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Des tripartites

15 mai 2004, 20:00

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La satisfaction exprimée par les syndicats à la sortie des négociations tripartites pourrait griser le vice-Premier ministre et ministre des Finances qui a, de surcroît, évité de se mettre à dos le patronat lors de cet exercice. Certes, comme pour les années précédentes, on a enregistré une certaine frustration chez les deux partenaires du gouvernement. Mais Pravind Jugnauth peut se prévaloir d?avoir recherché et obtenu le consensus. Le fait de nous avoir épargné le douloureux spectacle de chiffonniers se chamaillant sur le quantum de la compensation salariale est à mettre au crédit des négociateurs des trois parties. Toutefois, ce n?est pas tant à cette question précise qu'on s?arrêtera.

On se souviendra, au cours des précédents exercices, combien il a été question d?une révision du mode de consultation triangulaire. Suffirait-il aujourd?hui que le ministre de tutelle donne l?impression d?être conciliant pour que les appréhensions s?apaisent ? Certes, ce dispositif de négociation a sa raison d?être.

Il permet en effet de contenir, voire de réduire, des inégalités et de procéder à des réajustements. Mais c?est la nature du dialogue entre l?État, le secteur privé et les syndicats qui interpelle.

On est à un peu plus d?un an des élections législatives. Dans une telle conjoncture, il faut s?attendre à ce que le gouvernement lâche du lest. Lorsqu?on évoque les rapports entre les partenaires des tripartites, il s?agit d?enjeux aussi importants que la compensation salariale. On a pu voir ces dernières années comment ces derniers se sont tirés dans les pattes pour des questions de gestion et d?orientation économiques. Alors qu?on s?interroge toujours sur la faible productivité d?un secteur public très bureaucratique, d?une administration centrale rétive à toute réforme, d?entreprises privées se signalant par un déficit du sens d?initiative, des syndicats dont l?anachronisme est criant. Autant d?enjeux qui brident une stratégie de développement réfléchie. Or l?horloge d?une bombe à retardement est toujours en route lorsqu?on occulte des enjeux aussi vitaux.

Pour relativiser les demandes de l?opposition pour des élections générales, le gouvernement ne cesse de nous rappeler qu?il a encore plus d?un an avant de se soumettre au verdict populaire. La question se pose désormais de savoir à quoi sera consacrée cette période ? Le goudronnage des routes est déjà soumis à un régime généralisé. Il ne faut pas s?étonner qu?on cède un peu aux revendications des syndicats, ou qu?on contraigne le secteur privé à quelques concessions. C?est lorsqu?on reviendra à la normale qu?il faudra voir si les agents des tripartites sont de réels partenaires. À ce jour, il y a tout lieu d?en douter.

Gouvernement, secteur privé et syndicats parviennent difficilement à convaincre que leurs actions et discours tendent dans la même direction. Le contraire aurait étonné. Mais aujourd?hui, il importe davantage de connaître le type de libéralisation que nous souhaitons. Il faut aussi savoir si nous voulons que, sous le dais de l?égalité sociale, s?incruste une politique d?interventionnisme qui emprunte aux bonnes vieilles méthodes de l?économie administrée. Ici on ne négocie plus les salaires, mais on interroge des principes généraux.

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