois. Cette rencontre s?est déroulée au bureau de l?ex-commissaire de police, aux Casernes centrales.

Argent contre silence

En sus des allégations autour de ce complot, les limiers de l?Adsu souhaitent aussi interroger l?ex-commissaire de police au sujet de certains aspects de l?enquête policière sur la mort de Parvez Damree en juillet 1995, route Nicolay à Port-Louis. L?autopsie avait attribué la mort de cet ex-toxicomane à une overdose. Mais Antoine Chetty a allégué qu?il s?agit d?un meurtre par l?injection d?une forte dosede drogue. Parvez Damree avait été arrêté pour possession de drogue et condamné à six mois de prison. Il avait avoué que Deelchand était son fournisseur de drogue.

Selon Antoine Chetty, Deelchand avait offert une somme de Rs 75 000 à Parvez Damree, alors incarcéré, pour qu?il retire ses allégations contre lui. Mais le toxicomane avait refusé et avait demandé Rs 200 000. Deelchand, toujours selon Antoine Chetty, avait insisté pour payer seulement Rs 75 000. Parvez Damree eut à se plier aux exigences de Deelchand car ce dernier avait menacé de le faire tuer en prison.

Dans sa déposition hier à Pierre Murugan, Assistant surintendant de police (ACP) de l?Adsu, le notaire, en présence de son avocat, Me Siddhartha Hawoldar, a nié les allégations portées contre lui.

Il a été conduit à l?hôpital Jeetoo samedi pour être examiné par un cardiologue avant d?être reconduit au centre de détention d?Alcatraz, aux Casernes centrales.

Par ailleurs, Raj Dayal doit comparaître en cour mercredi pour une autre affaire. Il doit répondre à trois chefs d?accusation ayant trait à de faux témoignages devant la commission d?enquête Sik Yuen. Instituée en novembre 1997, cette commission avait enquêté sur les contrats accordés par la police. Elle a soumis son rapport en avril 1999.

A la suite de ses conclusions une enquête policière a été ouverte. Le rapport a été soumis au Directeur des poursuites publiques, qui a recommandé en août 2000 des poursuites contre l?ex-commissaire de police. L?affaire a été logée en septembre de cette même année. Depuis cette date, elle suit son cours.

TRAFIC DE DROGUE

Ally Lazer vise la ?marraine? de Flic-en-Flac

Une femme, qu?Ally Lazer, président des associations de travailleurs sociaux, qualifie de ?marraine? de Flic- en-Flac devrait être en ligne de mire bientôt. Avec l?aide d?un officier de police et d?un journaliste, il constitue un dossier sur cette personne qui, affirme-t-il, serait ?une trafiquante qui bénéficie de la protection de hautes personnalités?. Le journaliste, qui aurait reçu des menaces concernant aussi ses proches, a consigné une déposition à la police.

Antoine Chetty compte dans les prochains jours, et à travers une déposition, évoquer la connivence entre Deelchand et la ?marraine? de Flic-en- Flac. Ally Lazer a apporté, samedi, des éclaircissements sur une liste contenant 225 noms qu?il aurait remise le 2 septembre 1996 à Paul Bérenger qui assumait la suppléance aux fonctions de Premier ministre .

Ally Lazer s?est dit indigné que Paul Bérenger semble ne pas se souvenir de cette rencontre. Il se rappelle même, a-t-il aussi ajouté, que Paul Bérenger s?était attardé sur le nom d?un politicien classé 17e sur la liste. ?Linn vinn rouge ler li ti finn ariv lor sa nom la.?

Ally Lazer a annoncé qu?il est en discussion avec des hommes de loi, pour rendre la liste publique. Il compte mener une campagne contre Paul Bérenger dans le cadre des prochaines élections générales. ?Je veux que la vérité éclate face aux propos de Bérenger qui me traite de bavard et qui dit que je lui fais perdre son temps au Parlement.? Après avoir remis cette liste à Paul Bérenger en 1996, il a dit avoir remis la même à Raj Dayal, alors commissaire de police (CP), et à l?ancien président de la République, Cassam Uteem.

Outre un politicien, au 17e rang, figuraient aussi sur cette liste les noms du notaire Vinay Deelchand, de Dev Hurnam, du sergent de police, Anil Gooransingh, d?un magistrat et de députés, a affirmé Ally Lazer.

En voyant le nom du notaire Deelchand, Raj Dayal, selon lui, aurait dit que ?c?est un citoyen honnête?. Ally Lazer a également allégué qu?il avait voulu, un vendredi, rencontrer le CP Dayal pour l?informer qu?une cargaison de drogue allait arriver le même soir.

Mais ce dernier lui avait fait comprendre que la rencontre n?était pas possible car il recevait une délégation. Cette délégation culturelle, selon Ally Lazer, était menée par une personne dont le nom figurait sur la liste.

Les charges s?allongent

La semaine sera aussi mouvementée pour le notaire Deelchand. Comme Moonsamy Mooraghen, il doit comparaître en cour de Port Louis ce matin pour répondre à une charge de complot dans l?affaire de drogue placée chez Satish Nundlall.L?autre charge contre Deelchand est la tentative de meurtre de Lalldev Gajadhur à Quatre Bornes, en 1998, pour une affaire de terrain. Mario Vithilingum et Cyril César avaient reçu des instructions pour commettre cette agression.

Demain mardi, le notaire devra comparaître en cour de Curepipe pour connaître le ruling de la magistrate Asha Ramano sur la motion de sa remise en liberté sous caution suite à la charge de trafic de drogue dans laquelle il a été incriminé par Chetty. La motion a été débattue il y a deux semaines devant ce tribunal. Même si la magistrate prononçait un ruling en sa faveur, Deelchand ne sera pas remis en liberté en raison de la longue liste de chefs d?accusation contre lui, assassinats, crime d?incendie et complots dans des affaires de drogue.

Mercredi, le notaire et ses acolytes Sandip Appadoo, Mahendra Chooneea, Dharmanaden Sambon et Moonsamy Mooraghen, devront comparaître pour des délits criminels déjà logés contre eux concernant le crime d?incendie chez Anwar Toorabally, et l?agression de Philippe Calou et de Fezal Buglah, entre autres.

Dev Hurnam, l?autre suspect de l??Affaire Deelchand?, comparaîtra également en cour mercredi, devant le Bail and Remand Court pour savoir s?il sera libéré sous caution. Il est accusé d?avoir donné des instructions pour assassiner le Senior Puisne Judge Bernard Sik Yuen et deux policiers. Arrêté le 16 avril, il a nié en bloc les accusations portées contre lui.

Publicité