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« Un vote sur l?Agoa au Sénat, dans l?immédiat, serait un miracle »
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« Un vote sur l?Agoa au Sénat, dans l?immédiat, serait un miracle »
<B>Maurice veut bénéficier d?une dérogation pour profiter des quotas américains, tout en utilisant des matières premières en provenance des pays tiers (3rd Country fabric). Notre pays n?avait pas réclamé cet avantage avant. Pourquoi ce revirement de situation ? </B>
La décision n?a pas été simple à prendre. Beaucoup de nos entrepreneurs investissaient dans les filatures. Le fait de bénéficier de cette dérogation, pendant deux ans à ce moment-là, aurait pu freiner l?investissement dans le textile. En janvier 2003 nous étions sereins sur la question. Ce sont les pays du continent africain, inclus tardivement sur la liste des bénéficiaires de l?Agoa, qui ont mis la pression pour en bénéficier et faire maintenir cette dérogation. Ils n?avaient pas pu le faire avant. Mais depuis, les exportations de la Chine n?ont pas cessé de croître depuis l?entrée de ce pays dans l?Organisation mondiale du commerce en 2001. Alors que les quotas étaient abolis, la Chine asseyait son emprise sur le textile.
<B>De quand date cette nouvelle prise de position de Maurice ? </B>
ça a commencé à partir de janvier 2003, quand on a réalisé que l?Accord multifibre allait bien être démantelé le 31 décembre 2004, et qu?il n?y avait aucune possibilité de repousser la date butoir. Donc, jusqu?à ce que nos filatures se mettent en place, la solution est de soutenir l?industrie pendant deux ans. La dérogation permettrait, pendant ce laps de temps, aux entreprises de bénéficier des facilités d?importation de matière première hors de la zone Afrique et États-Unis, et de continuer à exporter notre production hors taxes. Elle sera alors toujours compétitive par rapport à celle des Chinois, parce que la dérogation tarifaire est de 17 %.
<B>Le départ des grosses compagnies Hongkongaises à cause de l?absence d?une dérogation concernant le 3rd Country fabric ne vous inquiète pas ? </B>
Je suis en effet inquiet. Voilà pourquoi nous faisons de gros efforts diplomatiques. Il faut comprendre que les entreprises hongkongaises étaient venues à Maurice pour l?a main-d'?uvre peu onéreuse et pour les quotas américains. Aujourd?hui, cette main-d'?uvre est rare et coûteuse.
Si maintenant, l?accès préférentiel au marché américain disparaît, ces entreprises s?en iront ailleurs pour des raisons stratégiques. Mais il faut néanmoins analyser chaque délocalisation au cas par cas.
<B>Maurice n?a-t-elle pas déjà perdu la bataille pour obtenir cette dérogation ? </B>
Non. Maurice a reçu beaucoup de soutien parce que notre pays a toujours été très actif dans le lobbying pour l?adoption de l?Agoa. Le gouvernement d?avant septembre 2000 et le secteur privé avaient consenti à un effort particulier pour que la loi soit votée quand l?Agoa I est passé au Sénat. L?actuel gouvernement et le secteur privé ont fait de même avec l?Agoa II. La position et la contribution de Maurice sont reconnues.
<B>Si nous n?obtenons pas l?Agoa III, dans quelle direction le secteur textile devra-t-il se tourner ? </B>
Nous serons en faveur de l?intégration avec la création de filatures. Oublions les règles d?origines, si l?on veut gagner en compétitivité, l?industrie textile doit être intégrée. Sans une industrie verticalement intégrée, on ne pourra jamais survivre. Nous ne voulons pas faire de la production de masse. Il faut se spécialiser dans des Designer clothes qui sont dans l?air du temps. Nous devons aussi avoir des filatures pour produire les matières qui sont les plus demandées. Tous ces éléments peuvent être des atouts.
<B>Mais les nouveaux projets de filatures sont rares et l?intégration verticale semble bloquée?</B>
Personne ne savait ce qui allait se passer avec l?Agoa. Puis, il y a eu la montée en puissance de la Chine, l?arrivée sur le marché du Pakistan, de l?Inde, du Vietnam et du Bangladesh, qui seront peut-être les gros players du textile. Tout cela a eu l?effet d?une douche froide sur cette industrie dans le monde. La bataille du textile se livre aussi au niveau de l?OMC. Si l?on parvient à conserver une marge de préférence au niveau des tarifs, alors des pays comme Maurice, qui ont déjà un accès préférentiel à certains marchés auront un avantage et seront plus compétitifs.
<B>Il règne une grande incertitude sur le vote de l?Agoa III. Quelles sont les chances que ce projet de loi soit adopté par le Congrès américain ? </B>
À ce stade, personne n?a de réponse. Dans la législation américaine, il y a d?abord le vote de la Chambre des représentants. Le projet de loi est passé par le Ways and Means Committee qui l?a approu-vé. Maintenant, on va vers le vote à la Chambre des représentants. Ensuite, la loi sera présentée au Sénat pour être votée. Toutefois, l?Agoa III n?est même pas inscrit à l?ordre du jour du Sénat pour l?instant. Il faut encore trente jours pour que ce soit fait. Souvent, quand un projet de loi arrive au Sénat, des sénateurs qui s?intéressent à des sujets particuliers y ajoutent des amendements. Pour l?Agoa cela pourrait prendre la forme de conditions spécifiques accordées aux pays pauvres.
<B>Est-ce les seules raisons qui expliquent cette lenteur ? </B>
Le calendrier législatif américain est actuellement très chargé. Il faut également tenir compte des considérations politiques. Pour l?instant, les Américains n?ont pas l?Agoa à l?esprit. Ce sont les questions liées à l?Irak et aux élections présidentielles qui retiennent toute leur attention. Quand j?ai passé mon audition devant le Ways and Means Commitee, un membre du Congrès m?a demandé si l?AGOA III ne pouvait pas être voté un peu plus tard, avec un effet rétroactif.
<B>Est-ce raisonnable ? </B>
On ne peut pas faire du commerce rétroactif ! Si Maurice ne bénéficie pas de la dérogation permettant l?utilisation du 3rd country fabric, le prix moyen de nos produits augmentera de 17 %.
<B>La campagne présidentielle influence-t-elle les prises de position par rapport à l?Agoa ? </B>
Le commerce et les délocalisations figurent parmi les questions de la campagne pour l?élection présidentielle. John Kerry, le candidat démocrate, est en faveur d?une politique plus restrictive, pour protéger l?industrie américaine et préserver l?emploi. Le problème du textile est donc un sujet délicat. Dans des États comme la Floride, la Louisiane, ou la Caroline du Sud, la question du textile préoccupe les électeurs. Ils sont affectés par la compétition chinoise. Par ricochet, l?Afrique en subit les conséquences.
<B>Il semble que c?est au Sénat que les choses stagnent?</B>
Nous avons un soutien massif à la Chambre des représentants, mais l?opposition vient du Sénat. C?était le cas avec l?Agoa I et II car l?Agoa est un Trade Bill. Au Département d?État, on m?a dit qu?un Trade Bill sur le textile est toujours matière à controverse. Au Sénat, on m?a expliqué qu?il y avait d?autres sujets prioritaires. Un vote sur l?Agoa au Sénat dans l?immédiat serait un miracle. Dans les États, il y a aussi des sénateurs influents hostiles à l?Agoa.
<B>L?Agoa III sera-t-il présenté au Sénat ?</B>
Cela doit être fait dans les semaines à venir. Si on attend des semaines et que rien ne se passe, ce sera mauvais pour nous. Si l?Agoa III n?est pas voté maintenant, il faudra attendre la constitution du nouveau gouvernement américain après les élections. C?est le nouveau Congrès qui devra l?adopter. Alors, il faudra tout recommencer à zéro. Entre-temps certaines entreprises auront déjà déposé leurs bilans.
<I>« Si Maurice ne bénéficie pas de la dérogation, le prix moyen de nos produits augmentera de 17 % »
« Au Dépar-tement d?État, on m?a dit qu?un Trade Bill sur le textile est toujours matière à controverse »</I>
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